Fraternel, le blog de Bruno Cadez

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jeudi 7 janvier 2010

Marie-George Buffet : "Imaginer un monde au-delà des régles actuelles du capitalisme financier"

Je reproduis le discours qu'a tenu Marie-George Buffet, secrétaire nationale du PCF, lors de ses voeux à la presse. Ce discours permet de de donner le point de vue des communistes sur quelques sujets-clefs de l'actualité. Et de dégager quelques pistes pour contribuer à un projet à construire ensemble pour un vivre-ensemble tournant le dos à l'univers de concurrence et de non-droits qu'est en train de devenir la société du capitalisme financier dont Nicolas Sarkozy est l'un des maîtres d'oeuvre.

B. C.

Je tiens d’abord, à vous présenter tous mes vœux pour cette nouvelle année. Qu’elle soit belle, fraternelle, pour vous toutes et tous, pour vos proches, pour toutes celles et ceux que vous aimez.

Mes premiers mots seront pour vos collègues, journalistes de France 3 actuellement retenus en Afghanistan. Je sais l’émotion de la rédaction de France Télévision, et au-delà de toute la profession. Je veux adresser, au nom du PCF, un message de soutien, de solidarité.

Cette année, permettez-moi de vous faire part de mon inquiétude devant ce que j’appellerai « l’extension du domaine de la manipulation ». Je m’explique.

Chaque jour, le pouvoir pousse plus loin les dérapages, les excès, les opérations de diversion. Il fait tomber les digues. Le Président de la République transforme l’actualité en une lessiveuse permanente et use de grosses ficelles pour couper court à tout vrai débat politique.

Votre métier, le journalisme, est confronté à la dérive antidémocratique actuelle. La stratégie de » la bande du Fouquet’s », est toute simple. Ils savent qu’ils sont minoritaires. Ils détournent sans cesse le débat public des questions sociales, économiques ou plus simplement des problèmes quotidiens de nos compatriotes et usent de la peur, sous toutes ces facettes comme outil de gouvernement.

Face à ces dérives, la France a besoin d’une presse libre et sans concession qui contribue à élever le débat public. Il faut pour cela lui en donner les moyens car nous savons que la presse écrite a subi une baisse de son chiffre d’affaires en 2009.

De ce point de vue, je veux redire ici publiquement mon soutien à l’Agence France Presse contre les projets du gouvernement qui, selon un schéma déjà rodé, veulent étatiser l’Agence pour mieux la privatiser. Je veux également apporter mon soutien à toutes les équipes de Radio France Internationale dont on ne soulignera jamais assez le rôle essentiel.

***

Le 31 décembre, avant de faire un peu la fête en famille, j‘étais devant ma télévision pour écouter les vœux du Président de la République. Je ne résiste pas à l’envie de vous rappeler quelques morceaux choisis.

Personnellement, j’ai beaucoup apprécié le couplet sur la crise quand il dit, je cite, « notre pays a été moins éprouvé que beaucoup d’autres (…) et nous le devons à notre modèle social ». Quand je l’entends, il me fait penser à un boxeur qui serait aussi dentiste. Au pouvoir, il vous démolit le portrait. En campagne électorale, il vous propose de vous refaire les dents… La suite du discours est d’ailleurs limpide : après avoir cajolé notre modèle social, il annonce la couleur : cap sur les retraites et les dépenses publiques, nouveau pilonnage en vue.

Dans ses vœux, il affirme qu’ « un monde nouveau a commencé à se construire ». Ca sonne bien, ça fait presque altermondialiste. Mais, dans ce « monde nouveau » : le chômage a bondi, une grosse partie des risques financiers privés ont été transférés vers la sphère publique, les banques ont reconstitué leurs marges et enfin les avancées technologiques sont mises au service d’une exploitation renforcée des êtres humains. On est nombreux à avoir envie de relire Karl Marx

Les vœux présidentiels ont aussi été marqués par un appel vibrant au respect de l’autre. Ce message était sans doute adressé à son gouvernement et à son parti. Car enfin, je veux vous dire avec force qu’à mes yeux tout n’est pas permis. Non, on ne peut pas tout faire, tout dire. Non la volonté d’occuper le pouvoir ne justifie pas d’user du racisme, de la xénophobie comme arguments électoraux.

Enfin, le Président dit vouloir redonner du sens, je cite, « au beau mot de fraternité qui est inscrit dans notre devise républicaine ». Examinons un peu cela.

Commençons par la liberté. Redonner du sens à la liberté, c’est pour Nicolas Sarkozy laisser s’installer dans notre pays une politique de peur contre les syndicalistes. Je pense particulièrement aujourd’hui aux camarades de d’EDF ou GDF ou de la RATP ,à ceux de Conti pour qui je vais témoigner mercredi.

Alors que s’ouvre la campagne des élections régionales, je veux prendre ici un engagement : les élu-es communistes et du Front de gauche seront des boucliers anti-répression. Dans les luttes aujourd’hui et demain après l’élection, nous nous engageons à assurer un « service maximum de soutien aux luttes ».

Et les luttes, ce sont celles de la défense des services publics, avec les Etats Généraux et la grande manifestation unitaire en préparation, avec la mobilisation des cheminots pour la défense du fret. Ce sont celles pour l’Education nationale avec les mouvements et la manifestation à la fin de ce mois, ce sont celles pour les salaires à la RATP ou pour l’emploi dans de nombreuses entreprises.

Redonner du sens à la liberté, c’est aussi soutenir les travailleurs sans-papiers en lutte pour se libérer des chaînes de la clandestinité. Et j’aimerais faire une remarque. Je suis allée sur de très nombreux piquets de grève. J’aimerais dire à Monsieur Besson, qu’il y a plus de point commun entre un ouvrier français et un ouvrier sans-papier originaire d’un village d’Afrique, qu’entre ce même ouvrier français et tous les membres de son gouvernement. Ces ouvrières et ces ouvriers en lutte réinventent la grande promesse de liberté que le peuple a fait à notre pays en 1789. Au fond, la France est bien plus présente auprès de ces ouvrières et de ces ouvriers que sur les bancs du gouvernement.

Redonner du sens à la liberté c’est, repousser cette réforme des collectivités territoriales qui constitue une nouvelle avancée de la centralisation autoritaire que construit la majorité actuelle. Cette réforme met en laisse les collectivités locales. Cette réforme est faite pour obliger les collectivités locales à licencier le service public.

Soyons honnête. Sous couvert de « libéralisme », sous couvert de « libertés » les principales décisions économiques et politiques sont confisquées par une petite oligarchie. « La bande du Fouquet’s » en est le symbole : c’est l’alliance du pouvoir financier et du « populisme ».

En m’adressant à vous aujourd’hui, je veux dire la nécessité de nouvelles institutions démocratiques et financières pour rendre au peuple le pouvoir qu’on lui a confisqué. La gauche doit se donner une feuille de route : une nouvelle République ou la citoyenneté exulte, la mise sous tutelle démocratique du secteur bancaire avec une profonde réforme du crédit, des droits réels pour les salarié-es. Nous ne pourrons résoudre la crise écologique sans résoudre la crise démocratique qui conduit à ce que des milliards d’être humains aient moins de pouvoir qu’une poignée de banquiers dont le productivisme est la règle pour nourrir les actionnaires.

Au Parti communiste, nous pensons que l’une des alternatives au pouvoir des actionnaires, se trouve dans de nouveaux pouvoirs des salariés-citoyens dans les banques et les entreprises. Et pas simplement pour des grands principes. Prenons l’exemple de la recherche pharmaceutique. Ce serait mille fois plus efficace d’instaurer une mise en réseau et en commun de la recherche, des brevets plutôt que de continuer la coûteuse guerre marketing des laboratoires privés. Ces mêmes qui ponctionnent l’Etat français avec le vaccin contre la grippe A. Pourtant, vaincre le sida, le paludisme ou la tuberculose serait à portée de mains.

Mutualiser, mettre en commun, progresser ensemble, développer une économie altruiste, gagner une maîtrise sociale du marché, c’est le véritable défi humain d’aujourd’hui. Et la démocratie, c’est le levier de ce changement.

A l’échelle de l’Histoire, celle des civilisations, chaque grande étape, chaque grand progrès humain est simultanément un progrès de l’éducation et un progrès de la démocratie.

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Ensuite, regardons du côté de l’égalité.

Je pense d’abord bien sûr a ce million de chômeurs qui arrive en fin de droit du fait des lois Fillon. L’année 2009 a été marquée par les suicides à France Télécom. Je veux aussi attirer votre attention sur le fait que les salarié-es qui se suicident le plus, ce sont les hommes et femmes à la recherche d’un emploi et qu‘il y a danger. Il y a danger aussi dans de très nombreuses entreprises du fait de la déstructuration du travail.

La crise a créé une situation exceptionnelle qui a conduit le gouvernement à renflouer les banques. La crise a aussi créé des centaines de milliers de chômeurs. Je demande aujourd’hui aux gouvernement l’égalité, c’est-à-dire d’appliquer aux chômeurs en fin de droit la même solidarité qu’avec les banques. Je demande au gouvernement de continuer à verser leurs indemnités aux victimes de la crise, ils ont cotisé ,ils, elles ont droit aux moyens de vivre. Je demande surtout que l’argent produit par le travail serve à l’emploi, à la recherche, à l’éducation ou à la santé et je réitère ma proposition d’interdiction des licenciements boursiers pour une sécurité de l’emploi.

Le Président de la République avait pompé beaucoup d’air autour de l’idée de « moralisation du capitalisme »… Quel est le bilan ? Les principales banques françaises redistribuent, avec notre argent, des profits record. Didier Lombart, le patron modèle France Télécom, est bien au chaud et les grands actionnaires continuent comme si de rien n’était. La morale de cette histoire, c’est que le fric passe avant toute chose. Et a nouveau, la gauche dans les régions est face à ces responsabilités. Nous proposons de mettre dans un pot commun toutes les aides publiques aux entreprises pour les transformer en fond d’investissement citoyen, en « fond pour l’emploi et la formation ». Les grands groupes et les banques ne font pas leur boulot : et bien nous proposons dans les régions, dés demain, de commencer à le faire à leur place et d’œuvrer ainsi à la construction d’un pôle public bancaire au plan national.

L’égalité, c’est l’égalité des genres. Anne Roumanoff s’est amusée dans un sketch chez Michel Drucker de ma protestation contre la pub Cantal. J’ai ri, mais je persiste et je signe. Nous sommes un pays où les droits des femmes sont au point mort, où trop de femmes meurent chaque année sous les coups de leur conjoints Nous sommes un pays retardé sur le plan de l’éducation anti-sexiste, anti-homophobe. Nous sommes un pays où l’on accepte des inégalités de salaires délirantes entre homme et femme.

C’est dans ce contexte que pour moi intervient le débat sur le voile intégral. A mes yeux, ce voile intégral n’est pas d’abord un signe religieux, mais avant tout un signe de domination patriarcale. L’UMP, se sert de ce débat sur la burqa pour stigmatiser l’Islam, alors même que 99% des musulmanes la refusent. Mon engagement féministe refuse tout enfermement des femmes, toute négation de leur corps, de leur féminité. Il exige le combat contre la domination patriarcale, pour l’égalité des genres, pour la laïcité .Et il refuse aussi toute instrumentalisation de ces combats.

Enfin, il y a la fraternité. Une valeur essentielle, fondatrice de la République. Reconnaître en l’autre une sœur, un frère, c’est sortir du tribalisme, c’est aimer à l’échelle de l’Humanité, c’est reconnaitre notre communauté de destin.

Or, cette communauté se trouve confrontée à trois grands problèmes.

Premièrement, la crise écologique et l’échec de Copenhague. Cet échec était prévisible et explicable. L’obstacle principal est, le gouvernement du monde. Pour partie, la crise écologique ne pourra trouver une issue que dans le recul mondial des intérêts privés. La crise écologique a besoin d’une transformation des mécanismes planétaires. La tache des dix années à venir est, à travers la création d’instruments monétaires mondiaux, de services publics, d’une agriculture capable de nourrir la planète, la remise en cause du diktat de l’OMC, la réforme de l’ONU, pour que la communauté humaine maîtrise enfin son destin.

Prenons un exemple. Quand aujourd’hui, une marchandise de base fait deux fois le tour complet de la terre pour une seule raison : la recherche à toutes les étapes de sa fabrication des salariés les plus mal payés, défendre un développement humain durable, c’est vouloir contrer le pouvoir absolu du capital, c’est défendre une fiscalité à critères sociaux et écologiques.

Au fond, le mouvement progressiste, communiste et de transformation sociale est confronté au besoin d’un nouvel internationalisme qui affirme le besoin d’une solidarité humaine planétaire, et en prononçant ces mots je pense évidemment à la liberté de mes frères et sœurs de Palestine à qui nous rendrons hommage ce soir, un an après Gaza. Je pense évidemment aux femmes et aux hommes de progrès qui sont mobilisés actuellement en Iran.

Deuxième grand enjeu dans notre pays et à l’échelle du monde, la protection sociale. Le débat sur les retraites va s’ouvrir à nouveau sur de très mauvaises bases. A nouveau, je souhaite tirer la sonnette d’alarme sur la situation des retraités et en particulier à ces nouveaux retraités- et surtout nouvelles retraitées- qui ont faim et que l‘on retrouve dans nos permanences d’élu-e-s ou à l‘aide alimentaire. A l’inverse de la politique de la « bande du Fouquet’s », au Pcf nous pensons que la protection sociale , c’est l’un des remèdes à la crise. En France, 10% du PIB est consacrée aux dépenses de santé qu’elles soient publiques ou privé. Aux Etats-Unis, pour l’instant, c’est 5 points de PIB supplémentaires pour une santé inégalitaire, socialement moins performante et donc beaucoup plus couteuse. Ces 5 point de PIB, c’est l’argent des actionnaires. Et pour les retraites, c’est la même logique. Il serait beaucoup moins couteux d’instaurer une fiscalité sur le capital financier, d’arrêter la spirale des baisses de charges et de mener une politique de développement de l’emploi qualifié. Pas de miracle, le prix à payer pour sortir de la crise de financement, c’est sortir du « laissez-faire » libéral.

Car décidemment, la politique que défend Nicolas Sarkozy est vieillie, usée, fatiguée. Il fait du jogging certes mais ses idées ne font pas avancer la France.

Et je lui fais une proposition : si il décide d’attaquer les retraites, alors qu’il montre l’exemple et qu’il se verse comme seul salaire la pension d’un retraité français moyen.

Troisième grand enjeu, notre capacité dans le pays à constituer ensemble une communauté fraternelle et de progrès humain. A nouveau, comme élue de Seine Saint Denis je veux redire que le débat sur l’identité nationale doit cesser. Je veux dire que ce débat peut conduire à une crise grave. Je veux dire, comme ancienne Ministre d’un gouvernement de la France, qu’un peu de dignité minimale exigerait que certains ministres présentent leur démission au chef de l’Etat.

Mesdames , messieurs, tous ces grands enjeux ,nous allons les porter au cœur des élections régionales.

D’abord, je vous donne rendez-vous dimanche au Palais des Congrès à 14h00 pour le grand meeting de lancement des listes du « Front de gauche » et au-delà, intitulées « Ensemble pour des régions citoyennes, sociales, écologiques et solidaires ».

Avec le « Front de gauche », mes amis Jean Luc Mélenchon et Christian Picquet, avec l’ensemble de nos partenaires je dois vous confier que nous sommes dans les « starting-block ». Dimanche, lors du meeting national nous lancerons la dynamique militante et citoyenne. Dans les Régions, ce sont des équipes solides qui se forment et qui partent en campagne autour de leurs têtes de listes comme Elisa Martin en Rhône Alpes, Marie France Beaufils dans le Centre ou le Président de l’ANECR, André Chassaigne, qui pourrait bien devenir le Président de l’Auvergne, et bien d’autres, je ne cite pas toutes le régions. Et bien sûr Pierre Laurent qui va conduire notre liste ici en Ile de France dans la région capitale.

Je veux souligner que nos listes seront marquées par l’engagement de celles et ceux qui résistent et qui luttent. Ce sont des listes d’union de la gauche sociale, syndicale et politique. Dans chaque région, nous enregistrons un fort soutien des hommes et des femmes debout face à la droite. Vous verrez des acteurs et actrices de la défense des services publics, de l’hôpital ou de l’université vous entendrez des syndicalistes qui se battent pour l’emploi et les salaires. Je veux d’ailleurs saluer l’engagement en Ile-de-France de Didier Dreyfus, l’un des animateurs de l’Appel des appels ou de Bernard Defaix, animateur de l’action pour les services publics en Rhone Alpes. Je n’en dis pas plus et je vous donne rendez-vous dimanche pour la suite. Et après dimanche, dés le 26 janvier je vous donne aussi rendez-vous à Toulouse, le 29 janvier à Montpellier, le 2 février à Brive-la-Gaillarde. Je m’arrête là, la liste serait trop longue

Si nos listes sont le fruit d’un accord entre plusieurs formations politiques, leur réussite, c’est la dynamique citoyenne et militante qu’elles entraîneront.

Au Parti communiste français, nous sommes déterminés pour que cette campagne devienne celle de dizaines de milliers de nos concitoyen-nes qui veulent s’engager pour une dynamique d’espoir à gauche.

Dimanche, avec le meeting de lancement et à la suite des élections européennes, nous voulons envoyer un message : c’est possible ! Il est possible de donner un avenir, un espoir, un prolongement aux luttes sociales, aux convictions partagées par des millions d’électrices et d’électeurs de gauche.

Personnellement, je m’engage avec enthousiasme avec l’ensemble des candidates et des candidats du « Front de gauche »et nos autres partenaires. Avec enthousiasme, car je suis persuadée que l’une des clefs de l’avenir de la gauche française est dans le résultat que nous ferons au soir du premier tour. Avec enthousiasme, car nous faisons œuvre utile en proposant des listes d’une gauche qui lutte, d’une gauche qui espère et d’une gauche qui dans les Régions se mobilisera et participera à de vrais politiques de gauche.

Permettez moi trois dernières remarques.

Premièrement, parce que les régions ont une importance nouvelle, décisive sur des secteurs aussi important que l’aménagement, les transports, l’emploi, parce que les régions ont des compétences élargie, le débat des régionales doit être traité véritablement comme un débat national. Je demande donc à Michel Boyon, Président du Conseil supérieur de l’audiovisuel de créer les conditions d’un débat véritablement démocratique sur leur enjeu.

Deuxièmement, je veux dire que nous n’avons pas d’autres ennemis à gauche que la résignation et la passivité et que nous restons bras ouverts à tous ceux et celles qui veulent nous rejoindre. Le vote pour nos listes, sera le vote de « l’antisarkozysme utile », c’est-à-dire une sanction qui se transforme en action. Et je peux vous dire que nous visons beaucoup d’élu-e-s dans cet objectif et vous verrez qu’ils, elles vont vitaminer la gauche.

Troisièmement, je veux vous dire la détermination du PCF à faire progresser l’unité sur des idées nouvelles. Vitaminer, booster la gauche française, c’est avant tout faire progresser sa capacité à penser le monde de demain. La gauche a besoin d’un grand retour des idées sur la scène politique. Le capitalisme mondialisé nous oblige à imaginer des solutions nouvelles. Nos listes porteront cette volonté d’imaginer un monde au-delà des règles actuelles du capitalisme financier.

Un dernier mot enfin, pour renouveler des vœux de bonheur.

Parti communiste français,

Paris, le 6 janvier 2010.

 

mercredi 6 janvier 2010

"Avatar" contre Cohn-Bendit : l'écologie doit être anticapitaliste

Intéressant cet article du sociologue Philippe Corcuff, publié récemment sur le site de Rue 89.

Par Philippe Corcuff | Politiste et membre du NPA

Après l'échec du Copenhague institutionnel et la vivacité du Copenhague mouvementiste, on peut être tenté de se tourner vers la vitrine du marketing électoral d'Europe Ecologie. La bonne nouvelle ne viendrait-elle pas plutôt, et paradoxalement, d'un vieux routier de l'industrie hollywoodienne, James Cameron, avec son « Avatar » ?

En 1998, dans « Une envie de politique » (La Découverte), passé alors du statut d'icône soixante-huitarde à celui d'inspirateur d'un capitalisme vert, Daniel Cohn-Bendit écrivait ceci :

« Ce que la gauche doit donc faire valoir aujourd'hui, c'est que cette évolution a des aspects destructeurs, car la production menace de détruire la planète. Faire cette démonstration n'est pas facile, mais on peut le faire au nom même de l'économie de marché, car je suis pour le capitalisme et l'économie de marché. »

 

Pas le plus écolo, Marx pointait déjà la contradiction capital/nature

En se faisant le chantre d'un capitalisme chlorophyllisé et d'une écologie politique chloroformée, l'agité du bocage politicien a rejoint les rangs d'une défense consensuellement aseptisée de la nature : les Al Gore, Yann Arthus-Bertrand, Nicolas Hulot et autres Jean-Louis Borloo.

Marx, quelque peu fasciné par le productivisme industriel de son époque, n'était pas exempt d'ambiguïtés quant au rapport capitalisme/nature. Toutefois, il avait également commencé à percevoir une des contradictions principales travaillant le capitalisme en interaction avec la contradiction capital/travail : la contradiction capital/nature.

Ainsi, pour lui, la production capitaliste épuisait « les deux sources d'où jaillit toute richesse : la terre et le travailleur » (« Le Capital », livre I, 1867).

 

Pour Gorz, impossible d'éviter la catastrophe sans rupture radicale

 

André Gorz prolongea cette analyse en notre début de XXIe siècle : « La question de la sortie du capitalisme n'a jamais été plus actuelle », écrit-il dans « Ecologica » (éd. Galilée, 1998). Et d'ajouter par avance contre une possible cohn-benditsation de la radicalité écologiste :

« Il est impossible d'éviter une catastrophe climatique sans rompre radicalement avec les méthodes et la logique économique qui y mènent depuis cent cinquante ans. »

 

C'est dans une telle perspective que s'est récemment situé le journaliste Hervé Kempf : « Pour sauver la planète, sortez du capitalisme » (éd. du Seuil, 1999).

« Avatar » : Hollywood dans la galaxie anticapitaliste ?

Les dénonciations gauchistes du capitalisme hollywoodien sont si courantes que les esprits anticapitalistes pourraient avoir du mal à reconnaître des potentialités critiques dans une de ses productions. Et pourtant…

A des années-lumière de la Terre, la planète Pandora est sous colonisation américano-occidentale. Un minerai rare suscite la convoitise d'une multinationale (« The Company », comme dans la série des « Aliens »), appuyée par des troupes militaires.

L'argument de la rentabilité financière (la rétribution des actionnaires est directement évoquée dans le film) pousse à la double destruction de la nature et du peuple Na'vi. Ecocide et génocide constituent ici un double horizon de la logique du profit.

Cameron met en quelque sorte en images et en son une forme extrême de la contradiction capital/nature. La trame narrative de la science-fiction, reconfigurée avec de nouveaux effets spéciaux numériques, projetée en 3D, donne une vérité éthique et politique proprement cinématographique à une composition fictionnelle.

Une critique sociale, sur un plan sensible et intelligible

Ce dispositif cinématographique nous permet d'explorer au plus près de nos sensations un autre monde, celui de Pandora et des Na'vis, en jouant tour à tour sur la frayeur, la surprise ou la joie de la découverte. La critique sociale s'exprime sur un double plan sensible et intelligible.

Cet univers étrange en 3D, qui nous fait d'abord peur, puis nous émerveille, constitue moins un des « autres mondes possibles » des altermondialistes que l'envers de notre propre monde, un lieu imaginaire qui permet de mieux repérer les failles de notre réalité quotidienne à la manière de l'île d'Utopia chez Thomas More.

Certes les Na'vis ont comme un parfum New Age, traînant une vision stéréotypée de la communion de « primitifs » et de la nature. Mais le savoir-faire particulier des auteurs les plus originaux des films et des séries télévisées hollywoodiens consiste justement à prendre appui sur certains stéréotypes pour en interroger d'autres.

Nous sommes pris par la main dans la familiarité d'autoroutes standardisées, mais ça et là s'ouvrent des sentiers critiques, dans un cocktail détonnant de douces évidences et de piments plus corsés.

Sully vit une conversion existentielle, comme ces militants anticapitalistes…

L'anticapitalisme d'« Avatar » est indissociablement collectif et individuel. Se désintoxiquer de l'imaginaire capitaliste passe aussi par une transformation de soi. Jake Sully (Sam Worthington, déjà remarqué dans « Terminator 4 »), ancien marine immobilisé dans un fauteuil roulant devenant « pilote » mental d'un avatar (corps hybride d'ADN humain et de Na'vi), va connaître une véritable conversion : d'inflitré chez les Na'vi à protecteur de leur mode de vie, de soldat impérialiste à eco-warrior.

Sully a quelque parenté avec la figure des « militants existentiels » anticapitalistes, caractérisée « par un travail spirituel et politique de chacun de nous sur lui-même, soutenu par des communautés de vie », promue récemment par le philosophe de l'économie Christian Arnsperger dans son stimulant ouvrage « Ethique de l'existence post-capitaliste » (éd. du Cerf, 2009).

Cette révolution culturelle personnelle prend les chemins de la fragilité dans « Avatar » : un handicapé à l'âme guerrière, fasciné au départ par les capacités supposées illimitées de son avatar, finira par assumer ses faiblesses d'être humain mortel.

 

Une écologie radicale, loin des niaiseries de Borloo ou Cohn-Bendit

Cepedant, Cameron ne suivrait pas Arnsperger dans son choix de la conversion existentielle contre la voie révolutionnaire classique des rapports de forces.

Dans une conjoncture de menace extrême, « Avatar » justifie le recours au combat et à la force. Dans certaines circonstances, l'anticapitaliste vert conséquent doit aussi savoir prendre les armes (au sens métaphorique, n'impliquant pas nécessairement le maniement de la kalachnikov).

Cette écologie radicale n'a pas grand-chose à voir avec les niaiseries consensualistes de l'arc Borloo/Cohn-Bendit. Elle appelle des clivages, des conflits, des affrontements. La transformation personnelle et l'action collective contre les forces dominantes apparaissent associées et non pas opposées.

http://www.rue89.com/2010/01/03/avatar-contre-cohn-bendit-lecologie-doit-etre-anticapitaliste-132082

lundi 30 novembre 2009

Justice pour Jean-Claude Willem : le combat continue

Injustement condamné pour avoir boycotté les jus de fruits israéliens en réactions aux massacres de Jénine, l’ancien maire de Seclin en appelle à la Cour européenne des droits de l’Homme.

 

Jean-Claude Willem a toujours la colombe de la paix de Picasso au revers de la veste. Ce symbole ne le quitte jamais. « C’est la médaille que je préfère » sourit-il. L’ancien maire de Seclin et journaliste à la retraite n’a pas oublié, qu’en 2008, le préfet Canepa avait refusé de lui remettre la médaille remise à chaque édile après trente années de mandat. Motif ? Le représentant de l’État, fidèle sarkozyste dont il a été membre du cabinet à l’Intérieur, refusait que puisse être accordée une reconnaissance de la République à un élu qui a été condamné par la justice pour avoir osé dénoncer les multiples violations aux droits de l’Homme commis par l’État israélien. « Il a fait l’objet d’une véritable vengeance du pouvoir » affirme ainsi Annick Battalan, de la Ligue des droits de l’Homme du Nord. L’affaire remonte à 2002, et aujourd’hui encore, Jean-Claude Willem doit batailler sur les plans juridiques et politiques pour que justice lui soit faite. Une décision de la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH) a affirmé cet été que la condamnation dont il avait l’objet pour avoir appelé à boycotter les jus de fruits israéliens ne portait pas atteinte à la liberté d’expression. Soutenu par de nombreux mouvements, forces politiques, associations, personnalités, il veut porter l’affaire devant l’assemblée plénière de la CEDH. « L’enjeu est politique. Il s’agit de savoir si l’on peut contester la politique du pouvoir israélien. Il y a une faillite dans l’application du droit international envers Israël, qui bénéficie d’une impunité persistante. C’est pour cela que l’intervention de la société civile est nécessaire, pour assurer un relais citoyen. Ce qu’a fait Jean-Claude Willem. On lui reproche d’avoir usé de sa liberté d’expression » dénonce Jean-François Larosière, président de l’Association France Palestine solidarité (AFPS) Nord-Pas-de-Calais. En 2002, pour protester contre les massacres de Jénine, perpétrés par l’armée israélienne contre les populations civiles, Jean-Claude Willem annonce que les cantines de la ville dont il est le maire ne serviront plus de jus de fruits en provenance d’Israël. Ce produit n’est pas anodin. Les fruits en question proviennent pour la majeure partie de territoires occupés, notamment la vallée du Jourdain. En effectuant ce choix courageux, le maire de Seclin ne se doute peut-être pas qu’il va faire l’objet d’un acharnement rassemblant supporters du Premier ministre israélien de l’époque, Ariel Sharon, le maître d’œuvre des massacres de Sabra et Chatila, et représentants du pouvoir français. Le représentant de l’association cultuelle israélite de Lille, Jean-Claude Komar porte plainte pour incitation à la haine raciale. En première instance, le tribunal de Lille blanchit Jean-Claude Willem. L’affaire aurait pu en rester là. Mais, de manière aussi surprenante que scandaleuse, le ministre de la Justice, Dominique Perben fait appel, sous la pression, affirme-t-on chez les soutiens du maire de Seclin, des partisans français des faucons israéliens. En appel, « une entourloupe juridique » pour reprendre l’expression d’A. Battalan, permet de condamner Jean-Claude Willem pour entrave à la liberté du commerce pouvant inciter à la haine raciale… Un jugement tordu qui sera confirmé en cassation et sur lequel la CEDH devra donc se prononcer.

« Jean-Claude Willem a eu le tort d’avoir raison avant les autres » estime Jean-Claude Lefort, député honoraire et président national de l’AFPS. « Il existe un accord entre l’Union européenne et Israël qui prévoit que cet accord doit être suspendu en cas de violation des droits de l’Homme. Or, à Jénine, il y a eu une violation flagrante des droits de l’Homme. Soutenir Jean-Claude Willem, c’est défendre le processus de paix. Car si l’on ne met pas un terme à l’impunité dont bénéficie Israël, il n’y aura pas de paix dans cette partie du monde » continue le militant.

Un comité de soutien à Jean-Claude Willem va prochainement se mettre en place, tandis que les associations appellent à une souscription pour financer les frais de justice, ceux-ci risquant en effet d’être particulièrement importants.

 

Bruno CADEZ

NB - Cet article a été publié dans Liberté-Hebdo n°886 du 27 novembre 2009

lundi 12 octobre 2009

Polanski, Mitterand : détournement d'attention ? Voire...

On peut penser que ces affaires servent à alimenter les médias en sujets qui oublient l'essentiel de notre quotidien (la crise, le pouvoir d'achat en berne, les délocalisations etc). comme l'affirme Martine Aubry et d'autres. La vieille stratégie qui consiste à suggérer de regarder le doigt du sage quand celui-ci nous montre la lune n'est peut-être pas étrangère aux affaires très médiatisées dans lesquelles un cinéaste réputé et un ministre de la Culture sont en cause. Ce n'est pas pour autant qu'il faudrait faire semblant de ne pas voir les questions qu'elles posent, symboliques qu'elles sont des dominations à l'oeuvre dans une société (les dominations ne se résument en effet pas aux seules conditions de travail et de rémunération !) dans laquelle l'humain devient de plus en plus "objet" et "marchandise".

En attendant d'en dire plus, je relaie l'article publié par l'excellent site "Périphéries" tenu par Mona Chollet et Thomas Lemahieu. Cet extrait renvoie aux liens du site où se trouve l'article complet.

B. C.

POLANSKI, MITTERRAND : LE SOLILOQUE DU DOMINANT
Le carnet de Périphéries
http://peripheries.net/article324.html

L’arrestation de Roman Polanski à Zurich, le 26 septembre, et l’exhumation de l’affaire pour laquelle il reste poursuivi par la justice américaine, auront été l’occasion pour un nombre assez effarant de commentateurs - et de commentatrices - de démontrer une fois de plus à quel point leur vision de l’érotisme se passe aisément de cette broutille que représente, à leurs yeux, la réciprocité du désir féminin (on se contente en général de parler de «consentement», mais plaçons la barre un peu plus haut, pour une fois). En témoigne l’expression «veille affaire de moeurs», utilisée dans les premières dépêches ayant suivi l’arrestation, ainsi que dans la pétition du gratin du cinéma mondial lancée en faveur du réalisateur franco-polonais: de nombreuses voix se sont élevées pour faire remarquer à juste titre que, s’agissant de la pénétration et de la sodomie d’une adolescente de 13 ans préalablement soûlée au champagne et shootée au Quaalude, c’était un peu léger.

Partout, les défenseurs du cinéaste soulignent, comme s’il s’agissait de l’argument définitif en sa faveur, que la justice «s’acharne» alors que la victime elle-même, Samantha Geimer, demande le classement de l’affaire: or, elle le demande parce qu’elle ne supporte plus l’exposition médiatique, et peut-être aussi parce qu’elle a été indemnisée; pas parce que, avec le recul, elle admet que ce n’était pas si grave, ou qu’elle a bien aimé l’expérience, comme on semble le fantasmer...

De ses archives, Paris-Match a ressorti un article publié à l’époque, intitulé «Roman Polanski: une lolita de 13 ans a fait de lui un maudit» (la salope!). «La jeune “victime” pervertie n’était pas si innocente», révèle un intertitre. Et la journaliste de préciser: « Samantha G. est une Lolita en T-shirt, à qui des formes bronzées donnent nettement plus que son âge, d’ailleurs plus près de 14 ans que de 13. Elle a reconnu avoir eu, avant sa rencontre avec le metteur en scène, et au moins à deux reprises, des rapports sexuels avec un boy-friend de 17 ans.» Le fait que les relations sexuelles avec un(e) mineur(e) soient prohibées par la loi dans tous les cas devient ici un prétexte pour occulter la différence qui peut exister entre un rapport consenti et un rapport forcé. En résumé: sa non-virginité, à laquelle s’ajoutent ses «formes bronzées» de «Lolita» - elle n’avait qu’à ne pas être aussi bonne! -, fait d’elle un objet appropriable par qui le souhaite; dire oui à un homme, c’est dire oui à tous les hommes. (...)

Lire la suite :
http://peripheries.net/article324.html


vendredi 4 septembre 2009

Révolution, les impensés d'un héritage


Les auteurs dédicaceront cet ouvrage à la fête de l'Humanité, samedi 12 septembre à partir de 16 heures, à la table de l'Observatoire des mouvements de la société, située au stand de la Fédération pour une alternative sociale et écologiste (avenue Louise Michel).

Résumé : 

Ce livre est à voix multiples.
En lui même il est déjà une rencontre. Nos parcours et conceptions diffèrent. Venant d'horizons à la fois proches et lointains - trotskisme. communisme. les uns plus ou moins libertaires. les autres plus ou moins attachés à une organisation : les uns universitaires. les autres davantage insérés dans le milieu militant -. nos singularités auraient pu empêcher cette rencontre. Elles nous ont au contraire stimulés et elles ont poussé chacun (e) à dépasser le stade initial de ses réflexions.
Non seulement ces différences n'ont pas fait obstacle à un dialogue constructif. mais nous sommes parvenus à réfléchir ensemble. à percevoir la situation actuelle avec des cratères sinon identiques du moins extrêmement proches. Et même davantage : réfléchir à la refondation de l'action critique par la mise en question des voies empruntées jusqu'alors par les courants minoritaires traditionnellement anticapitalistes.
Cela nécessitait un bilan sans concession des combats passés pour analyser l'échec historique subi par le mouvement ouvrier. Travail nécessaire. sans les leçons duquel il est impossible d'affronter les défis du présent.


SOMMAIRE


  • DE L'HISTOIRE ET DE SES OUBLIS
  •  
  • Une histoire sans fin
  • Le récit en question
  • L'éveil des mémoires
  •  
  • IMPRESSIONS POUR FAIRE FACE A LA DEFAITE
  •  
  • Dynamique du capitalisme ou le retour du libéralisme
  • Le rôle de la guerre
  • Tous en crise
  •  
  • L'HERITAGE DU STALINISME
  •  
  • Le communisme politique et ses bifurcations
  • Bolchevisme et stalinisme
  • De la bifurcation à la culture politique
  •  
  • LE TROTSKISME, RETOUR SUR HISTOIRE
  •  
  • Richesse du passé et poids de l'héritage
  • Une contradiction spécifique du trotskisme par lui-même
  • Questions de programme
  •  
  • EMANCIPATION ET ACTION COLLECTIVE
  •  
  • Critique de la délégation et de l'avant-gardisme
  • Des représentations aux racines religieuses
  • Un type d'organisation qui découle des fondements de l'organisation sociale

Taxe carbone : le Non d'un dirigeant de la CGT

Je partage complètement le point de vue de Jean-Christophe Le Duiguou, dirigeant de la CGT, sur la taxe carbone. Cette interview a été publiée dans l'Humanité le 4 septembre 2009.

ÉVÉNEMENT

Jean-Christophe Le Duigou. Trois bonnes raisons de dire non à la taxe carbone

Contre la « logique punitive » de la taxe, Jean-Christophe Le Duigou, dirigeant de la CGT, prône le développement d’alternatives.

Approuvez-vous le principe d’une « fiscalité écologique » ?

Jean-Christophe Le Duigou. On ne peut pas récuser l’idée qu’il y ait une régulation globale par rapport aux techniques qui génèrent du carbone. Mais on ne peut pas être d’accord avec un impôt supplémentaire qui pèserait sur les ménages, alors que, de l’autre côté, les entreprises ont eu, par exemple, gratuitement des permis d’émissions massives de C02. Donc, pas d’impôt, mais oui à une régulation, car l’atmosphère est un bien public, et le préserver, transmettre aux générations futures une atmosphère moins polluée, sans réchauffement climatique est une nécessité.

Selon la ministre de l’Économie Christine Lagarde, il ne s’agirait pas, avec la taxe carbone, « d’alourdir le fardeau fiscal », mais de « modifier en profondeur notre système fiscal »…

Jean-Christophe Le Duigou. En l’état actuel du projet, il s’agit d’une taxe supplémentaire, à la charge des consommateurs, qui pénaliserait ceux qui ne peuvent pas recourir à des alternatives aux sources d’énergie émettrices de C02, et qui donc serait un facteur d’aggravation des inégalités. S’il s’agit, en outre, d’alléger un impôt payé par les entreprises (taxe professionnelle - NDLR) et de le mettre à la charge des ménages, c’est une deuxième raison pour laquelle ce projet est totalement inacceptable.

Le premier ministre François Fillon a indiqué qu’il envisageait, en guise de compensation, une baisse des cotisations sociales sur les salaires.

Jean-Christophe Le Duigou. S’il s’agit de nous re-servir la « TVA sociale », c’est-à-dire une hausse des taxes pour baisser des cotisations sociales, ce qui va in fine bénéficier aux entreprises, c’est une troisième raison de dire non au projet.

Comment, selon vous, viser autrement les objectifs écologiques officiellement assignés à cette taxe carbone ?

Jean-Christophe Le Duigou. Il y a besoin de rediscuter de la finalité du processus. Car je vois aussi qu’on propose que cette taxe s’applique à l’ensemble des sources d’énergie, y compris, donc, à l’électricité. Ce qui est une absurdité puisque, pour l’essentiel, chez nous l’énergie électrique est produite à partir de l’hydraulique et du nucléaire, et donc non émettrice de C02. Ce serait un paradoxe de mettre une taxe sur l’électricité qui subventionnerait en quelque sorte les autres énergies émettrices de CO2.

Au-delà, cela démontre bien qu’on est plutôt dans une logique punitive, consistant à renchérir la consommation d’énergie alors que le problème n’est pas de faire décroître la consommation d’énergie mais de mieux l’orienter vers des sources non polluantes. Prioritairement, cela doit viser les entreprises émettrices de CO2. Il faut aussi taxer les firmes qui bénéficient de la rente pétrolière et gazière. Troisièmement, la priorité est de développer des alternatives aux consommations carbonées, notamment de favoriser des sources d’économies d’émissions de carbone comme l’isolation des maisons, les transports publics.

Quant à la taxe professionnelle, nous avons fait des propositions pour en faire, partiellement au moins, une taxe environnementale sur les entreprises, plutôt que la supprimer.

Entretien réalisé par Yves Housson

jeudi 20 août 2009

Malo - 18 août 2009



Cliché pris lors de la journée à la mer à Malo-les-Bains, organisée par les communistes du Nord. Le soleil a permis à 5000 personnes d'en profiter pleinement. Et ce n'est pas du luxe. Vraiment.

Manger bio, sage précaution

Ce point de vue de Michel de Lorgeril, paru dans "Le Monde" le 13 août dernier, répond aux médias qui se sont servi d'une expertise anglaise pour développer une campagne sur une soit-disant inutilité de l'agriculture biologique sur le plan sanitaire.

Au mois de juillet, des experts anglais travaillant pour la Food Standards Agency ont publié un rapport suggérant que "les produits bio ne sont pas meilleurs pour la santé que les aliments ordinaires". De nombreux médias ont repris ce message de santé plutôt hostile à l'agriculture bio.


En fait, le rapport complet dit seulement que les aliments bio n'apportent pas plus d'éléments nutritifs que les aliments produits de façon conventionnelle. Ce n'était donc pas une information santé à proprement parler, mais la simple affirmation que le surcoût des aliments bio n'est pas justifié si on considère uniquement leurs contenus en nutriments. Le rapport élude la question des insecticides, herbicides, fongicides et de leurs multiples résidus dans les aliments conventionnels, réelle question de santé pourtant.

Pourquoi préférer l'aubergine bio ? Parce qu'elle contient plus de fer ou de vitamine C ? Non ! Les nutriments importants (vitamines, oligoéléments et polyphénols) des légumes sont surtout présents dans la peau du légume, où se concentrent également les pesticides. Donc, si on veut se nourrir (sans risque) avec des aliments riches en saveurs et en nutriments non caloriques, on n'épluche pas et on achète bio.

Pourquoi préférer le pain bio ? Si on veut éviter les farines raffinées (pauvres en minéraux, fibres et vitamines), on préfère le pain complet. Mais c'est aussi dans l'enveloppe des céréales que se concentrent les pesticides. Si on veut du pain complet, il le faut bio.

Certains diront que l'agriculture conventionnelle respecte des normes pour les résidus de pesticides. Admettons. Mais que savons-nous de la toxicité de ces agents sur le long terme et de leurs interactions ? Or nous mangeons trois repas par jour et chaque fois plusieurs aliments contaminés par plusieurs pesticides. Ces agents s'accumulent dans nos tissus. On leur attribue un rôle causal dans des pathologies hormono-dépendantes (cancers du sein, infertilité masculine, anomalies du sexe des garçons), des maladies neurologiques (Parkinson), des lymphomes et autres cancers et leucémies. Précaution s'impose !

Mais laissons ces questions puisque le rapport anglais ne traite pas des pesticides. On y trouve une revue de la littérature, avec 150 études pertinentes, quelques calculs statistiques et une synthèse sous forme de deux grands chapitres : l'un concernant les produits végétaux (où 23 types de nutriments ont été analysés) et l'autre les produits animaux (10 nutriments analysés). Oublions l'analyse secondaire du rapport fondée sur une sélection (arbitraire) des meilleures études parce que, en statistiques, les grands nombres sont censés compenser les défauts techniques. Si des différences significatives entre les aliments conventionnels et les bio sont mises au jour dans cette marécageuse base de données, cela signifie qu'elles sont très résistantes aux facteurs de confusion et reflètent la réalité.

A propos des aliments végétaux, les experts observent des différences pour sept types de nutriments. Ils en concluent curieusement que c'est négligeable : moins de résidus azotés (dus aux engrais chimiques) dans les aliments bio, mais plus de magnésium et de zinc, ce qui est intéressant puisque nos populations tendent à en manquer ; plus de matières sèches dans les aliments bio, donc moins d'eau et plus d'éléments nutritifs, ce qui est confirmé par des différences significatives pour les sucres, les polyphénols (en général) et les flavonoïdes dans les aliments bio.

Pour les produits animaux, il y a des différences pour trois types de nutriments : plus de lipides, plus de polyinsaturés et plus d'acides gras dits "trans" dans le bio. Les experts concluent que c'est négligeable en termes de nutrition (fort contestable) mais insistent sur les trans. On distingue les trans industriels issus de l'hydrogénation des huiles végétales et les trans naturels produits lors de la rumination et présents dans les aliments animaux.

Les deux types de trans seraient, selon nos auteurs, également nuisibles pour la santé, car ils augmentent de façon identique le cholestérol sanguin. Or les trans diffèrent radicalement vis-à-vis des maladies cardiaques : les trans industriels sont associés à un doublement du risque, tandis que les trans naturels (ceux qui sont en plus grande quantité dans le bio animal) sont associés à une diminution du risque. Avantage au bio ! Cet exemple illustre aussi, pour ceux qui n'en sont pas encore convaincus, que le cholestérol ne joue qu'un rôle négligeable dans les maladies du coeur.

Tout cela indique qu'il est préférable de manger bio, qu'il s'agisse d'aliments végétaux ou animaux, surtout pour protéger sa santé, selon la formule classique "que tes aliments soient ta médecine". Encore faut-il que cela soit acceptable pour le budget familial.

Une dernière question concerne l'opportunité de publier ce rapport en juillet. Y aurait-il quelque part et à l'approche des grandes négociations sur l'avenir de l'agriculture européenne une stratégie visant à décrédibiliser une agriculture qui ne soit pas industrielle et productiviste, exportatrice (plutôt que locale), prédatrice des ressources naturelles et dévastatrice pour l'environnement ? Assistons-nous aux premières escarmouches de la grande bataille qui s'annonce et dont l'enjeu pourrait être l'émergence d'un Monde Nouveau où Monsanto, Unilever et les autres ne seraient plus les rois de la fête ?

Michel de Lorgeril est cardiologue, chercheur CNRS au laboratoire TIMC "Coeur et nutrition" de l'université de Grenoble

Source : http://www.lemonde.fr/opinions/article/2009/08/13/manger-bio-sage-precaution-par-michel-de-lorgeril_1228251_3232.html

mardi 18 août 2009

Quand l'évêque invite les sans papiers à la basilique des rois de France !

Très bien cette initiative de l'ancien évêque auxilliaire de Lille aujourd'hui en charge à Saint-Denis. Et bravo à l'Huma d'en avoir rendu compte.

SOCIÉTÉ
Les sans-papiers rassemblés à l’invitation de l’évêque

Saint-Denis . La Coordination 93 de lutte pour les sans-papiers a célébré hier, dans la basilique des rois de France, l’anniversaire de l’occupation de l’édifice, en août 2002.

Sous la monumentale nef de la basilique des rois de France, les sans-papiers murmurent. N’osant pas déranger la tranquillité des lieux multiséculaires, les intervenants chuchotent dans la sono. Mais peu à peu les voix se font plus assurées, plus fortes. Il y a sept ans, des milliers de sans-papiers occupaient la cathédrale de Saint-Denis pour réclamer leur régularisation.

un tournant dans la lutte

Invités par le diocèse, ils commémoraient hier cet événement. « Je suis très heureux de vous accueillir dans notre cathédrale, annonce le vicaire général Daniel Pizivin, vous qu’on appelle sans-papiers au risque d’oublier que vous êtes des hommes et des femmes dans toute votre dignité. » Et de lire un message adressé par l’évêque, Mgr Pascal Delannoy : « Depuis août 2002, la cathédrale de Saint-Denis est devenue le symbole de la fraternité et de l’espérance, mais aussi des combats à mener jour après jour. (…) Je suis en communion de pensée et de prière avec chacun d’entre vous et tout particulièrement avec ceux qui vivent dans l’incertitude du lendemain ».

Sept ans après l’occupation, ceux qui l’ont vécue s’en souviennent comme d’un tournant dans la lutte des sans-papiers. « La coordination avait organisé l’occupation pour régler les dossiers d’une cinquantaine de sans-papiers algériens, se souvient Jean-Claude Cluzel, de la Coordination 93 de lutte pour les sans-papiers. Mais les médias ont passé ça en boucle et des milliers de sans-papiers, qui croyaient au miracle, sont arrivés de partout en France. C’était ahurissant ! Il y avait des files d’attente jusqu’à la porte de Paris. » La Coordination 93 évalue à 5 000 le nombre de sans-papiers qui passent alors par la basilique Saint-Denis ; quelques centaines obtiendront leur régularisation. C’est le cas de Mohamed Mayouf, algérien de trente-neuf ans, qui a dormi vingt nuits sur le parvis de la cathédrale. Aujourd’hui fleuriste dionysien, il se souvient surtout des manifestations quotidiennes des royalistes, outrés que des sans-papiers s’approchent de la nécropole des rois de France…

Le mouvement peine à trouver une unité

« La grande victoire de 2002 a été de sortir les sans-papiers de l’invisibilité, analyse Agnès Cluzel. Les gens ne pouvaient plus faire semblant qu’ils n’existaient pas. » Le père Bernard Berger, à l’époque curé de la basilique, évoque lui aussi une « mise en orbite du mouvement ». « L’homme est universel, accueillir l’autre est indispensable, ajoute le prêtre aujourd’hui à la retraite. J’ai un rêve : arriver à ce qu’on ne parle plus de nation, mais d’universalité. » Sept ans après cette occupation historique, la lutte des sans-papiers est plus que jamais d’actualité. « Leur situation s’est aggravée, regrette Jean-Claude Cluzel. Les lois sont de plus en plus sévères et permettent uniquement la régularisation par le travail, avec une carte salarié très précaire. » Pourtant, alors que les temps sont plus durs que jamais, le mouvement des sans-papiers peine à trouver une unité. Ainsi, samedi prochain, pour la commémoration de l’occupation de l’église Saint-Bernard, deux manifestations parallèles sont d’ores et déjà prévues.

Marie Barbier


Source : http://www.humanite.fr/2009-08-17_Societe_Les-sans-papiers-rassembles-a-l-invitation-de-l-eveque

mardi 11 août 2009

L'algue verte tue

L'algue verte, hautement toxique, tue. Un cheval a perdu la vie et son cavalier a failli également y passer. Le réchauffement climatique, conjugué aux pratiques de l'agriculture productiviste (engrais, effluents azotés...) sans doute à l'origine de la prolifération de cette algue.

Algues vertes: Eau et rivières de Bretagne dénonce "l'indifférence" de l'Etat 

RENNES - L'association de protection de l'environnement Eau et Rivières de Bretagne a dénoncé lundi dans un communiqué l'"indifférence" de l'Etat face à la prolifération des algues vertes comme étant "la pire des pollutions".

"Seul réponse de l'Etat à ce cancer environnemental qui ronge le littoral breton: la nomination d'un +monsieur algues vertes+! On pourrait en rire mais c'est à pleurer", écrit Eaux et rivières.

"Cette indifférence de l'Etat est la pire des pollutions", affirme l'association.

Ce communiqué intervient après la mort fulgurante, le 28 juillet, d'un cheval qui pourrait avoir été empoisonné par un gaz toxique émanant d'algues vertes en décomposition sur une plage de Saint-Michel-en-Grève (Côtes d'Armor).

Cet incident, lors duquel le cavalier a également failli mourir, a relancé les inquiétudes sur le danger de l'accumulation de ces algues, liée à la pollution des eaux par l'agriculture intensive.

La préfecture des Côtes d'Armor a estimé vendredi qu'"il n'y a pas lieu de prendre des mesures particulières" et a annoncé la nomination d'un chargé de mission qui assurera la coordination de la problématique "algues vertes".

Selon Eau et Rivières, 100 sites du littoral breton sont touchés chaque année par le problème des algues vertes et "un milliard d'euros " a été dépensé "en pure perte depuis trente ans par les communes pour ramasser ces algues, les stocker, les éliminer".

"Alors que chacun sait que seule une réduction importante des engrais et effluents azotés épandus sur les sols permettrait de réduire les marées vertes, l'Etat est aux abonnés absents et suggère simplement aux élus de restreindre l'accès du public sur les plages", déplore l'association.

(©AFP / 10 août 2009 18h56) 

vendredi 7 août 2009

Le commerce équitable résistera-t-il à la menace carbone ?

Lu sur le site d'Artisans du Monde

Par Stéphane Le Borgne, Président de la fédération Artisans du Monde (Tribune publiée dans le quotidien Ouest France le 17 mai 2009)


La préservation de l’environnement est une lame de fond qui balaye le monde de la consommation. Même si le grand chambardement attendu par le Grenelle semble tarder à se mettre réellement en place, la thématique environnementale prend de plus en plus d’importance. A juste titre et bien heureusement

Depuis plus de 35 ans, le commerce équitable a déjà pris en compte cette dimension du développement durable : 50% des produits alimentaires sont issus de l’agriculture biologique (certifiée ou non), les OGM sont bannis, l’agroforesterie est souvent pratiquée, l’artisanat est réalisé à partir de produits recyclés, les teintures sont à l’eau… 35 ans de succès et de respect de l’environnement atteints, notamment, grâce aux efforts des organisations de producteurs au Sud, maillon décisif du commerce équitable.

Mais cette dimension du commerce équitable demeure peu connue. Les produits importés de pays lointains – ce qui est fréquent dans cas du commerce équitable – sont aujourd’hui stigmatisés. Le consommateur, déjà culpabilisé par le bilan carbone de ses actes quotidiens (notamment ses déplacements), pense, de bonne foi, qu’acheter ces produits venus d’Amérique Latine, d’Asie… ne constitue pas un acte « éco citoyen ». Or, il n’en est rien.

Certes, importer du riz, des jus de fruits du Laos (2), par exemple, génère des gaz à effet de serre. En revanche, la relation proposée par le commerce équitable a permis la construction de barrages pour l’irrigation des rizières, la fabrication de compost comme engrais organique, la plantation de légumineuses en alternance avec le riz (apport d’azote et d’humus), la lutte biologique contre les insectes, etc. Ces impacts sont largement positifs et évitent l’émission de gaz à effet de serre liée à la fabrication d’engrais chimiques, par ailleurs extrêmement polluants et utilisés massivement dans l’agriculture productiviste. Sans le commerce équitable, cette organisation, n’aurait pas développé de tels projets.

De même, les produits artisanaux (décoration, bijoux, etc.) sont critiqués car jugés superflus. L'impact positif sur l’environnement est dans ce cas moins évident, mais pourtant bien réel. En effet, la fabrication d’artisanat constitue un complément de revenu permettant le maintien de l’agriculture vivrière. Il réduit ainsi l'exode rural. Ce type d’économie évite à la famille d’aller vivre en bidonville où, ne pouvant plus subvenir elle-même à ses besoins, elle consommera des produits issus de l’agriculture productiviste et venant de l’autre bout de la planète...

Le commerce équitable favorise donc des modes de production respectueux de l’environnement (l’agriculture paysanne notamment) et apporte de réels bénéfices sociaux économiques et culturels. Il est par conséquent trop réducteur de ne considérer que les impacts liés aux transports des produits. D’autant plus que leur acheminement par voie maritime produit très peu de gaz à effet de serre (3).

Cependant, il est indispensable de privilégier les produits issus de circuits courts provenant de nos propres régions et d’ignorer les productions agro-industrielles de basse qualité. Et la solution ultime, défendue par Artisans du Monde, sera de développer un commerce équitable relocalisé au plus près des zones de production afin d’éviter au maximum les exportations. Le Brésil, le Pérou, la Bolivie, l’Inde… développent des réseaux de commerce équitable dans leur propre pays tout comme, en France, le réseau des AMAP (Association pour le Maintien de l'Agriculture Paysanne) propose de recréer du lien, de l'équité et de la solidarité entre producteurs et consommateurs à une échelle locale.

La solution réside bien dans cette relocalisation de l’économie. Mais en attendant que celle-ci ne soit complète, les produits du commerce équitable n’ont pas à rougir devant la menace carbone. Ils relèvent déjà le défi.

 Source : http://www.artisansdumonde.org/actualite/communique090714-commerce-equitable-menace-carbone.php

jeudi 6 août 2009

Un Alter Tour de France contre tous les dopages

Pour saluer les "alter cyclistes" qui terminent leur Alter Tour de France ces 8 et 9 août du côté de Notre-Dame des Landes près de Nantes, pour protester contre l'extension d'un aéroport, je publie l'article que j'ai rédigé dans Liberté-Hebdo après leur passage à Lille.

Un Alter Tour de France

2000 kilomètres à vélo contre tous les dopages

Un peloton qui s’entraide et dont la seule victoire est d’arriver tous ensemble a fait étape à Lille. Objectif : proposer des alternatives à une société basée sur l’esprit de compétition.

Un arc-en-ciel. Pour sa deuxième édition, l’Alter Tour de France a choisi une symbolique pacifiste et colorée. Une symbolique de vie pour laquelle plusieurs dizaines de cyclistes roulent depuis début juillet. Leur motivation ? « Une planète sans dopage ». Car l’Alter Tour de France cycliste va bien au-delà du clin d’œil adressé à la célèbre Grande Boucle, qui cristallise aujourd’hui les critiques portées sur un sport de compétition miné par le dopage. Pour ces militants d’un autre Tour, c’est toute la société qui est aujourd’hui gangrenée par le désir fou de ne plus tenir compte de ses limites. L’arc-en-ciel invite donc à « remettre les pieds sur Terre » pour reprendre l’expression d’une participante. Celui-ci a pris forme à Besançon le 4 juillet, pour remonter les régions de l’Est vers le Nord. Il faisait halte à Lille, la semaine dernière, où il a été accueilli à la Maison régionale de l’environnement et des solidarités (MRES). Puis il terminera sa demi-boucle à Notre-Dame des Landes, près de Nantes.

Alternatives à une société qui ne connaît plus ses limites

« Une sobriété modérée plutôt que l’ébriété débridée » clame un slogan de ce Tour très particulier. Austères ces « alter cyclistes » ? Bien au contraire, l’ambiance joyeuse et libérée dans laquelle ils ont conclu l’étape lilloise illustre leur attachement à une certaine joie de vivre qui tranche avec l’atmosphère de stress et d’affrontement dans laquelle on baigne en d’autres lieux sportifs. Et qui est à l’image de notre société selon Jean-Pierre Masson, l’un des organisateurs. « On va dans le mur » assure-t-il. Pour lui, la crise financière est au fond un avatar d’un monde basé sur la compétition. « Elle est la conséquence d’une logique de concurrence dans laquelle le plus gros doit bouffer le plus petit ».

Une idée traverse ce peloton pour qui la seule victoire est d’arriver ensemble, grâce à un système d’entraide et de relais (les étapes sont découpées en plusieurs tronçons, ce qui permet à un maximum de personnes de participer en fonction des rythmes de chacun) : le dopage ne concerne pas que le sport. Mais il se dissimule aussi dans la recherche de profits s’agissant de l’économie ou s’exprime dans l’agriculture par les OGM. Justine, 28 ans, monitrice de ski n’a pas hésité à s’engager dans ce Tour. « D’abord parce que je suis sportive et mordue de vélo. Ensuite, parce que je suis sensible à l’écologie ». Au cours d’une étape, en Alsace, elle s’est arrêtée avec le peloton dans un petit village où le maire a lancé un projet de phyto épuration. « La station d’épuration a été remplacée par un champ de roseaux. C’est très propre et tout aussi efficace » croit-elle savoir.

Car l’un des objectifs de l’Alter Tour est aussi de donner à voir ce que Jean-Pierre Masson appelle « les lieux de résistance ». Un guide des « alternatives » est d’ailleurs diffusé tout le long du parcours. Il permet de se mettre en contact avec des personnes proposant d’autres façons de produire et de vivre ensemble dans les domaines de l’agriculture, du commerce équitable, de l’économie sociale et solidaire, de l’habitat (construction écologique, habitat nomade…), de l’énergie, du tourisme…

Le téléphone mobile ciblé

Si l’an dernier, pour la première édition, les alter cyclistes avaient profité de leur périple pour vérifier si les champs de nos campagnes n’étaient pas « dopés » aux OGM, les « tests anti dopage » concernent cette année les ondes de la téléphonie mobile. Pour Alexandre Rafalovitch, l’un des « médecins du tour », spécialisé en électrosensibilité, « un scandale sanitaire d’ampleur » se profile. « On sait que la téléphonie mobile, le wifi, le téléphone sans fil et un tas d’autres applications comme le micro-ondes ou le radar occasionnent des maux de tête, des problèmes de concentration, des pertes de mémoire et des troubles du sommeil. Mais l’industrie qui développe ces techniques refuse toute étude sanitaire sérieuse ». Sur le site Internet de l’Alter Tour, un relevé du champ magnétique observé à chaque étape est tenu à jour. Et les participants ont également découvert que les clochers d’église étaient utilisés en certains endroits pour installer une antenne-relais de téléphonie mobile. Une chose est sûre : une enquête sanitaire indépendante s’impose sur le sujet pour savoir à quoi s’en tenir.

Ces jours-ci, la caravane de l’Alter Tour parcourait les routes de Normandie. Fin du périple : les 8 et 9 août. Les cyclistes rejoindront Notre-Dame des Landes, près de Nantes, où sera installé un « camp climat ». Celui-ci est organisé pour protester contre la construction d’un second aéroport dans ce secteur.

Bruno CADEZ

NB – Pour en savoir plus : www.altertour.net

vendredi 19 juin 2009

Après les élections européennes... Le menu antisocial est déjà salé !

Article publié dans le n°863 de Liberté-Hebdo (19 juin 2009).


Plan social à Michelin, attaques contre la retraite… Patronat et gouvernement estiment avoir les mains libres pour engager un attaque d’ampleur contre les garanties sociales et le monde du travail. 

Le sale coup de Michelin

Du jour au lendemain. Ce mercredi matin, quand la direction les a réunis, ils ne s’attendaient pas à ce qu’elle leur annonce brutalement la décision de Michelin de fermer Sodemeca, sa filiale de Noyelles-les-Seclin. 276 salariés sur le carreau, n’ayant pas d’autre choix que d’accepter de partir pour… Clermont-Ferrand. « Je viens d’acheter une maison, ma femme travaille ici » expliquait Christophe, un ouvrier, en répondant aux question d’un journaliste de l’AFP. Le coup est d’autant plus difficile à digérer que dans cette filiale où travaillent de nombreux jeunes (la moyenne d’âge est de 34 ans), le personnel n’avait pas lésiné sur les efforts pour répondre aux objectifs de la direction de Michelin. Considéré comme le meilleur élève du groupe, Sodemeca possède un savoir-faire de haut-rang et fabrique des pneus pour les modèle de luxe : Porsche, Ferrari, BMW, Mercedes. Depuis 20 ans, son personnel a mis au point la plupart des prototypes dont Michelin bénéficie aujourd’hui. En 2008, les salariés ont augmenté leur productivité de 15 %. Une hausse qui succédait à celle de 30 % en 2007. Une fois le citron pressé, on le jette. Telle est la devise du groupe Michelin. Rappelons que celui-ci a réalisé 357 millions d’euros de profits en 2008. Comme d’autres, il cherche à profiter de la crise pour faire des économies sur le personnel et accroître ainsi la part versée aux actionnaires. Le tout en bénéficiant des largesses publiques accordées par Nicolas Sarkozy. Comme l’a fait remarquer le maire (PCF) de Seclin, Bernard Debreu, présent aux côtés des salariés ce mercredi (ceux-ci ont également reçu la visite de la première secrétaire du Parti socialiste, la maire de Lille Martine Aubry) dans un courrier adressé au président Nicolas Sarkozy : « vous avez décidé d’un plan de relance de l’économie, et attribué plusieurs milliards d’euros au secteur de l’automobile et à ses sous-traitants. Je pensais, comme beaucoup sans doute, que ce plan avait pour objectif de permettre aux entreprises d’attendre la reprise économique, et non de faire disparaître des sites performants, ni de détruire des emplois qualifiés. » 

Michelin n’a en effet aucune raison de s’inquiéter. Rien dans les réactions gouvernementales ne laissent entendre qu’il pourrait être empêché d’agir. Laurent Wauquiez, le secrétaire d’État à l’Emploi, s’est juste contenté de poser des questions sur la reconversion, ce qui vaut validation des suppressions d’emplois. Surtout : une série d’annonces, ces jours-ci, confirment la volonté de Nicolas Sarkozy de poursuivre l’offensive contre les acquis sociaux du pays.

Travailler jusqu’à 67 ans

« Ce n’est plus une question taboue ». C’est ce qu’a affirmé François Fillon, le Premier ministre, cette semaine, intervenant en écho à Brice Hortefeux, son ministre du Travail, qui a remis sur le tapis la possibilité de repousser l’âge légal de départ à la retraite à 67 ans, contre 60 ans aujourd’hui. Tous les deux s’appuient sur les résultats de la commission des comptes publics de la Sécurité sociale qui estime que le déficit de la Sécurité sociale pourrait passer de 10,2 à 20 milliards d’euros fin 2009. Cette commission pointe notamment la responsabilité du chômage et donc des licenciements provoqués par la crise. Mais pour Brice Hortefeux, c’est d’abord l’occasion d’enfoncer une nouvelle brèche dans le droit à la retraite : « comme on sait que si on ne fait rien, on va dans le mur, il n’y a pas aujourd’hui 36 solutions. Il y en a trois : diminuer les pensions, augmenter la durée de cotisation, et reporter l’âge de départ à la retraite, comme l’ont fait les Allemands, jusqu’à 67 ans ». Rappelons que cette proposition est celle du MEDEF. Vous avez dit lutte des classes ?

Haro sur les arrêts maladie

« Il y a des assurés qui utilisent un taxi ou une ambulance pour passer leurs examens médicaux et qui une fois rentrés chez eux utilisent leur voiture pour faire leurs courses ». On se croirait au café du Commerce, mais c’est pourtant un ministre d’État qui argumente ainsi. Pour Eric Woerth, le ministre du Budget, des Comptes publics et de la Fonction publique, les chiffres du déficit de la Sécurité sociale sont une aubaine pour relancer les vieilles rengaines sur les gaspilleurs qui profitent de la Sécu. Une hausse des arrêts maladie, et c’est l’occasion de proposer que l’on généralise l’expérience engagée dans certains départements permettant à l’employeur de mandater un médecin chargé de vérifier la validité de l’arrêt accordé. L’avis de ce médecin aux ordres du patron pourra être utilisé pour suspendre les indemnités du salarié. On devine que de l’argent public servira à financer ce flicage des malades. Pas un mot, en revanche, sur les conséquences de la crise et des méthodes managériales sur la santé des travailleurs.

On le voit, le résultat des élections européennes, a conforté le pouvoir et son commanditaire, le patronat. La feuille de route est tracée : faire payer la crise aux salariés pour ne surtout pas toucher aux revenus des actionnaires ; torpiller la protection sociale pour ouvrir de nouveaux marchés au secteur concurrentiel.

Bruno CADEZ

L'Europe libérale ne fait toujours pas recette

Cet article a été publié dans le numéro 862 de Liberté-Hebdo (12 juin 2009)

Six Français sur dix, notamment les jeunes et les catégories populaires qui souffrent le plus des conséquences de la crise ont fait la grève des urnes dimanche dernier. Un scrutin marqué par un effondrement du PS au profit des Verts, ainsi qu’une bonne tenue du Front de gauche et du NPA.

C’est finalement la presse engagée à droite et celle des milieux financiers qui a donné le ton, au lendemain des élections européennes du 7 juin dernier. « Conforté, Nicolas Sarkozy veut relancer les réformes » titrait « Les Échos » le 9 juin. Quant au Figaro, par la plume d’Étienne Mougeotte, il lançait, en forme de mot d’ordre : « Feu vert ! ». Nous nous étions attardés, la semaine dernière, la veille du scrutin, sur l’importance de ce scrutin. L’enjeu était simple : refuser ou autoriser l’accélération des politiques libérales sous la pression d’une Union européenne recommandant à la France de poursuivre ses réformes à marche forcée. Le feu vert dont parle E. Mougeotte concerne notamment les privatisations dans les domaines de l’énergie et des transports, le démantèlement des régimes de retraites ou encore de nouvelles mesures visant à flexibiliser les relations de travail (la « flexisécurité »).

À propos de la majorité silencieuse…

S’appuyant sur le score de l’UMP, arrivé dimanche en tête avec 27,9 % des suffrages exprimés, le pouvoir voit dans ces résultats un blanc-seing lui permettant de poursuivre une politique au service exclusif des privilégiés. « C’est la reconnaissance du travail accompli par la présidence française de l’Union européenne (celle qu’a conduite Nicolas Sarkozy au cours de 6 derniers mois de 2008 NDLR) » tentait de persuader François Fillon cette semaine devant l’Assemblée nationale. « Depuis deux ans, nous respectons nos engagements, et nous les respecterons jusqu’au bout » a insisté le Premier ministre, s’adressant aux députés dans la perspective du Conseil européen des 18 et 19 mai prochains.

Faut-il considérer qu’il n’y a pas eu de sanction de la politique menée ces deux dernières années ? Une chose est sûre, les Français ne se sont pas déplacés en masse pour la soutenir. Si 11,5 millions d’électeurs avaient voté Nicolas Sarkozy en avril 2007 pour le premier tour de l’élection présidentielle, ils ne sont plus que 4,7 millions à avoir glissé un bulletin UMP dans l’urne ce 7 juin. Un chiffre à mettre en rapport avec les 3 millions de manifestants du 19 mars dernier. La « majorité silencieuse » dont Nicolas Sarkozy parlait pour tenter de relativiser la portée de cette journée d’action, s’est en réalité exprimée pour une large part… dans l’abstention dimanche dernier. Cette donnée est évacuée du côté du gouvernement (François Fillon n’en a même pas dit un mot dans son discours devant les députés !). Six Français sur dix ont fait la grève des urnes (notamment dans les catégories populaires - avec des pointes à plus de 70 % dans certains quartiers - et chez les moins de 25 ans) pour protester contre l’absence de réponses des partis politiques et du pouvoir face à la crise.

Le vote Verts, objet de toutes les attentions

Dans ce contexte, l’échec du parti socialiste apparaît d’autant plus retentissant. Son discours d’opposition à Nicolas Sarkozy n’est pas apparu comme suffisamment crédible aux yeux des victimes de la crise. Bien au-delà du spectacle de ses divisions, des problèmes de génération, du vocabulaire employé (autant d’explications avancées depuis dimanche soir), sans doute le PS est-il d’abord sanctionné par son électorat pour ne pas avoir clairement choisi son camp, entre la gauche et le centre-droit. Il continue de payer une orientation faisant le choix de tourner la page de la rupture avec le capitalisme, quand ceux qui en souffrent attendent des réponses franchement orientées à gauche.

Lassée, une autre frange de son électorat, qui se recrute en partie dans les zones urbaines et les catégories plus diplômées a été séduite par le discours européen, écologiste et décontracté de Daniel Cohn-Bendit. Les Verts talonnent le PS à 16,3 % et profitent de l’effondrement de celui-ci. Leur score confirme que l’exigence écologiste demeure une donnée politique incontournable. Donnée que le gouvernement tente immédiatement de récupérer, en invoquant notamment l’organisation du Grenelle de l’environnement. Tandis que ce mardi, Nicolas Sarkozy, accompagné comme d’habitude d’un important dispositif médiatique, inaugurait quelques panneaux photovoltaïques ! La ficelle est grosse : il ne faudrait pas que les exigences écologistes soient utilisées pour mettre sous le boisseau celles qui se sont exprimées ces derniers mois dans les défilés d’un mouvement social historique, en ce qui concerne l’emploi, le pouvoir d’achat, les services publics.

Reste à savoir ce qui demeurera, demain, de l’unité entre le libéral D. Cohn-Bendit, partisan du Oui à la Constitution européenne, qui a voté les directives de libéralisation du secteur de l’énergie au Parlement européen, et l’antilibéral José Bové, militant du Non en 2005 ? Pour le moment, le bon résultat des Verts est l’objet de toutes les attentions, surtout de ceux qui aspirent à voir la gauche se « moderniser » et se recentrer encore plus. Certains imaginent-ils Daniel Cohn-Bendit (en remplacement d’un François Bayrou en perte de vitesse) se trouver au cœur d’une vaste coalition anti Sarkozy mêlant aspirations écologistes et préoccupations sociales, sans pour autant rompre avec le libéralisme dominant ? Une telle coalition, on le sait, a été envisagée par Laurent Joffrin, du quotidien « Libération » et reçoit l’agrément d’un nombre non négligeable de responsables politiques. Quant à la « maison commune de la gauche », évoquée au sein du PS, toutes tendances confondues, cette proposition - à laquelle il faut sans doute aussi associer la « refondation du PS » souhaitée par Martine Aubry – ne pourra pas éviter la question du contenu. Or, rien n’indique pour le moment que le Parti socialiste soit prêt à revenir sur des orientations renonçant, de manière générale, à sortir des logiques libérales.

Ah, si le NPA n’était pas parti seul !

Dans ce contexte d’effondrement de l’électorat de gauche, les 6,5 % obtenus par Front de gauche sont très intéressants. Alors que le PCF, ces dernières années, était régulièrement en recul dans des scrutins nationaux et européens, ce rassemblement associant le PCF, le Parti de gauche, la Gauche unitaire ainsi que des militants altermondialistes, des antilibéraux, des membres du MRC, et des représentants du mouvement social, progresse. Il passe de trois à cinq élus, dont Jacky Hénin, réélu dans notre circonscription. Longtemps présenté comme distancé dans les sondages par le NPA, le Front de gauche a fait mentir les sondages. Son résultat envoie un « signe d’espoir » à la gauche, pour reprendre une expression employée par le PCF. De même que le NPA (5 %), s’il ne réalise pas le score envisagé par certains sondages, progresse par rapport à 2004 (les listes communes de la LCR et de Lutte ouvrière avaient obtenues 2,5 %). La lecture de ces résultats confirme bien évidemment les regrets face au choix du NPA de solliciter seul les suffrages des électeurs. Mais elle confirme que les idées de contestation du capitalisme conservent de l’influence à gauche et qu’elles sont même en progression. Ce n’est pas inintéressant à faire remarquer pour les combats sociaux et électoraux à venir.

Bruno CADEZ

vendredi 5 juin 2009

Les crieurs du Front de gauche dans le métro lillois

À voir et à revoir sans modération et surtout à faire connaître !

http://www.dailymotion.com/chewi59/video/15951808

À gauche, la gauche !

Éditorial paru dans Liberté-Hebdo, ce vendredi 5 juin 2008.

À quoi rêve Nicolas Sarkozy ? Sans doute que la France des catégories populaires ainsi que le centaines de milliers de personnes qui se sont mobilisées à quatre reprises depuis le début de l’année (et qui s’apprêtent à recommencer le 13 juin) contre sa politique fassent une pause et s’abstiennent ce dimanche. Car son camp, celui des privilégiés, n’aura aucun scrupule à voter pour l’UMP ce dimanche. Mais que fera le salarié de l’hôpital qui refuse la loi Bachelot et de transformer les soins en retour sur investissement ? Que fera le salarié de l’usine délocalisée ? Que feront les personnels de l’Education nationale ou les étudiants mobilisés de manière remarquable toute cette année ? Se tairont-ils ?

Soyons francs : il y a péril en la demeure. Les dirigeants de l’Union européenne (dont font partie notre gouvernement et notre président, ne l’oublions pas) se préparent à une offensive d’ampleur contre le modèle social français. Ils espèrent avoir les mains libres pour en finir avec notre code du travail et remettre la santé, de la protection sociale, de l’énergie, du transport définitivement entre les mains du privé.

Il faut aussi le dire, le renoncement (et même l’adhésion pour certains) ces dernières années d’une partie de la gauche, socialistes et écologistes notamment, face aux logiques libérales a affaibli la résistance du monde du travail et de la création, ce qui rend peu crédible l’appel de Martine Aubry lancé cette semaine à voter PS pour combattre les dérives libérales.

Mais la résistance n’a pas sombré corps et âmes. Il s’est trouvé au Parlement européen, des députés pour s’opposer au dogme du marché, aux directives de privatisations ou à celle portant la durée de travail hebdomadaire à 65 heures… Le communiste Jacky Hénin est de ceux-là. Il incarne cette gauche qui continue de privilégier l’homme sur les profits. Réunis dans le Front de gauche, ces hommes et ces femmes ont fait le choix de l’unité, quand d’autres jouaient la carte du solo médiatique. Pour refuser la société inhumaine que « là-haut » on nous prépare, mais aussi pour les encourager à maintenir vivace l’espoir qu’ils ont fait naître, c’est pour ces représentants du Front de gauche qu’il faudra voter ce dimanche.

Bruno CADEZ

NB - En illustration, le "point de vue" que le dessinateur Charb fait circuler pour expliquer son soutien au Front de gauche.

mardi 12 mai 2009

Droit à la migration : un plaidoyer adressé aux candidats aux européennes

Je relaye ce document, un plaidoyer adressé par "Des ponts, pas des murs", à propos des mesures à prendre pour accorder le droit de cité pour les migrants en Europe. Je voterai pour le Front de gauche, le 7 juin, notamment parce qu'il me semble clair sur le droit à la migration, plus que d'autres en tout cas.

 

 

 

 

Les migrations sont un phénomène ancien et constituent un apport social, culturel et économique 

inestimable. L’Union européenne (UE), pourtant, continue de s’enfermer dans une vision répressive, euro- 

centrée et réductrice des migrations.  

 

Contrôle des frontières et chasse aux sans papiers, sont devenus les mots d'ordre de la plupart des politiques 

migratoires dans l’UE. L’étranger est un bouc émissaire tout trouvé pour attirer les votes des partis 

extrémistes et faire oublier les échecs des politiques économiques et sociales. L’UE a adopté en 2008 la 

Directive retour qui permet l’enfermement et l’éloignement des demandeurs d'asile et des sans papiers, avec 

des durées de rétention pouvant aller jusqu’à 18 mois. De même, le Conseil Européen a conclu le Pacte 

européen sur l’immigration et l’asile qui justifie le recours à un arsenal de mesures principalement 

sécuritaires. Se focalisant sur l’utilité économique des migrants, il élude la question de la régularisation des 

sans-papiers. Le pacte insiste sur les devoirs des migrants (travail, intégration, participation au 

développement de leur pays d’origine..) mais rogne leurs droits fondamentaux, notamment celui de vivre en 

famille. Au nom de l’ « approche globale des migrations et du développement », ce pacte tente d’imposer une 

vision unilatérale aux pays d'émigration et de transit dans un dialogue Nord-Sud déjà fortement déséquilibré. 

 

Cette politique migratoire répressive est une aberration. Elle est contraire aux principes dont se réclame 

l’Union européenne : paix, démocratie, solidarité, justice, respect des droits humains et libre circulation. Elle 

divise l’humanité entre les riches qui peuvent circuler librement et, celles et ceux qui sont assignés à 

résidence. Elle est criminelle car en distribuant au compte-goutte des visas et en érigeant des forteresses à 

ses frontières, l’UE pousse les migrants de plus en plus à emprunter des routes dangereuses. Elle est 

absurde et hypocrite lorsqu’elle assène une vision exclusivement utilitariste des flux migratoires. 

 

Face à la crise actuelle, c’est la protection des droits des migrants, particulièrement en matière familiale et 

salariale, qui contribuera à faire reculer les sentiments racistes et xénophobes en Europe. Nous, acteurs des 

sociétés civiles, demandons aux candidats aux élections européennes de s’engager à placer le respect de la 

justice, des droits et de la dignité humaine au cœur de politiques alternatives en matière de migration et de 

développement. 

 

DONNER DROIT DE CITE AUX MIGRANTS 

 

Finissons-en avec le mythe de l'appel d'air, absurde et hypocrite : les migrants ne choisissent pas 

uniquement leur destination en fonction des possibilités de régularisation. Plusieurs autres raisons 

interviennent telles que: la proximité géographique, les possibilités d'emploi, les liens culturels, familiaux et 

linguistiques...  

En refusant de régulariser on maintient dans l’angoisse, la clandestinité et le non-droit des personnes qui sont 

pourtant incroyablement motivées pour participer pleinement au développement culturel, économique, social 

et politique de leur pays d’accueil mais également de leur pays d’origine. Cette richesse issue des 

mouvements migratoires ne doit pas être stoppée par une vision  réductrice et à courte vue des migrations. 

Par ailleurs les migrants sont avant tout des femmes, des hommes et des enfants, dont les droits 

fondamentaux ne peuvent être niés au seul prétexte de l’absence de papiers. Aucun des pays membres de 

l’Union européenne n’a encore ratifié la Convention internationale sur la Protection des Droits de tous les 

travailleurs migrants et des membres de leur famille adoptée par l’Assemblée générale des Nations Unies le 

18 décembre 1990, alors même que le Parlement européen s’est positionné en sa faveur et qu'elle est entrée 

en vigueur. Cette convention est loin d'être révolutionnaire, elle ne fait que rappeler des droits fondamentaux 

qui s'appliquent aussi aux travailleurs sans-papiers et protéger des personnes qui sont particulièrement 

vulnérables. L’enjeu est d’autant plus urgent dans le contexte actuel de précarisation des migrants résidant 

dans l’UE et des conditions de mobilité à travers le monde. 

Le Parlement européen et le Comité économique et social européen se sont prononcés en faveur des 

mesures visant à donner le droit de vote aux élections locales et européennes aux résidents étrangers non- 

communautaires. En effet, il n’est pas possible de proclamer l’attachement de l’UE à l’égalité et à l’état de 

droit et exclure dans le même temps, les migrants non communautaires du débat démocratique, comme le 

rappelle la récente « campagne pour la citoyenneté de résidence et le droit de vote des étrangers en 

Europe». Tout résident dans un Etat membre devrait se voir octroyer des droits civils et politiques équivalents 

à ceux dont jouissent les citoyens européens. N'oublions jamais que ce sont les libertés individuelles et 

collectives de chacun d’entre nous qui sont menacées quand on restreint les droits civils, politiques, 

économiques, sociaux et culturels des étrangers.  

 

Ce que nous demandons à l’Union européenne

• Nous appelons à la régularisation des personnes sans-papiers ; 

• Nous appelons à l’adoption de mesures visant à instaurer et / ou à préserver la liberté de circulation 

et le libre choix du pays de résidence ; 

• Nous appelons à ce que tou(te)s les migrant(e)s aient accès à une complète citoyenneté et à ce que 

les réglementations concernant les migrant(e)s soient fondées sur l’égalité des droits entre tous les 

citoyens. Dans l’immédiat, nous exigeons d’élargir les conditions applicables aux résidents 

communautaires, notamment le droit de vote, à tous les résidents étrangers ; 

• Nous appelons les Etats membres de l’UE à ratifier la Convention internationale des Nations-Unies 

sur la protection des droits des travailleurs migrants et des membres de leur famille. 

 

 

 

EN FINIR AVEC LA REPRESSION CONTRE LES MIGRANTS 

 

 

Quelques mois après son adoption par le Conseil de l'UE, on constate que les mises en garde de ceux qui se 

sont élevés contre la « directive de la honte » étaient fondées. Au nom de la lutte contre l’immigration 

irrégulière, et au prétexte de répondre aux attentes de l’opinion publique, la détention est en train d’être 

érigée en système, dans le cadre d’une redoutable harmonisation européenne de l’enfermement des 

migrants. L’allongement des délais – déjà mis en oeuvre en Italie, en discussion en Espagne –, la 

déshumanisation et l’opacité semblent devenir la norme dans tous les lieux d’internement administratif pour 

étrangers. 

 

En témoignent les révoltes qui ont éclaté dans les camps d'étrangers à Malte, à Lampedusa, à Turin comme 

à Toulouse et à Paris depuis le début de l'année. Ces mouvements s’inscrivent dans un contexte 

d’exploitation politicienne de la question migratoire par les gouvernements, et sont le résultat de l’hypocrisie 

de l’UE, qui assiste sans broncher aux violations manifestes, notoires et récurrentes des droits fondamentaux 

qui sont commises sur son territoire, et au-delà : car en sous-traitant les contrôles à des pays-tampons, l'UE 

externalise aussi l'enfermement et la violence. 

 

Dans la même ligne, le contrôle et la criminalisation s’étendent aux actes de solidarité. Assister un sans 

papier, l’héberger, le soigner, s’opposer à son expulsion, militer dans une association d'aide aux migrants 

deviennent des délits passibles de poursuites. Cela représente une atteinte alarmante à la solidarité la plus 

élémentaire qui fonde le vivre-ensemble de nos sociétés. 

 

Face à la multiplication des lieux d’enfermement, à l’augmentation des expulsions et à la criminalisation de la 

solidarité, les sociétés civiles du nord et du sud doivent réagir et résister. Les élections européennes sont 

l'occasion, pour les premières, de dire notre refus d'une Union européenne qui bafoue les droits des migrants. 

En s'opposant aux accords migratoires inéquitables que l'UE veut imposer à leurs gouvernements, les 

secondes affirmeront notre volonté d'assainir les relations entre l’UE et le reste du monde, gangrenées par 

l'instrumentalisation de l'aide. Nous appelons à ce que les gouvernements du sud fassent du retrait de la 

« directive de la honte » une condition de leur collaboration dans le cadre des relations UE-reste du monde. 

 

Ce que nous demandons à l’Union européenne

• Nous réclamons le retrait de la Directive retour ; 

• Nous appelons à la suppression de l’enfermement des migrants en situation irrégulière et des 

demandeurs d’asile et, dans l’immédiat, la mise en place de mécanismes de contrôle parlementaire 

et d’accès inconditionnel aux associations de défense des droits à tous les lieux d’enfermement 

des migrants et à tous les dispositifs existants de blocage aux frontières, pour un réel droit de 

regard de la société civile sur ces lieux ; 

• Nos appelons à la dépénalisation de l’aide et du soutien à l’entrée, à la circulation et au séjour 

irréguliers des migrants et demandeurs d’asile. 

 

 

 

REFONDER LES RELATIONS NORD-SUD 

 

 

Les migrants sont des femmes, des hommes et des enfants qui sont poussés sur les routes par les désordres 

du monde : pauvreté, dérèglements climatiques, conflits... Les pays de l’UE ont une responsabilité historique 

dans la situation des pays d’émigration, au travers de la colonisation, leur rôle ancien dans le commerce 

international, l’exploitation des ressources naturelles, et leur influence générale y compris via l’aide au 

développement. Force est de constater que les relations Nord-Sud entre pays, et entre unions d’Etats ne sont 

pas fondées en premier lieu sur la solidarité ; la négociation des Accords de Partenariat Economique en est 

l’illustration la plus récente. 

 

Les politiques européennes promeuvent une « approche globale » des migrations. Pourtant, les liens qui sont 

établis entre la gestion des migrations légales, le contrôle des flux illégaux, l’aide au développement 

instaurent des conditionnalités iniques. L’aide au développement accordée aux pays du Sud est ainsi 

conditionnée par la réadmission dans les pays d’origine des ressortissants en situation irrégulière. 

 

La déclaration des Nations Unies sur le droit au développement rappelle que le développement ne peut être 

soumis à conditions. Or, après une injonction à la « rationalité » économique des politiques d’ajustement 

structurel des années 1980, après le paradigme de la « bonne gouvernance » politique des années 1990, la 

gestion des flux migratoires constitue la dernière conditionnalité qui régit les relations Nord-Sud. Il est urgent 

de dissocier le co-développement de l’aide publique au développement. 

 

Il faut que l'UE cesse de se focaliser sur le rôle des migrants en tant que bailleurs de fonds, via les transferts 

d'argent.Tout d’abord parce que ces transferts sont des ressources privées. Ensuite parce que cette vision 

occulte la question centrale de l’implication des migrants dans l’élaboration des politiques migratoires et de 

développement. Enfin parce qu’elle réduit les liens entre migrations et développement à une simple relation 

de cause à effet : plus de développement au Sud impliquerait moins de migrations vers le Nord. Cette vision 

est fausse à court et moyen terme, et la question du développement des pays du Sud implique que l’UE, 

entre autre, accepte de remettre à plat ses politiques commerciales, ses politiques économiques et 

financières, ses stratégies géopolitiques. Il s’agit de permettre à chacun-e un égal accès aux droits 

fondamentaux. 

 

Ce que nous demandons à l’Union européenne

- Nous appelons l’Union européenne à repenser les relations nord-sud, dans le cadre du respect du 

droit international, de la Déclaration Universelle des droits de l’Homme et du développement de l’Etat 

de droit ; 

- Nous demandons qu’on cesse de conditionner l’aide au développement au contrôle des flux 

migratoires et notamment à ce que les politiques de coopération et des moyens financiers ne soient 

plus liées aux impératifs à court terme de réduction des migrations et à la suppression de toute 

conditionnalité imposée aux pays du Sud dans les  négociations bi ou multilatérales ; 

- Nous appelons à l’arrêt des négociations et à la suppression des accords de réadmission dans les 

pays d’origine et/ou de transit des personnes expulsées, et à la suppression des clauses de 

réadmission dans les négociations plus larges portant sur le développement ou la migration légale ; 

- Nous appelons à ce que les capacités des migrants et de leurs associations soient renforcées au 

Nord et au Sud pour qu’ils puissent davantage influer sur la définition et la mise en place tant des 

politiques migratoires que de développement. 

 

 

Source : http://www.despontspasdesmurs.org/IMG/pdf/document_de_plaidoyer_DPPDM.pdf

jeudi 30 avril 2009

Le travail tue en toute impunité : pour combien de temps encore ?

Je suis signataire de cet appel, pris à l'initiative de la Fondation Copernic. Il y a urgence.

http://www.fondation-copernic.org/petition/index.php?petition=3

1er mai : un appel de chrétiens à manifester

Je transmets volontiers ce texte que me communiquent des amis de la Mission ouvrière de l'Église.

Déclaration à l'occasion du 1er mai 2009 

  

 

Nous : des prêtres, des religieux et religieuses, animateurs en 

pastorale de Lille et environs, nous avons envie de dire : 

  

Le 1er mai, nous serons au côté de nos frères du monde du travail dans 

les manifs !   Pourquoi ? 

  

- Aujourd'hui, en 2009, chez nous en France, comme ailleurs dans le 

monde, des hommes, des femmes, des enfants crèvent ! Il y a les " 

sans papiers", les " sans droits ", les " sans travail", les " sans 

logement", les " sans ressources ". Cela n'est pas supportable !  

Pour personne ! Nous, chrétiens, nous sommes avec eux, nous 

sommes des leurs ! 

  

- Dans ce monde des " sans ", nous rencontrons des hommes, des 

femmes, des jeunes, des enfants, qui vivent des merveilles ! La 

solidarité au quotidien : " Viens boire un café à la maison ! " ; " Je 

vais garder tes gosses ce soir ! ". L'accueil le partage, la 

reconnaissance : " Tu existes, tu as du prix pour moi ! ». 

 

Un sourire, une parole ça n'a pas de prix, ça vaut tout l'or du monde..." 

  

- Dans ce monde-là, des gens se battent, veulent rester debout. 

Dans ce monde-là il y a les associations, les organisations et 

spécialement les syndicats : ce sont eux qui appellent à manifester 

ce premier mai ! Il y a les partis politiques. Tous ceux qui luttent, 

qui se battent pied à pied pour bâtir un monde autre, pas basé sur 

le fric et la réussite de quelques uns seulement !  

  

Nous, chrétiens, laïcs, religieux et religieuses, prêtres, de la région 

lilloise, nous ne causons pas souvent, mais nous sommes là au jour le 

jour, avec ces hommes, ces femmes ,ces enfants. Leur vie nous 

passionne, elle passionne notre Dieu, le Dieu de Jésus-Christ. 

  

  

Parmi les personnes qui ont contribué à ce message, quelques noms : 

Jean-Pierre. Decaesmaeker, Etienne Dupire, Jean-Michel Gruson, Marc 

Jacob, Maxime Leroy, Jean-Marie Leuwers, Jean-Pierre Mercier, Emile 

Reyns, Georges Verbrugge, Jacques Vintaer, Marie-Thérèse Willemotte. 

 

vendredi 27 mars 2009

Une loi contre les parachutes dorés ? Chiche !

Editorial publié dans le numéro 851 de Liberté-Hebdo de ce vendredi 27 mars 2008

C’est un homme de retour du Mexique, où il s’est fait offrir un séjour évalué à 50 000 euros aux frais de la princesse (la quatrième banque mexicaine), qui est venu nous parler de « morale », l’autre soir du côté de Saint-Quentin. Nicolas Sarkozy, celui qui inaugura son quinquennat par une virée au large de l’île de Malte sur un yacht de son ami Vincent Bolloré, et en s’augmentant de 170 %, symbolise tellement les « valeurs » du capitalisme financier que son discours n’est pas crédible. Comme d’habitude, les effets de tribune sur les stock-options ou les parachutes dorés ne portent guère à conséquence. Car Nicolas Sarkozy l’affirme : le bouclier fiscal ? « J’assume », répond-il. Autrement dit, pas question de remettre en cause un dispositif qui favorise les plus riches (ses bénéficiaires ont obtenu en moyenne 30 000 euros l’an dernier, tandis que les salariés, les retraités, les bénéficiaires des minima sociaux se serrent la ceinture). Le PDG de Valéo avec ses 3,2 millions d’euros de parachute doré n’est pas la brebis égarée d’un capitalisme qu’il conviendrait de moraliser. Chez cet équipementier automobile, 5 000 suppressions de postes sont programmées dans le monde, dont 1 500 en France, tandis que 100 millions d’euros ont été versés aux actionnaires en 2008. Kidnapper les richesses en faveur d’une minorité en sacrifiant les hommes et les productions : c’est la raison de vivre d’un capitalisme qui n’a aucune morale et n’en aura jamais.

Nicolas Sarkozy, dit-on, se serait fâché tout rouge contre Laurence Parisot et évoque l’hypothèse d’une loi sur les parachutes dorés à… l’automne. Quelle mascarade ! Un projet de loi contre les parachutes dorés ? Il existe. Il a été déposé par les sénateurs communistes. De même que Marie-George Buffet a rédigé un texte visant à interdire les licenciements boursiers. Qu’attend Nicolas Sarkozy pour le faire examiner et voter par les députés ? Qu’attend-il pour imposer un moratoire sur tous les plans de licenciements ? Qu’attend-il, enfin, pour convoquer une conférence nationale sur les salaires et obliger les patrons à les augmenter ? Sans doute que nous soyons encore plus nombreux, dans la rue et dans les urnes, à faire entendre l’exigence d’une autre politique qui rompe franchement avec les dogmes de l’argent roi.

Bruno Cadez

lundi 2 mars 2009

Le Manifeste pour les produits de haute nécessité

Ce texte est un appel d'air réjouissant et vivifiant. Il faut le lire, le méditer, le diffuser. Il nous vient des Antilles en lutte, rédigé par des intellectuels de renom. En pleine crise du capitalisme, au moment où bien des discours ne sortent pas du dogme de la croissance, ils nous invitent à agir pour faire entendre une exigence de dignité mais aussi inventer un devenir humain qui retrouve le sens de l'épanouissement de chacun, ailleurs que dans le consumérisme et le tout marchand. Un vrai manifeste post-capitaliste.

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Martinique – Guadeloupe – Guyane – Réunion

MANIFESTE POUR LES « PRODUITS » DE HAUTE NECESSITE.

 

« Au moment où le maître, le colonisateur proclament

« il n’y a jamais eu de peuple ici »,

le peuple qui manque est un devenir, il s’invente,

dans les bidonvilles et les camps, ou bien dans les ghettos,

dans de nouvelles conditions de lutte auxquelles un art nécessairement politique doit contribuer »

Gilles Deleuze, L’image-temps



« Cela ne peut signifier qu’une chose :

non pas qu’il n’y a pas de route pour en sortir,

mais que l’heure est venue d’abandonner toutes les vieilles routes. »

Aimé Césaire, Lettre à Maurice Thorez.



C’est en solidarité pleine et sans réserve aucune que nous saluons le profond mouvement social qui s’est installé en Guadeloupe, puis en Martinique, et qui tend à se répandre à la Guyane et à la Réunion. Aucune de nos revendications n’est illégitime. Aucune n’est irrationnelle en soi, et surtout pas plus démesurée que les rouages du système auquel elle se confronte. Aucune ne saurait donc être négligée dans ce qu’elle représente, ni dans ce qu’elle implique en relation avec l’ensemble des autres revendications. Car la force de ce mouvement est d’avoir su organiser sur une même base ce qui jusqu’alors s’était vu disjoint, voire isolé dans la cécité catégorielle –– à savoir les luttes jusqu’alors inaudibles dans les administrations, les hôpitaux, les établissements scolaires, les entreprises, les collectivités territoriales, tout le monde associatif, toutes les professions artisanales ou libérales…

Mais le plus important est que la dynamique du Lyannaj –– qui est d’allier et de rallier, de lier relier et relayer tout ce qui se trouvait désolidarisé –– est que la souffrance réelle du plus grand nombre (confrontée à un délire de concentrations économiques, d’ententes et de profits) rejoint des aspirations diffuses, encore inexprimables mais bien réelles, chez les jeunes, les grandes personnes, oubliés, invisibles et autres souffrants indéchiffrables de nos sociétés. La plupart de ceux qui y défilent en masse découvrent (ou recommencent à se souvenir) que l’on peut saisir l’impossible au collet, ou enlever le trône de notre renoncement à la fatalité.

Cette grève est donc plus que légitime, et plus que bienfaisante, et ceux qui défaillent, temporisent, tergiversent, faillissent à lui porter des réponses décentes, se rapetissent et se condamnent.

Dès lors, derrière le prosaïque du « pouvoir d’achat » ou du « panier de la ménagère », se profile l’essentiel qui nous manque et qui donne du sens à l’existence, à savoir : le poétique. Toute vie humaine un peu équilibrée s’articule entre, d’un côté, les nécessités immédiates du boire-survivre-manger (en clair : le prosaïque) ; et, de l’autre, l’aspiration à un épanouissement de soi, là où la nourriture est de dignité, d’honneur, de musique, de chants, de sports, de danses, de lectures, de philosophie, de spiritualité, d’amour, de temps libre affecté à l’accomplissement du grand désir intime (en clair : le poétique). Comme le propose Edgar Morin, le vivre-pour-vivre, tout comme le vivre-pour-soi n’ouvrent à aucune plénitude sans le donner-à-vivre à ce que nous aimons, à ceux que nous aimons, aux impossibles et aux dépassements auxquels nous aspirons.

La « hausse des prix » ou « la vie chère » ne sont pas de petits diables-ziguidi qui surgissent devant nous en cruauté spontanée, ou de la seule cuisse de quelques purs békés. Ce sont les résultantes d’une dentition de système où règne le dogme du libéralisme économique. Ce dernier s’est emparé de la planète, il pèse sur la totalité des peuples, et il préside dans tous les imaginaires –– non à une épuration ethnique, mais bien à une sorte « d’épuration éthique » [1] (entendre : désenchantement, désacralisation, désymbolisation, déconstruction même) de tout le fait humain. Ce système a confiné nos existences dans des individuations égoïstes qui vous suppriment tout horizon et vous condamnent à deux misères profondes : être « consommateur » ou bien être « producteur ». Le consommateur ne travaillant que pour consommer ce que produit sa force de travail devenue marchandise ; et le producteur réduisant sa production à l’unique perspective de profits sans limites pour des consommations fantasmées sans limites. L’ensemble ouvre à cette socialisation anti-sociale, dont parlait André Gorz, et où l’économique devient ainsi sa propre finalité et déserte tout le reste.

Alors, quand le « prosaïque » n’ouvre pas aux élévations du « poétique », quand il devient sa propre finalité et se consume ainsi, nous avons tendance à croire que les aspirations de notre vie, et son besoin de sens, peuvent se loger dans ces codes-barres que sont « le pouvoir d’achat » ou « le panier de la ménagère ». Et pire : nous finissons par penser que la gestion vertueuse des misères les plus intolérables relève d’une politique humaine ou progressiste. Il est donc urgent d’escorter les « produits de premières nécessités », d’une autre catégorie de denrées ou de facteurs qui relèveraient résolument d’une « haute nécessité ».

Par cette idée de « haute nécessité », nous appelons à prendre conscience du poétique déjà en œuvre dans un mouvement qui, au-delà du pouvoir d’achat, relève d’une exigence existentielle réelle, d’un appel très profond au plus noble de la vie.

Alors que mettre dans ces « produits » de haute nécessité ? C’est tout ce qui constitue le cœur de notre souffrant désir de faire peuple et nation, d’entrer en dignité sur la grand-scène du monde, et qui ne se trouve pas aujourd’hui au centre des négociations en Martinique et en Guadeloupe, et bientôt sans doute en Guyane et à la Réunion.

D’abord, il ne saurait y avoir d’avancées sociales qui se contenteraient d’elles-mêmes. Toute avancée sociale ne se réalise vraiment que dans une expérience politique qui tirerait les leçons structurantes de ce qui s’est passé. Ce mouvement a mis en exergue le tragique émiettement institutionnel de nos pays, et l’absence de pouvoir qui lui sert d’ossature. Le « déterminant » ou bien le « décisif » s‘obtient par des voyages ou par le téléphone. La compétence n’arrive que par des émissaires. La désinvolture et le mépris rôdent à tous les étages. L’éloignement, l’aveuglement et la déformation président aux analyses. L’imbroglio des pseudos pouvoirs Région-Département-Préfet, tout comme cette chose qu’est l’association des maires, ont montré leur impuissance, même leur effondrement, quand une revendication massive et sérieuse surgit dans une entité culturelle historique identitaire humaine, distincte de celle de la métropole administrante, mais qui ne s’est jamais vue traitée comme telle. Les slogans et les demandes ont tout de suite sauté par-dessus nos « présidents locaux » pour s’en aller mander ailleurs. Hélas, tout victoire sociale qui s’obtiendrait ainsi (dans ce bond par-dessus nous-mêmes), et qui s’arrêterait là, renforcerait notre assimilation, donc conforterait notre inexistence au monde et nos pseudos pouvoirs.

Ce mouvement se doit donc de fleurir en vision politique, laquelle devrait ouvrir à une force politique de renouvellement et de projection apte à nous faire accéder à la responsabilité de nous-mêmes par nous-mêmes et au pouvoir de nous-mêmes sur nous-mêmes. Et même si un tel pouvoir ne résoudrait vraiment aucun de ces problèmes, il nous permettrait à tout le moins de les aborder désormais en saine responsabilité, et donc de les traiter enfin plutôt que d’acquiescer aux sous-traitances. La question békée et des ghettos qui germent ici où là, est une petite question qu’une responsabilité politique endogène peut régler. Celle de la répartition et de la protection de nos terres à tous points de vue aussi. Celle de l’accueil préférentiel de nos jeunes tout autant. Celle d’une autre Justice ou de la lutte contre les fléaux de la drogue en relève largement… Le déficit en responsabilité crée amertume, xénophobie, crainte de l’autre, confiance réduite en soi… La question de la responsabilité est donc de haute nécessité. C’est dans l’irresponsabilité collective que se nichent les blocages persistants dans les négociations actuelles. Et c’est dans la responsabilité que se trouve l’invention, la souplesse, la créativité, la nécessité de trouver des solutions endogènes praticables. C’est dans la responsabilité que l’échec ou l’impuissance devient un lieu d’expérience véritable et de maturation. C’est en responsabilité que l’on tend plus rapidement et plus positivement vers ce qui relève de l’essentiel, tant dans les luttes que dans les aspirations ou dans les analyses.

Ensuite, il y a la haute nécessité de comprendre que le labyrinthe obscur et indémêlable des prix (marges, sous-marges, commissions occultes et profits indécents) est inscrit dans une logique de système libéral marchand, lequel s’est étendu à l’ensemble de la planète avec la force aveugle d’une religion. Ils sont aussi enchâssés dans une absurdité coloniale qui nous a détournés de notre manger-pays, de notre environnement proche et de nos réalités culturelles, pour nous livrer sans pantalon et sans jardins-bokay aux modes alimentaires européens. C’est comme si la France avait été formatée pour importer toute son alimentation et ses produits de grande nécessité depuis des milliers et des milliers de kilomètres. Négocier dans ce cadre colonial absurde avec l’insondable chaîne des opérateurs et des intermédiaires peut certes améliorer quelque souffrance dans l’immédiat ; mais l’illusoire bienfaisance de ces accords sera vite balayée par le principe du « Marché » et par tous ces mécanismes que créent un nuage de voracités, (donc de profitations nourries par « l’esprit colonial » et régulées par la distance) que les primes, gels, aménagements vertueux, réductions opportunistes, pianotements dérisoires de l’octroi de mer, ne sauraient endiguer.

Il y a donc une haute nécessité à nous vivre caribéens dans nos imports-exports vitaux, à nous penser américain pour la satisfaction de nos nécessités, de notre autosuffisance énergétique et alimentaire. L’autre très haute nécessité est ensuite de s’inscrire dans une contestation radicale du capitalisme contemporain qui n’est pas une perversion mais bien la plénitude hystérique d’un dogme. La haute nécessité est de tenter tout de suite de jeter les bases d’une société non économique, où l’idée de développement à croissance continuelle serait écartée au profit de celle d’épanouissement ; où emploi, salaire, consommation et production serait des lieux de création de soi et de parachèvement de l’humain. Si le capitalisme (dans son principe très pur qui est la forme contemporaine) a créé ce Frankenstein consommateur qui se réduit à son panier de nécessités, il engendre aussi de bien lamentables « producteurs » –– chefs d’entreprises, entrepreneurs, et autres socioprofessionnels ineptes –– incapables de tressaillements en face d’un sursaut de souffrance et de l’impérieuse nécessité d’un autre imaginaire politique, économique, social et culturel. Et là, il n’existe pas de camps différents. Nous sommes tous victimes d’un système flou, globalisé, qu’il nous faut affronter ensemble. Ouvriers et petits patrons, consommateurs et producteurs, portent quelque part en eux, silencieuse mais bien irréductible, cette haute nécessité qu’il nous faut réveiller, à savoir : vivre la vie, et sa propre vie, dans l’élévation constante vers le plus noble et le plus exigeant, et donc vers le plus épanouissant. Ce qui revient à vivre sa vie, et la vie, dans toute l’ampleur du poétique.

On peut mettre la grande distribution à genoux en mangeant sain et autrement.

On peut renvoyer la Sara et les compagnies pétrolières aux oubliettes, en rompant avec le tout automobile.

On peut endiguer les agences de l’eau, leurs prix exorbitants, en considérant la moindre goutte sans attendre comme une denrée précieuse, à protéger partout, à utiliser comme on le ferait des dernières chiquetailles d’un trésor qui appartient à tous.

On ne peut vaincre ni dépasser le prosaïque en demeurant dans la caverne du prosaïque, il faut ouvrir en poétique, en décroissance et en sobriété. Rien de ces institutions si arrogantes et puissantes aujourd’hui (banques, firmes transnationales, grandes surfaces, entrepreneurs de santé, téléphonie mobile…) ne sauraient ni ne pourraient y résister.

Enfin, sur la question des salaires et de l’emploi. Là aussi il nous faut déterminer la haute nécessité. Le capitalisme contemporain réduit la part salariale à mesure qu’il augmente sa production et ses profits. Le chômage est une conséquence directe de la diminution de son besoin de main d’œuvre. Quand il délocalise, ce n’est pas dans la recherche d’une main d’œuvre abondante, mais dans le souci d’un effondrement plus accéléré de la part salariale. Toute déflation salariale dégage des profits qui vont de suite au grand jeu welto de la finance. Réclamer une augmentation de salaire conséquente n’est donc en rien illégitime : c’est le début d’une équité qui doit se faire mondiale.

Quant à l’idée du « plein emploi », elle nous a été clouée dans l’imaginaire par les nécessités du développement industriel et les épurations éthiques qui l’ont accompagnée. Le travail à l’origine était inscrit dans un système symbolique et sacré (d’ordre politique, culturel, personnel) qui en déterminait les ampleurs et le sens. Sous la régie capitaliste, il a perdu son sens créateur et sa vertu épanouissante à mesure qu’il devenait, au détriment de tout le reste, tout à la fois un simple « emploi », et l’unique colonne vertébrale de nos semaines et de nos jours. Le travail a achevé de perdre toute signifiance quand, devenu lui-même une simple marchandise, il s’est mis à n’ouvrir qu’à la consommation.

Nous sommes maintenant au fond du gouffre.

Il nous faut donc réinstaller le travail au sein du poétique. Même acharné, même pénible, qu’il redevienne un lieu d’accomplissement, d’invention sociale et de construction de soi, ou alors qu’il en soit un outil secondaire parmi d’autres. Il y a des myriades de compétences, de talents, de créativités, de folies bienfaisantes, qui se trouvent en ce moment stérilisés dans les couloirs ANPE et les camps sans barbelés du chômage structurel né du capitalisme. Même quand nous nous serons débarrassés du dogme marchand, les avancées technologiques (vouées à la sobriété et à la décroissance sélective) nous aiderons à transformer la valeur-travail en une sorte d’arc-en-ciel, allant du simple outil accessoire jusqu’à l’équation d’une activité à haute incandescence créatrice. Le plein emploi ne sera pas du prosaïque productiviste, mais il s’envisagera dans ce qu’il peut créer en socialisation, en autoproduction, en temps libre, en temps mort, en ce qu’il pourra permettre de solidarités, de partages, de soutiens aux plus démantelés, de revitalisations écologiques de notre environnement…

Il s’envisagera en « tout ce qui fait que la vie vaut la peine d’être vécue ».

Il y aura du travail et des revenus de citoyenneté dans ce qui stimule, qui aide à rêver, qui mène à méditer ou qui ouvre aux délices de l’ennui, qui installe en musique, qui oriente en randonnée dans le pays des livres, des arts, du chant, de la philosophie, de l’étude ou de la consommation de haute nécessité qui ouvre à création –– créaconsommation.

En valeur poétique, il n’existe ni chômage ni plein emploi ni assistanat, mais autorégénération et autoréorganisation, mais du possible à l’infini pour tous les talents, toutes les aspirations. En valeur poétique, le PIB des sociétés économiques révèle sa brutalité.

Voici ce premier panier que nous apportons à toutes les tables de négociations et à leurs prolongements : que le principe de gratuité soit posé pour tout ce qui permet un dégagement des chaînes, une amplification de l’imaginaire, une stimulation des facultés cognitives, une mise en créativité de tous, un déboulé sans manman de l’esprit. Que ce principe balise les chemins vers le livre, les contes, le théâtre, la musique, la danse, les arts visuels, l’artisanat, la culture et l’agriculture… Qu’il soit inscrit au porche des maternelles, des écoles, des lycées et collèges, des universités et de tous les lieux connaissance et de formation… Qu’il ouvre à des usages créateurs des technologies neuves et du cyberespace. Qu’il favorise tout ce qui permet d’entrer en Relation (rencontres, contacts, coopérations, interactions, errances qui orientent) avec les virtualités imprévisibles du Tout-Monde… C’est le gratuit en son principe qui permettra aux politiques sociales et culturelles publiques de déterminer l’ampleur des exceptions. C’est à partir de ce principe que nous devrons imaginer des échelles non marchandes allant du totalement gratuit à la participation réduite ou symbolique, du financement public au financement individuel et volontaire… C’est le gratuit en son principe qui devrait s’installer aux fondements de nos sociétés neuves et de nos solidarités imaginantes…

Projetons nos imaginaires dans ces hautes nécessités jusqu’à ce que la force du Lyannaj ou bien du vivre-ensemble, ne soit plus un « panier de ménagère », mais le souci démultiplié d’une plénitude de l’idée de l’humain.

Imaginons ensemble un cadre politique de responsabilité pleine, dans des sociétés martiniquaise guadeloupéenne guyanaise réunionnaise nouvelles, prenant leur part souveraine aux luttes planétaires contre le capitalisme et pour un monde écologiquement nouveau.

Profitons de cette conscience ouverte, à vif, pour que les négociations se nourrissent, prolongent et s’ouvrent comme une floraison dans une audience totale, sur ces nations qui sont les nôtres.

An gwan lodyans qui ne craint ni ne déserte les grands frissons de l’utopie.

Nous appelons donc à ces utopies où le Politique ne serait pas réduit à la gestion des misères inadmissibles ni à la régulation des sauvageries du « Marché », mais où il retrouverait son essence au service de tout ce qui confère une âme au prosaïque en le dépassant ou en l’instrumentalisant de la manière la plus étroite.

Nous appelons à une haute politique, à un art politique, qui installe l’individu, sa relation à l’Autre, au centre d’un projet commun où règne ce que la vie a de plus exigeant, de plus intense et de plus éclatant, et donc de plus sensible à la beauté.

Ainsi, chers compatriotes, en nous débarrassant des archaïsmes coloniaux, de la dépendance et de l’assistanat, en nous inscrivant résolument dans l’épanouissement écologique de nos pays et du monde à venir, en contestant la violence économique et le système marchand, nous naîtrons au monde avec une visibilité levée du post-capitalisme et d’un rapport écologique global aux équilibres de la planète….

Alors voici notre vision :

Petits pays, soudain au cœur nouveau du monde, soudain immenses d’être les premiers exemples de sociétés post-capitalistes, capables de mettre en œuvre un épanouissement humain qui s’inscrit dans l’horizontale plénitude du vivant…

Ernest BRELEUR

Patrick CHAMOISEAU

Serge DOMI

Gérard DELVER

Edouard GLISSANT

Guillaume PIGEARD DE GURBERT

Olivier PORTECOP

Olivier PULVAR

Jean-Claude WILLIAM

jeudi 26 février 2009

Vive la Commune !

Voici la nouvelle trouvaille des gens proches du pouvoir : agrandir les régions. C’est une énième commission dirigée par un ancien Premier ministre, Edouard Balladur, qui s’était fait remarquer dans les années 90 du siècle dernier par une proposition de SMIC « jeune » (le CIP, que la droite rebaptisera plus tard CPE) contre laquelle toute une jeunesse s’était dressée et avec succès. Dans l’idée de Balladur et des commissionnaires, il faudrait donc passer de 22 à 15 régions, quitte à dépecer la Picardie en la partageant entre le Nord-Pas-de-Calais pour la Somme, la Champagne-Ardennes pour l’Aisne et l’Ile-de-France pour l’Oise ; à inventer « l’Alsace-Lorraine » ou encore à marier Rhône-Alpes et l’Auvergne de force ou encore à rapprocher les deux Normandie. Les cantons sont par ailleurs sur la sellette.

Voir grand et vite : l'obsession libérale

Dans le monde libéral, c’est une obsession : il faut voir grand. Et vite. De grandes régions, reliées par des trains à grande vitesse. Voilà, notamment, ce qui les fascine. Ce n’est pas d’aujourd’hui que nos dirigeants défendent cette conception d’une Europe des régions et se gaussent de cette France « mille-feuille » (dixit Sarkozy). Parmi eux, il y a beaucoup de gens de droite, des patrons, comme l’ardent défenseur du « Grand Lille », Bruno Bonduelle, l’homme des petits pois, mais aussi, curieusement, des gens de gauche. Dans la commission Balladur, on trouvait Pierre Mauroy, ou André Vallini qui, cette semaine a invité son parti le PS qui s’est publiquement opposé à cette réforme (Mauroy a paraît-il moyennement apprécié la critique de Martine Aubry) à ne pas verser dans le conservatisme.

Pourquoi cette répulsion pour l’échelon local ? Parce que c’est le lieu où l’on prend plus volontiers le temps de la démocratie. Sauf que le temps, pour eux, c’est de l’argent. Le TGV – symbole s’il en est de ces grandes régions - c’est le train du monde des affaires, celui qui s’embarrasse peu des hommes. Leur projet se conjugue avec une mise en cause de la démocratie locale. Le vrai lieu de la « vraie vie », selon le libéralisme, serait ces grandes régions, celui auquel s’intéresse « l’investisseur » (après d’ailleurs avoir généralement torpillé le tissu industriel local). La « vraie vie », ce serait celle de l’économie. Pratique : il suffit de s’en remettre aux experts. Haro, donc, sur ces communes, que l’on déleste de leurs moyens, ces communes où l’on prend le temps, parfois à quelques dizaines d’habitants, de vivre et de donner son avis sur ce qu’il serait bon de faire pour le bien-être de tous. La commune, poumon de la démocratie, est la bête noire des libéraux.

vendredi 6 février 2009

Nous refusons le silence imposé aux pauvres

Ce texte est diffusé par l'ACO (Action catholique ouvrière) et me semble particulièrement intéressant.

Nous refusons le silence imposé aux pauvres 

Tous les pays du monde sont atteints par une crise qui frappe en priorité et de plus en plus 

durement les centaines de millions d’hommes, de femmes, d’enfants dont les moyens 

d’existence sont, depuis des dizaines d’années, insuffisants et, pour beaucoup, diminuent 

encore. Au Nord comme au Sud, autour de chacun de nous en France, cette pauvreté 

innombrable et multiforme est un scandale face aux richesses produites, aux fortunes étalées 

et aux moyens scientifiques et techniques qui pourraient permettre un mieux-être mondialisé. 

Les médias s’intéressent moins à ces foules démunies qu’aux banques et aux banquiers. 

Les prises de risque et les malversations des financiers, opérées avec cynisme et conformes le 

plus souvent à des législations complaisantes, sont présentées comme la cause première de la 

crise. Or elles n’ont fait que la précipiter. Il faut au contraire rechercher les racines du 

marasme dans l’amenuisement généralisé et déjà ancien du coût du travail par les 

délocalisations, l’exploitation forcenée des mains-d’œuvre à bon marché et le développement 

d’un chômage de masse ; les rechercher aussi dans l’affaiblissement depuis longtemps 

programmé de la syndicalisation, dans la mise en cause des services publics et des systèmes 

de protection sociale. On cherche ainsi à en assurer la privatisation et on permet la montée en 

force des fonds spéculatifs de placement et de pension. La crise est née et elle se nourrit d’un 

tel système. 

La financiarisation a gangrené l’économie dans le monde entier, exigeant une rentabilité de 

plus en plus rapide à des taux dépassant de très loin ceux que la qualité de la production et la 

santé des producteurs peuvent normalement supporter. Tous les domaines de l’activité 

humaine ont été pervertis. La recherche scientifique et médicale, l’éducation, la santé 

publique, l’information, la création artistique se heurtent aux impératifs financiers comme en 

témoignent, entre autres, les dérives du marché de l’art. Une idéologie de la rentabilité a été 

forgée par les tenants du système et les spécialistes du discours à leur service. Elle a été 

habilement diffusée, opposant l’individualisme et l’égoïsme à la solidarité, aux luttes et 

solutions collectives. Elle est soutenue et mise en pratique par de nombreux politiciens et 

gouvernements comme étant la seule valable. 

À tous les niveaux, les institutions financières ont restreint les crédits à long terme et à taux 

bas nécessaires aux investissements productifs et, plus encore, sociaux, ce qui a gravement 

nui au développement de nombreux pays. Elles ont au contraire développé les crédits à court 

terme et à taux élevé pour des placements financiers et des consommations immédiatement 

rentables. L’endettement massif d’accédants à la propriété aux ressources très insuffisantes 

devait fatalement déboucher sur une catastrophe. Elle a éclaté d’abord aux États-Unis où 

l’excès est allé le plus loin. Les millions de foyers américains qui se retrouvent sans logis 

prouvent dans la douleur que la financiarisation aggrave la pauvreté. L’implication des 

banques du monde entier dans cette perversion du crédit en montre les limites en dépit de ses 

outils mathématiques sophistiqués. Pendant ce temps de grandes firmes constituent des 

empires en contrôlant la production et le commerce des matières premières industrielles et 

agricoles. 

Prétendre moraliser un tel système relève au mieux de l’illusion, au pire de la 

mystification. Les énormes capitaux publics que les gouvernements leur ont distribués n’ont 

pas modifié les pratiques des banques privées. Si leurs échecs conduisent celles-ci à moins 

miser, pour l’instant, sur l’endettement des consommateurs, elles refusent encore plus 

qu’auparavant d’accorder des crédits productifs d’emplois qu’elles continuent à juger 

insuffisamment rentables de leur point de vue strictement financier. Leurs dirigeants et, en 

général, les élites de l’économie et de la politique paraissent incapables de penser selon 

d’autres critères. Sévères envers les travailleurs toujours trop coûteux à leurs yeux, oublieux 

des sans travail, des sans terre, des sans logis, des sans papiers que leurs décisions multiplient, 

à l’affût de la moindre accalmie pour reprendre leurs jeux dangereux, ils se montrent très 

soucieux de leurs faramineux avantages personnels. Peut-on leur faire confiance pour 

modifier l’ordre ou plutôt le désordre actuel ? Les laisser maîtres des décisions majeures qui 

doivent être prises ne peut qu’aggraver la crise mondiale et ses dramatiques conséquences 

pour l’humanité, la paix mondiale et la planète elle-même, dont l’équilibre écologique est de 

plus en plus menacé. 

Nous avons en commun le souci de la libération humaine et de la défense des victimes de 

l’intégrisme financier. Nous refusons le silence imposé aux pauvres. C’est pourquoi nous 

lançons, plus qu’un cri d’alarme, un appel à la mobilisation populaire. Comme en d’autres 

heures graves de l’histoire de la France et du monde, ce n’est pas sur la bonne volonté des 

privilégiés qu’il faut compter mais sur l’action du plus grand nombre. Nous ne prétendons pas 

offrir des solutions qui doivent être inventées par les intéressés eux-mêmes. Ce ne sont pas les 

propositions d’économistes, de philosophes, de syndicalistes, de politiques qui manquent le 

plus, mais la volonté et le courage de s’attaquer à la racine du mal financier qui ronge nos 

sociétés afin de remettre la finance à sa place qui doit être seconde. Il faut pour cela mettre en 

commun les bonnes volontés, faire converger les efforts, développer voire restaurer les 

solidarités populaires mises à mal par des politiques destructrices du lien social. Il est aussi 

indispensable de faciliter les prises de conscience, de souligner que la sortie de crise sera 

collective ou qu’elle ne sera pas et qu’elle nécessite une maîtrise citoyenne de l’économie. 

Toute action, toute mobilisation en ce sens, si partielle soit-elle, favorisera le vaste 

mouvement d’émancipation qu’exige la situation en France, en Europe et dans le monde. Si 

celui-ci ne se développe pas, le risque est grand de voir surgir des hommes prétendument 

providentiels, inventeurs de solutions autoritaires. 

Dès lors, l’action politique se révèle décisive. Elle nécessite bien sûr la recherche de 

convergences pour des objectifs particuliers ou généraux, locaux, nationaux, européens ou 

planétaires. Elle nécessite tout autant, sinon plus, une grande détermination. Ce n’est pas en 

abaissant les ambitions et les visées que l’on parvient aux rassemblements les plus larges. Ce 

sont au contraire celles et ceux qui donnent à voir le plus loin et à rêver le plus haut qui les 

aident à naître et à grandir. 

 

Georges Arnold, Jacques Benezit, Antoine Casanova, Jacques Couland, Patrick Coulon, 

Joël Dautheville, Yves Dimicoli, Roland Farré, Dominique Fontaine, Françoise Hurstel, 

Jean George, Jean-Pierre Jouffroy, Jean Magniadas, Jean-Louis Papin, Jean-Claude 

Petit, Patrick Ribau, Albert Rouet, Claude Schockert. 

Ces premiers signataires forment un groupe de réflexions et d’échanges placé sous le 

patronage de Félicité de Lamennais qui, en son temps, dénonçait déjà le silence imposé aux 

pauvres. Ce texte est à la disposition de celles et ceux qui veulent l’approuver, le diffuser, 

l’utiliser à leur gré dans d’autres groupes citoyens. 

Contacts _ Georges Arnold, 65 avenue Gabriel Péri, 93400 Saint-Ouen 

01 40 12 39 93  - georges.arnold@wanadoo.fr 

_ Jean George, 48 rue Caulaincourt 75018 Paris 

01 42 54 52 11 - georgejnj@wanadoo.fr

lundi 2 février 2009

29 janvier 2009. Le tournant

Editorial publié dans Liberté-Hebdo n°844 (30 janvier 2008)

Le tournant

Un tournant. Ce qui vient de se passer, ce 29 janvier dans tout le pays – des grèves touchant de nombreux secteurs, des manifestations massives et même impressionnantes en certains endroits, comme on n’en avait plus vu depuis 20 ans, d’après François Chérèque - a sans doute posé un taquet et un repère encourageants au moment où la droite et le MEDEF s’acharnent à vouloir briser le modèle social français tout en voulant faire payer les conséquences de leur crise à notre peuple. Sans doute est-ce là le signe de la profondeur d’un mouvement dont la plupart des médias ont bien été obligés de reconnaître l’ampleur, de nombreux jeunes étaient présents dans les cortèges. De même, beaucoup de salariés du privés étaient mobilisés. Au nom de la crise, Nicolas Sarkozy avait, au début de cette année, appelé chacun à « faire des efforts ». Ce qui a été rejeté le 29 janvier, c’est d’abord ce toupet consistant à demander au plus grand nombre de se serrer la ceinture quand des banquiers et des patrons bénéficient de largesses à coup de milliards d’euros, et sans la moindre contrepartie. Celui qui s’était autoproclamé « président du pouvoir d’achat » n’a jamais eu un geste pour les revenus des salariés et des plus modestes. Pendant qu’il venait en aide aux actionnaires de l’automobile, il laissait des salariés de ce secteur passer les fêtes de fin d’année avec 700 euros de salaire pour cause de chômage partiel. L’hôpital n’a pas de problème de moyens, il suffit de travailler plus et mieux avait encore le front d’affirmer dernièrement Son Arrogance. La réponse du peuple est cinglante. Elle livre surtout un message d’espoir. La France qui manifestait ce jeudi, très largement majoritaire selon les études, c’est celle qui refuse le modèle de société incarné par N. Sarkozy. Ce modèle « bling-bling » comme on l’a surnommé, flatteur pour les riches et méprisant pour les plus modestes, sécuritaire, navigant aux frontières de la xénophobie, pour qui le droit de grève doit être jeté dans la poubelle de l’histoire, la culture et l’éducation réduites en miettes marchandes… Il y en avait des raisons de manifester le 29 janvier. L’important, c’est que ce tous ensemble ait pu s’exprimer. La leçon est double. Tout d’abord, l’unité est une force considérable. Il est important de s’en souvenir. Ensuite, l’exigence d’une autre politique est désormais incontournable dans le pays. « Bling-Bling » et compagnie ont sans doute le profil bas ces jours-ci.

Bruno Cadez

vendredi 23 janvier 2009

L'appel des appels

J'ai signé cet appel dont on commence à parler dans quelques média (l'Huma, Libé...) Plus de 20.000 signataires pour le moment. Retrouvez la liste des premiers signataires, et la possibilité de nous rejoindre et d'en savoir plus, à cette adresse : www.appeldesappels.org

« Nous, professionnels du soin, du travail social, de l’éducation, de la justice, de l’information et de la culture, attirons l’attention des Pouvoirs Publics et de l’opinion sur les conséquences sociales désastreuses des Réformes hâtivement mises en place ces derniers temps.

A l’Université, à l’École, dans les services de soins et de travail social, dans les milieux de la justice, de l’information et de la culture, la souffrance sociale ne cesse de s’accroître. Elle compromet nos métiers et nos missions.

Au nom d’une idéologie de "l’homme économique", le Pouvoir défait et recompose nos métiers et nos missions en exposant toujours plus les professionnels et les usagers aux lois "naturelles" du Marché. Cette idéologie s’est révélée catastrophique dans le milieu même des affaires dont elle est issue.

Nous, professionnels du soin, du travail social, de l’éducation, de la justice, de l’information et de la culture, refusons qu’une telle idéologie mette maintenant en "faillite" le soin, le travail social, l’éducation, la justice, l’information et la culture.

Nous appelons à une Coordination Nationale de tous ceux qui refusent cette fatalité à se retrouver le 31 janvier 2009 à Paris. »

Le 22 décembre 2008,

Roland Gori et Stefan Chedri

À l'heure d'un nouveau rêve américain ?

"Barack Obama, dans son discours, nous a donné des raisons (les raisons) pour que nous ne nous laissions pas abuser. Le monde peut être meilleur que celui auquel nous paraissions avoir été condamnés. Au fond, ce qu'Obama est venu nous dire, c'est qu'un autre monde est possible. Beaucoup d'entre nous le disions déjà depuis longtemps. Peut-être est-ce l'occasion d'essayer de nous mettre d'accord sur la façon et la manière. Pour commencer", C’est l’écrivain portugais José Saramago, prix Nobel en 1998 et militant communiste qui livre ces mots au monde. Et C’est cet homme de 86 ans qui nous invite à prendre le pouls de l’Histoire, à dépasser les jugements abstraits et figés pour prendre le mouvement en cours. Car l’écrivain poursuit : "Quand je demande d'où sort Obama, je manifeste ma perplexité de voir que ce temps dans lequel nous vivons, cynique, désespérant, sombre, terrible dans mille de ses aspects, a engendré une personne (c'est un homme, mais ce pourrait être une femme) qui lève la voix pour parler de valeurs, de responsabilité personnelle et collective, de respect pour le travail et aussi pour la mémoire de ceux qui nous ont précédés dans la vie". Oui, en faisant de Barack Obama, un métis, fils d’un noir originaire du Kenya et d’une blanche américaine, le 44e président des Etats-Unis, le peuple américain a permis à l’Histoire de prendre un de ces tournants qu’il est important de savoir accompagner. Dans le pays qui, il y a quarante ans, voyait mourir Martin Luther King sous les balles d’un tueur raciste, dans le pays qui a engendré le Ku Klux Klan, dans ce pays un noir était interdit dans certaines universités,  il y a encore si peu, comment ne pas voir la force du symbole en entendant Barack Obama prêter serment sur la bible d’Abraham Lincoln, l’homme de l’abolition de l’esclavage aux Etats-Unis ?

Le désir d’un peuple

Alors, d’où sort Obama, pour reprendre l’interrogation de Saramago ? Avant tout du désir du peuple américain de changer d’époque et de renouer avec l’espoir. Pour tourner la page d’une Amérique dont le socle symbolique reposait sur l’image frileuse d’un pays à dominante blanche, arrogant à l’encontre d’un monde soi-disant partagé entre les pays du Bien et ceux du Mal, violent contre les minorités et impitoyable pour les pauvres, comme avait pu le révéler la gestion désastreuse de l’ouragan Katrina. Autrement dit, tourner la page de l’Amérique de Bush. Obama arrive à la tête d’un pays dont la population subit les conséquences de la crise, certains ayant tout perdu, jusqu’à leur toit dans la crise des subprimes. Les USA sont considérés comme les principaux responsables, après les aventures irakiennes et afghanes et leur soutien inconditionnel à Israël, de l’insécurité qui plane sur le monde. De même que l’obstination à refuser de signer le protocole de Kyoto en vue de réduire les gaz à effets de serre a symbolisé le mépris manifesté par ce grand pays vis-à-vis du reste du monde et des générations futures.

Deux millions d’américains ont participé au rassemblement organisé le jour de l’investiture d’Obama. Du jamais vu dans l’histoire du pays. Le nouveau président américain incarne en réalité l’aspiration d’un peuple à plus de justice sociale, au respect des différences, à la paix, à la protection de la planète (ce qui n’est pas rien dans un pays dont le mode de vie cristallise tous les gâchis du capitalisme). Ses premiers jours à la Maison-Blanche semblent donner quelques échos dans ce sens. Son discours d’investiture a évoqué le respect du droit en s’adressant au monde, et le « respect mutuel » en direction « du monde musulman ». Les procédures contre les personnes détenues emprisonnées à Guantanamo vont être suspendues (même si Amnesty International, tout en notant « un pas dans la bonne direction) aurait souhaité qu’elles soient annulées. Silencieux pendant l’agression israélienne contre Gaza,  Barack Obama a appelé Mahmoud Abbas, le président de l’Autorité palestinienne et lui a fait savoir qu’il était « le premier dirigeant étranger à appeler, tout en lui signifiant qu’il entendait « œuvrer avec lui en tant que partenaire pour instaurer une paix durable dans la région ».

Le mouvement populaire qui est à l’origine de l’élection de B. Obama gardera-t-il la force de s’exprimer afin que l’espoir ne retombe pas, mais se concrétise dans la vie des citoyens ? C’est sans doute la condition indispensable pour que les contradictions marquant le nouvel hôte de la Maison-Blanche ne débouchent pas sur une politique allant à l’encontre des exigences sociales de son électorat. Barack Obama est aussi l’homme qui a reçu le soutien de Wall Street. Son gouvernement est marqué du sceau du pragmatisme composé à la fois de défenseurs des droits de l’Homme et de représentants de l’orthodoxie libérale…

Il serait tout autant aussi de ne laisser aucune chance au nouveau président américain que de l’idolâtrer. Nous préférons nous interroger avec José Saragamo, « d’où sort cet homme ». Et espérer.

Bruno Cadez

Liberté-Hebdo n°842 - Vendredi 23 janvier 2009

"S'agissant des dividendes, M. le président"

Editorial de Liberté-Hebdo, paru ce vendredi 23 janvier (n°842)


En tremble-t-on encore dans les salons des grandes banques françaises et des groupes de l’automobile ? Si c’est le cas, cela ne peut-être que de rire. Nicolas Sarkozy et le gouvernement ont fait mine ces jours-ci de s’opposer aux dirigeants de ces secteurs à propos des bonus qu’ils s’accordent grassement chaque année. Le projecteur médiatique a été porté sur le sacrifice consenti par quelques dirigeants de banque annonçant leur décision de renoncer à ces étrennes. Pitoyable agitation. En fait, il s’agissait d’emballer le nouveau cadeau de 10 milliards d’euros accordé aux banques, alors qu’une banque comme la Société générale doublera son bénéfice en 2008 (2 milliards d’euros). Car en réalité, le pouvoir capitule, et refuse de contraindre celles-ci aux ruptures nécessaires avec une logique qui a abouti au désastre que l’on sait. Rupture qu’au contraire, le PCF propose à travers un pôle financier public et que ses militants ont essayé de populariser cette semaine auprès des salariés.

Nicolas Sarkozy sert en réalité de bouffon à des dirigeants qui ne se voient aucunement empêchés de continuer à favoriser la spéculation à tous crins. Car pendant ce temps, lisait-on dernièrement dans « Le Monde », la presque totalité des grandes entreprises cotées à la Bourse de Paris ont continué en 2008 d’accorder des parachutes dorés à leurs dirigeants, malgré les réticences du Medef. La moralité de ces gens-là s’arrête quand disparaissent les caméras. Écoutons d’ailleurs Christian Streiff, le PDG de PSA Peugeot-Citroën (950.000 euros de bonus en 2007) : « l'Etat ne doit pas se substituer au management de l'entreprise, ni à ses actionnaires. C'est à eux qu'il appartient de trouver les meilleurs équilibres entre besoin de financement, rémunération en capital et attente des marchés ». Traduction : « merci pour les petits fours et les six milliards d’aide publique, mais s’agissant des dividendes, M. le président, mêlez vous de ce qui vous regarde ». Et, alors que sur le site de Renault-Sandouville, du chômage technique est de nouveau annoncé pour les deux mois à venir, Carlos Ghosn, le PDG du groupe, prévenait que 200.000 emplois pourraient être supprimés dans ce secteur en Europe. Il en profitait aussi pour exiger de nouveaux cadeaux fiscaux. Il est temps de sortir de ce mano à mano entre le pouvoir et les grands patrons. Ce jeudi 29 janvier, il nous faudra être très nombreux à crier très fort que nous ne voulons pas payer leur crise.

Bruno Cadez

vendredi 9 janvier 2009

Gaza : appel aux consciences

J'ai signé cet appel initié par la Ligue des droits de l'Homme et soutenu par de nombreuses personnalités.


GAZA : APPEL AUX CONSCIENCES


L’offensive israélienne s’accentue et les morts et les blessés, essentiellement civils, s’accumulent. Le territoire de Gaza connaît une situation humanitaire effroyable dont la presse ne peut rendre compte puisque le gouvernement israélien y a interdit sa présence. Le Hamas continue à bombarder le sud d’Israël. Si toute violence contre des civils est une violation des conventions de Genève, rien ne peut justifier le blocus infligé depuis des années à Gaza pas plus que, aujourd’hui, l’engagement massif et meurtrier de l’armée israélienne.

_Cette situation prend racine dans le déni d’existence dont est victime le peuple palestinien et remédier à l’humiliation quotidienne qu’il subit exige de rompre avec l’impuissance.

_Ce qui se passe aujourd’hui à Gaza et dans les territoires occupés nous concerne tout simplement parce que notre conscience nous interdit de nous taire.

_Nous sommes déterminés à faire entendre notre voix pour qu’il soit, en premier lieu et d’urgence, mis un terme aux combats en cours.

_Nous exigeons du gouvernement français qu’il porte auprès des Nations unies une résolution ordonnant un cessez-le-feu immédiat sous peine de sanctions, le retrait des forces israéliennes hors de Gaza et l’installation d’une force de protection.

_Nous exigeons du gouvernement français et de l’Union européenne qu’ils suspendent l’accord d’association avec l’Etat d’Israël et cessent toute coopération militaire avec ce dernier.

_Nous exigeons de la communauté internationale qu’elle fasse respecter ses propres résolutions qui sont la base d’un règlement du conflit, notamment par la création d’un État palestinien pleinement souverain sur l’ensemble des territoires occupés.

_Nous en appelons à la conscience de chacun pour qu’une paix juste et durable s’installe enfin dans cette région du monde.

 

Premiers signataires : Elisabeth Allès (membre du Bureau national de la LDH), Antonio Aliaga Hernandez (président de la FACEEF), Maryse Artiguelong (secrétaire générale adjointe de la LDH), Gérard Aschieri (secrétaire général de la FSU), Bertrand Badie (professeur des universités à Sciences-Po Paris), Nathalie Bajos, Etienne Balibar, Philippe Bataille (sociologue), Patrick Baudouin (avocat et président d’honneur de la FIDH), Guy Bedos (comédien), Souhayr Belhassen (présidente de la FIDH), Vanessa Bertran (écrivain), Sophie Bessis (directrice de recherche à l’Iris, secrétaire générale adjointe de la FIDH), Jean-Marie Bonnemayre (président du CNAFAL), Alima Boumediene Thiery (sénatrice), Khedidja Bourcart (adjointe au maire de Paris), Patrice Bouveret (président de l’Observatoire des armements/CDRPC), Saïd Bouziri (trésorier national de la LDH), Nicole Borvo Cohen-Seat (sénatrice de Paris), Philippe Caubère (comédien), Maud de la Chapelle (chargée de développement Afriscope), Monique Chemillier-Gendreau (professeur émérite de droit public et science politique), Alain Chenal (universitaire), Daniel Cling (cinéaste), Mathieu Colloghan (Les Alternatifs), Pierre Concialdi, Annick Coupé (déléguée générale Union syndicale Solidaires), Thomas Coutrot (économiste), Bertrand Defrance (philosophe), Geneviève Delaisi de Parseval (psychanalyste), Arielle Denis (co-présidente du Mouvement de la paix), Véronique De Rudder (sociologue CNRS), Alain Di Meglio (maître de conférence université de Corse), Nadia Doghramadjian (membre du Bureau national de la LDH), Jean-Pierre Dozon, Jean-Pierre Dubois (président de la LDH), Jean-Michel Ducomte (président de la Ligue de l’enseignement), Cécile Duflot (secrétaire nationale Les Verts), Françoise Dumont (secrétaire générale adjointe de la LDH), Driss El Kerchi (président de l’ATMF), Driss El Yazami (secrétaire général de la FIDH), Bertrand Favreau (avocat), Jacques Gaillot (évêque de Partenia), François Gèze (éditeur), Jérôme Gleizes (enseignant Paris VIII, Les Verts), Laurent Grandguillaume (adjoint au maire de Dijon), Dominique Guibert (secrétaire général adjoint de la LDH), Véronique Guienne (CMH, CNRS, ENS Paris), Gisèle Halimi (avocate), Jean-Marie Harribey (co-président d’Attac), Stéphane Hessel (ambassadeur de France), Pierre-Adrien Hingray (secrétaire général adjoint de la LDH), Kamel Jendoubi (président du Réseau euro-méditerranéen des droits de l'Homme), Danièle Kergoat (sociologue CNRS), André Langaney, Henri Leclerc (président d’honneur de la LDH), Olivier Le Cour Grandmaison (universitaire), Les Panthères roses, Danièle Lochak (vice-présidente de la LDH), Yves Lochard, Eric Loiselet, (premier secrétaire fédéral du PS de Haute-Marne), Patrick Lozès (président du CRAN), Nathalie Marcu (Les Alternatifs), Henri Mermé (Les Alternatifs), Fabienne Messica (sociologue), Marie-José Mondzain (directeur de recherche au CNRS), Michel Morineau (adjoint au maire d’Auxerre), Dominique Noguères (vice-présidente de la LDH), Brigitte Parat (vice-présidente du Conseil régional Nord-Pas-de-Calais), Philippe Pineau (membre du Bureau national de la LDH), André Rauch (université de Strasbourg), Bernard Reber, Vincent Rebérioux (secrétaire général de la LDH), Michèle Riot-Sarcey (professeur d’histoire, université Paris 8), Chantal Rogerat-Apostolo, Jean-Marc Roirant (secrétaire général de la Ligue de l’enseignement), Malik Salemkour (vice-président de la LDH), Jean-Louis Sarthou (écrivain), Claude Sérillon (journaliste), Serge Slama (maître de conférences en droit public), Pierre Tartakowsky (vice-président de la LDH), Catherine Teitgen-Colly (professeure à l’université Paris-Sorbonne), Irène Terrel (avocate), Bernard Thibault (secrétaire général de la CGT), Jean-Pierre Thorn (cinéaste), Père Pierre Toulat, Agnès Tricoire (membre du Bureau national de la LDH), Aurélie Trouvé (co-présidente d’Attac), Michel Tubiana (président d’honneur de la LDH), Pierre Villard (co-président du Mouvement de la paix), Claire Villiers (vice-présidente du Conseil régional Ile-de-France), Malika Zediri (élue au Conseil régional Ile-de-France).

 

 

Cet appel peut être signé en ligne à l’adresse suivante :

http://www.ldh-france.org/Trois-petits-clics-pour-rejoindre

 

jeudi 8 janvier 2009

Palestine. Faire entendre la voix des peuples pour la paix

Solidarité avec Gaza

Manifestation ce samedi 10 janvier à Lille - 14h30 Porte de Paris

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Editorial de Liberté-Hebdo, ce 9 janvier

La voix des peuples

Assez ! Hormis les esprits belliqueux, à part les acharnés du cliquetis des armes et des bombardements, qui, aujourd’hui, peut encore taire son indignation et sa révolte en entendant chaque jour le macabre bilan de l’opération israélienne à Gaza ? Qui n’a pas été glacé d’effroi en découvrant ces images d’enfants victimes du carnage lié au bombardement d’une école pourtant estampillée du drapeau de l’ONU cette semaine ? L’enfer porte un nom ces jours-ci. Gaza. Quatre lettres qui témoignent du martyr d’une population qu’il est difficile de ne pas éprouver au plus profond de sa conscience. Des centaines de personnes, en grande partie des civils, ont été tuées depuis le début des opérations. Un tiers avait moins de seize ans. Une partie de la famille humaine – notre famille - est plongée dans le chaos et il n’y a rien de plus urgent que de se mobiliser encore plus nombreux pour arrêter cela. Pour éviter que la guerre n’alimente encore plus les haines et n’enterre définitivement toute perspective progressiste de paix entre israéliens et palestiniens. Pour contraindre aussi la communauté internationale à se montrer autrement plus active qu’elle ne l’est aujourd’hui afin de stopper l’offensive guerrière. Alors que G.W. Bush se pose en soutien inconditionnel de Tel-Aviv – et que son successeur, Barack Obama se tait -, il était difficile de supporter l’agitation du président français, cette semaine, alors que la présence de Nicolas Sarkozy sur place n’a pas réellement inquiété Israël qui promet vaguement d’examiner le plan de paix égyptien, tout en poursuivant ses frappes !

L’impunité dont bénéficient les faucons israéliens n’est plus supportable. L’exigence de cessez-le-feu n’ira pas bien loin si elle n’est pas accompagnée de menaces de sanctions (et notamment si n’est pas remis en cause l’accord d’association entre Israël et l’Union européenne). Les populations doivent être protégées par une force internationale et l’application du droit international, notamment par la création d’un État palestinien sur les territoires occupés, doit être garantie.

Les manifestations qui auront lieu ce samedi, notamment à Lille, auront donc une grande importance si l’on veut faire entendre la voix des peuples pour faire taire celle des armes.

Bruno Cadez

mardi 2 décembre 2008

Que faire, face à la crise alimentaire ?

Vers un krash alimentaire mondial 

Soirée Théma d’Arte ce soir mardi 2 décembre à 21 heures 

mardi 2 décembre 2008

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Alors que la mondialisation est censée être synonyme de croissance, le monde se trouve dans une situation qu'il n'a plus connue depuis trente ans : les stocks de céréales n'assurent plus que 37 jours de nourriture à la population mondiale. C'est bien en-deçà du niveau officiel de la sécurité alimentaire, fixé à soixante jours. Le monde risque d'être plongé dans une crise très grave. Les statistiques indiquent que les récoltes de 2008 seront insuffisantes pour nourrir tous les habitants de la planète, pour la septième fois en huit ans. Au moment même où la demande chinoise en céréales s'est brusquement accélérée, les biocarburants ont commencé à redessiner la carte de l'agriculture mondiale. Aux Etats-Unis, la production d'éthanol à base de maïs engloutit le tiers des récoltes du pays.

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Cela commence par un documentaire choc de 80 minutes d’Yves Billy, qui présente des images fortes, en particulier d’Afrique, d’Argentine et de Chine, entrecoupées de nombreuses interventions très claires de spécialistes qui donnent des clés pour mieux comprendre, dont Bruno Parmentier, qui intervient régulièrement, un peu comme fil rouge, mais aussi par exemple Lester Brown ou Marc Dufumier.

Ce document coup de poing donne une alerte très précise sur ce qui nous attend si nous ne nous saisissons pas collectivement du problème agricole et alimentaire mondial. Malheureusement il ne donne guère de solutions, mais il fixe très clairement les enjeux.

Ci-dessous une interview que Bruno Parmentier a donné à Arte à cette occasion

« Pour une révolution de la pratique agricole »

Directeur de l’ESA (École Supérieure d’Agriculture), Bruno Parmentier, ingénieur des mines et économiste, est l’auteur d’un ouvrage référence Nourrir l’humanité (Ed. La Découverte, 2007, prix Terra 2008) sur le défi alimentaire. Il en décrypte les enjeux.

Pourquoi n’a-t-on pris conscience de la crise alimentaire qu’en 2007 ?

Alors que huit des dix dernières ont été déficitaires en céréales, les stocks préalablement constitués (environ six mois de consommation depuis des décennies) ont un temps permis de maintenir les cours à bas niveau, jusqu’à ce qu’apparaisse la réalité d’une légère pénurie : nos stocks de céréales sont actuellement au plus bas depuis la 2ème guerre mondiale. Or quel que soit le prix, la demande des 6,5 milliards d’habitants sur la planète, elle, ne fléchit pas. Elle augmente même de 2% par an, entre les 80 millions de « convives supplémentaires », la croissance de la consommation de viande et de lait par une partie de la population, notamment les classes moyennes d’Asie, et la production de biocarburants. En outre, au gâchis à la production dans le Sud – les récoltes pourrissent par insuffisance de transports et de stockage -, s’ajoute celui, effrayant, à la consommation dans le Nord. Ainsi, en 2007, les courbes de croissance structurelle de la demande mondiale et celle de l’offre, très dépendante des conditions climatiques, se sont croisées.

Comment vont évoluer l’offre et la demande alimentaire mondiale dans les prochaines décennies ?

Avec environ 3 milliards d’habitants en plus d’ici 2050, la demande alimentaire variera en fonction des continents. Afin que chacun mange à sa faim, il faudrait doubler la production agricole mondiale, mais en réalité la multiplier par 5 en Afrique, 2, 3 en Asie et 1,9 en Amérique latine. L’offre aura beaucoup de mal à suivre. Pourtant, le XXème siècle a enregistré certains succès en la matière. Ce n’est peut-être pas glorieux, mais alors que la population quadruplait, le chiffre de ceux qui souffraient de la faim est resté stable, à savoir 850 millions. On a donc produit nettement plus, mais avec beaucoup plus de ressources. Désormais, nous allons devoir faire toujours plus, mais avec moins de ressources, ce qui est beaucoup plus difficile.

Moins de terres, mais aussi moins d’eau et d’énergie…

Les terres arables (1,5 milliard d’hectares soit 12% de la planète) ne sont pas extensibles. Bien que les réserves, essentiellement les forêts tropicales, soient mises en culture à un rythme déraisonnable, accélérant le réchauffement climatique, nous perdons plus de terres que nous n’en gagnons, à cause de la pollution et de l’urbanisation massive. La Chine, par exemple, perd 1 million d’hectares par an ! Si en 1960, nous mangions à deux sur un hectare de terre cultivée pour quatre aujourd’hui, nous serons six en 2050. De plus, le réchauffement de la planète augmente les problèmes dus à l’eau et nous aurons à la fois davantage de sécheresse (par exemple depuis cinq ans, il ne peut plus en Australie, qui était un grand pays exportateur de céréales) et davantage d’inondations. Nous exploitons 200 millions d’hectares irrigués sur la planète et ne pourrons augmenter ce chiffre que de 20%, avec d’énormes investissements, tandis que le niveau des nappes phréatiques va baisser de façon très importante dans de nombreuses régions. Enfin, l’agriculture est très « énergétivore » : pour produire une tonne deblé, il faut près de 300 litres de pétrole, pour les engins, mais surtout pour les engrais et les pesticides. Les agriculteurs devront impérativement produire avec moins d’énergie. Dans le même temps, on leur demande de remplir les réservoirs d’essence avec les biocarburants. C’est un défi gigantesque.

Quelles solutions préconisez-vous ?

Au XXème siècle, on a artificialisé au maximum l’activité agricole, et notamment par la chimie, à travers les engrais, les fongicides, les insecticides et les herbicides. Une solution coûteuse, tant sur le plan financier qu’en termes d’énergie, de pollution et d’impact sur la santé. L’âge de la chimie pour l’agriculture est maintenant révolu. Le XXIème siècle devra être celui de la biologie, et en particulier de l’agriculture à « haute intensité environnementale ». Il faut trouver des moyens de faire jouer à la nature le rôle des engrais et des pesticides, c’est à dire par exemple avoir recours à des associations de plantes qui se protègent et se nourrissent entre elles et plus généralement faire appel à la biodiversité. Les vers de terre, par exemple, qui sont d’excellents laboureurs, les abeilles pollinisatrices, les bactéries, les champignons, etc. En outre, comme dans les régions tropicales, nous devrons récolter au moins deux fois l’an : une l’hiver pour nourrir la terre avec des plantes fixant le carbone et l’azote et économiser les engrais, et une l’été pour nourrir les hommes. Cette révolution urgente de toute la pratique agricole implique de vastes programmes de recherches. D’autant qu’il va falloir inventer des milliers d’agricultures, une par canton et par micro-climat…

Que pensez-vous du débat sur les OGM ?

Il est faussé, parce que les premiers OGM n’apportent pas de réelle solution aux problèmes de l’humanité et qu’ils ont été fabriqués par une multinationale américaine spécialisée dans les herbicides et les insecticides, Monsanto, dont le gouvernement américain a assuré des conditions favorisant le monopole, la privatisation du vivant et une impunité face aux dérives. Mais les vrai enjeux sont autres, par exemple la mise au point de céréales moins consommatrices d’eau ou de plantes productrices de protéines ou de vitamines, ou résistantes au froid ou à l’altitude, etc. Il peut y avoir des OGM « de vie ». Tandis que l’Europe bloque sur la question, les OGM plantés dans le monde recouvrent déjà cinq fois la surface agricole française. S’il faut d’abord parier sur une agriculture à haute intensité environnementale, nousdevons aussi lancer des recherches, publiques, sur les OGM en garantissant la sécurité pour calmer les peurs qui se sont multipliées. Car si les paysans échouent, la faim, elle, sera également très dangereuse quand elle engendrera émeutes et guerres.

Quelle est la responsabilité de l’OMC dans la crise alimentaire ?

Depuis vingt ans, la pensée unique a imposé l’idée qu’il fallait arrêter de soutenir les agriculteurs et ouvrir les frontières, pour une plus grande émulation. C’est pourquoi on a retiré à la FAO l’organisation de l’agriculture mondiale pour la confier aux commerçants de l’OMC. On a ainsi expliqué aux États africains que s’acharner à faire de la nourriture ne servait à rien, puisque d’autres pays étaient plus efficaces pour produire. Au nom du remboursement de la dette, la Banque mondiale et le FMI ont découragé le soutien à l’agriculture vivrière, au profit de celle génératrice de devises : arachide, coton, café, cacao... Cette politique s’est effondrée en 2007 lorsque les pays exportateurs de céréales ont fermé leurs frontières, affamant les pays qui avaient bradé leurs agricultures. Si dans l’imaginaire français traumatisé par les pénuries de la 2ème guerre mondiale, la faim est un phénomène urbain, ce sont en réalité des paysans qui meurent aujourd’hui de faim dans le monde, en silence. Le problème n’est donc pas de les nourrir, tâche pratiquement impossible, mais plutôt de cesser de les empêcher de se nourrir eux-mêmes ! D’où la nécessité d’une sorte de « planMarshall » pour reconstruire et soutenir l’agriculture vivrière et familiale dans ces pays. La paix mondiale sera à ce prix.

arte.tv

http://www.altermonde-sans-frontiere.com/spip.php?article8907

http://television.telerama.fr/tele/emission.php?id=11114179

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