29 janvier 2009. Le tournant
Par Bruno CADEZ le lundi 2 février 2009, 19:01 - Lien permanent
Editorial publié dans Liberté-Hebdo n°844 (30 janvier 2008)
Le tournant
Un tournant. Ce qui vient de se passer, ce 29 janvier dans tout le pays – des grèves touchant de nombreux secteurs, des manifestations massives et même impressionnantes en certains endroits, comme on n’en avait plus vu depuis 20 ans, d’après François Chérèque - a sans doute posé un taquet et un repère encourageants au moment où la droite et le MEDEF s’acharnent à vouloir briser le modèle social français tout en voulant faire payer les conséquences de leur crise à notre peuple. Sans doute est-ce là le signe de la profondeur d’un mouvement dont la plupart des médias ont bien été obligés de reconnaître l’ampleur, de nombreux jeunes étaient présents dans les cortèges. De même, beaucoup de salariés du privés étaient mobilisés. Au nom de la crise, Nicolas Sarkozy avait, au début de cette année, appelé chacun à « faire des efforts ». Ce qui a été rejeté le 29 janvier, c’est d’abord ce toupet consistant à demander au plus grand nombre de se serrer la ceinture quand des banquiers et des patrons bénéficient de largesses à coup de milliards d’euros, et sans la moindre contrepartie. Celui qui s’était autoproclamé « président du pouvoir d’achat » n’a jamais eu un geste pour les revenus des salariés et des plus modestes. Pendant qu’il venait en aide aux actionnaires de l’automobile, il laissait des salariés de ce secteur passer les fêtes de fin d’année avec 700 euros de salaire pour cause de chômage partiel. L’hôpital n’a pas de problème de moyens, il suffit de travailler plus et mieux avait encore le front d’affirmer dernièrement Son Arrogance. La réponse du peuple est cinglante. Elle livre surtout un message d’espoir. La France qui manifestait ce jeudi, très largement majoritaire selon les études, c’est celle qui refuse le modèle de société incarné par N. Sarkozy. Ce modèle « bling-bling » comme on l’a surnommé, flatteur pour les riches et méprisant pour les plus modestes, sécuritaire, navigant aux frontières de la xénophobie, pour qui le droit de grève doit être jeté dans la poubelle de l’histoire, la culture et l’éducation réduites en miettes marchandes… Il y en avait des raisons de manifester le 29 janvier. L’important, c’est que ce tous ensemble ait pu s’exprimer. La leçon est double. Tout d’abord, l’unité est une force considérable. Il est important de s’en souvenir. Ensuite, l’exigence d’une autre politique est désormais incontournable dans le pays. « Bling-Bling » et compagnie ont sans doute le profil bas ces jours-ci.
Bruno Cadez

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