Cet édito publié dans Liberté-Hebdo n°831 (sorti ce vendredi 31 octobre) évoque l'expulsion d'une retraitée dans un quartier populaire de Lille, à deux jours de la trêve hivernale. Dans ce même numéro, des articles sur le plan "nantis-crise" de Sarkozy qui en profite pour imposer le travail du dimanche, un reportage à Dunkerque où  les conséquences de la crise touchent déjà l'emploi, un point de vue critique sur la "Chtimania" relancée avec la sortie en DVD du film de Dany Boon...

Moyen-âge

Cette semaine, une retraitée, une « mamie » habitant un quartier populaire de Lille a été expulsée de son logement. Peu importe que, ces jours-ci, le thermomètre ait fortement baissé, peu importe même que des amis se soient mobilisés pour venir en aide financièrement à cette personne, la pratique moyenâgeuse des expulsions locatives demeure une sinistre réalité, même de la part d’un bailleur social. Nous en sommes encore là en 2008 : une personne âgée peut se retrouver à la rue pour une dette (alourdie pour une large part par les pénalités imposées par la procédure) de quelques milliers d’euros. Quelques milliers d’euros, quand les plans de sauvetage des banques et des circuits financiers mobilisent ces jours-ci des sommes faramineuses en centaines de milliards d’euros ou de dollars… Pas de pitié pour les pauvres, mais de la compassion pour les riches : ainsi peut-on résumer la manière dont fonctionne aujourd’hui notre société. L’expulsion, en quelque sorte, frappe les plus modestes d’une double peine. C’est cette injustice que soulignait encore cette semaine la Fondation Abbé Pierre en s’alarmant de l’augmentation du nombre d’impayés de loyers de plus de deux mois, ces quatre dernières années (+ 96 % dans le privé et + 58 % dans le public). « Les 2/3 des impayés concernent des ménages modestes ou très modestes » précisait la Fondation en rappelant que « l’aide au logement s’avère insuffisante face à la dernière flambée des prix des loyers et des charges ». C’est bien parce que leurs revenus sont trop faibles que ces personnes ont des difficultés à payer leur loyer. Les retraités s’appauvrissent, mais il suffirait de 9 milliards d’euros pour faire en sorte qu’aucune pension ne soit inférieure au SMIC. Une paille dans les 360 milliards accordés aux banques par l’État français ! Et l’on sait très bien que si cette somme avait été utilisée pour augmenter les salaires et les prestations sociales, elle aurait encouragé les familles, non pas à spéculer comme cela risque d’être encore le cas du côté des banques, mais à consommer utilement et à offrir des débouchés aux entreprises. Puisque l’on parle beaucoup de « morale » ces jours-ci, sans doute est-ce dans la mobilisation pour la dignité de chacun qu’il faut la rechercher.

Bruno CADEZ