Je suis signataire de cet appel, pris à l'initiative de la Fondation Copernic. Il y a urgence.
Mot clé - Capitalisme
jeudi 30 avril 2009
Le travail tue en toute impunité : pour combien de temps encore ?
Par Bruno CADEZ le jeudi 30 avril 2009, 14:34 - Actualité
vendredi 27 mars 2009
Une loi contre les parachutes dorés ? Chiche !
Par Bruno CADEZ le vendredi 27 mars 2009, 11:56 - Actualité
Editorial publié dans le numéro 851 de Liberté-Hebdo de ce vendredi 27 mars 2008
C’est un homme de retour du Mexique, où il s’est fait offrir un séjour évalué à 50 000 euros aux frais de la princesse (la quatrième banque mexicaine), qui est venu nous parler de « morale », l’autre soir du côté de Saint-Quentin. Nicolas Sarkozy, celui qui inaugura son quinquennat par une virée au large de l’île de Malte sur un yacht de son ami Vincent Bolloré, et en s’augmentant de 170 %, symbolise tellement les « valeurs » du capitalisme financier que son discours n’est pas crédible. Comme d’habitude, les effets de tribune sur les stock-options ou les parachutes dorés ne portent guère à conséquence. Car Nicolas Sarkozy l’affirme : le bouclier fiscal ? « J’assume », répond-il. Autrement dit, pas question de remettre en cause un dispositif qui favorise les plus riches (ses bénéficiaires ont obtenu en moyenne 30 000 euros l’an dernier, tandis que les salariés, les retraités, les bénéficiaires des minima sociaux se serrent la ceinture). Le PDG de Valéo avec ses 3,2 millions d’euros de parachute doré n’est pas la brebis égarée d’un capitalisme qu’il conviendrait de moraliser. Chez cet équipementier automobile, 5 000 suppressions de postes sont programmées dans le monde, dont 1 500 en France, tandis que 100 millions d’euros ont été versés aux actionnaires en 2008. Kidnapper les richesses en faveur d’une minorité en sacrifiant les hommes et les productions : c’est la raison de vivre d’un capitalisme qui n’a aucune morale et n’en aura jamais.
Nicolas Sarkozy, dit-on, se serait fâché tout rouge contre Laurence Parisot et évoque l’hypothèse d’une loi sur les parachutes dorés à… l’automne. Quelle mascarade ! Un projet de loi contre les parachutes dorés ? Il existe. Il a été déposé par les sénateurs communistes. De même que Marie-George Buffet a rédigé un texte visant à interdire les licenciements boursiers. Qu’attend Nicolas Sarkozy pour le faire examiner et voter par les députés ? Qu’attend-il pour imposer un moratoire sur tous les plans de licenciements ? Qu’attend-il, enfin, pour convoquer une conférence nationale sur les salaires et obliger les patrons à les augmenter ? Sans doute que nous soyons encore plus nombreux, dans la rue et dans les urnes, à faire entendre l’exigence d’une autre politique qui rompe franchement avec les dogmes de l’argent roi.
Bruno Cadez
lundi 2 mars 2009
Le Manifeste pour les produits de haute nécessité
Par Bruno CADEZ le lundi 2 mars 2009, 18:06 - Actualité
Ce texte est un appel d'air réjouissant et vivifiant. Il faut le lire, le méditer, le diffuser. Il nous vient des Antilles en lutte, rédigé par des intellectuels de renom. En pleine crise du capitalisme, au moment où bien des discours ne sortent pas du dogme de la croissance, ils nous invitent à agir pour faire entendre une exigence de dignité mais aussi inventer un devenir humain qui retrouve le sens de l'épanouissement de chacun, ailleurs que dans le consumérisme et le tout marchand. Un vrai manifeste post-capitaliste.
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Martinique – Guadeloupe – Guyane – Réunion
MANIFESTE POUR LES « PRODUITS » DE HAUTE NECESSITE.
« Au moment où le maître, le colonisateur proclament
« il n’y a jamais eu de peuple ici »,
le peuple qui manque est un devenir, il s’invente,
dans les bidonvilles et les camps, ou bien dans les ghettos,
dans de nouvelles conditions de lutte auxquelles un art nécessairement politique doit contribuer »
Gilles Deleuze, L’image-temps
« Cela ne peut signifier qu’une chose :
non pas qu’il n’y a pas de route pour en sortir,
mais que l’heure est venue d’abandonner toutes les vieilles routes. »
Aimé Césaire, Lettre à Maurice Thorez.
C’est en solidarité pleine et sans réserve aucune que nous saluons le profond mouvement social qui s’est installé en Guadeloupe, puis en Martinique, et qui tend à se répandre à la Guyane et à la Réunion. Aucune de nos revendications n’est illégitime. Aucune n’est irrationnelle en soi, et surtout pas plus démesurée que les rouages du système auquel elle se confronte. Aucune ne saurait donc être négligée dans ce qu’elle représente, ni dans ce qu’elle implique en relation avec l’ensemble des autres revendications. Car la force de ce mouvement est d’avoir su organiser sur une même base ce qui jusqu’alors s’était vu disjoint, voire isolé dans la cécité catégorielle –– à savoir les luttes jusqu’alors inaudibles dans les administrations, les hôpitaux, les établissements scolaires, les entreprises, les collectivités territoriales, tout le monde associatif, toutes les professions artisanales ou libérales…
Mais le plus important est que la dynamique du Lyannaj –– qui est d’allier et de rallier, de lier relier et relayer tout ce qui se trouvait désolidarisé –– est que la souffrance réelle du plus grand nombre (confrontée à un délire de concentrations économiques, d’ententes et de profits) rejoint des aspirations diffuses, encore inexprimables mais bien réelles, chez les jeunes, les grandes personnes, oubliés, invisibles et autres souffrants indéchiffrables de nos sociétés. La plupart de ceux qui y défilent en masse découvrent (ou recommencent à se souvenir) que l’on peut saisir l’impossible au collet, ou enlever le trône de notre renoncement à la fatalité.
Cette grève est donc plus que légitime, et plus que bienfaisante, et ceux qui défaillent, temporisent, tergiversent, faillissent à lui porter des réponses décentes, se rapetissent et se condamnent.
Dès lors, derrière le prosaïque du « pouvoir d’achat » ou du « panier de la ménagère », se profile l’essentiel qui nous manque et qui donne du sens à l’existence, à savoir : le poétique. Toute vie humaine un peu équilibrée s’articule entre, d’un côté, les nécessités immédiates du boire-survivre-manger (en clair : le prosaïque) ; et, de l’autre, l’aspiration à un épanouissement de soi, là où la nourriture est de dignité, d’honneur, de musique, de chants, de sports, de danses, de lectures, de philosophie, de spiritualité, d’amour, de temps libre affecté à l’accomplissement du grand désir intime (en clair : le poétique). Comme le propose Edgar Morin, le vivre-pour-vivre, tout comme le vivre-pour-soi n’ouvrent à aucune plénitude sans le donner-à-vivre à ce que nous aimons, à ceux que nous aimons, aux impossibles et aux dépassements auxquels nous aspirons.
La « hausse des prix » ou « la vie chère » ne sont pas de petits diables-ziguidi qui surgissent devant nous en cruauté spontanée, ou de la seule cuisse de quelques purs békés. Ce sont les résultantes d’une dentition de système où règne le dogme du libéralisme économique. Ce dernier s’est emparé de la planète, il pèse sur la totalité des peuples, et il préside dans tous les imaginaires –– non à une épuration ethnique, mais bien à une sorte « d’épuration éthique » [1] (entendre : désenchantement, désacralisation, désymbolisation, déconstruction même) de tout le fait humain. Ce système a confiné nos existences dans des individuations égoïstes qui vous suppriment tout horizon et vous condamnent à deux misères profondes : être « consommateur » ou bien être « producteur ». Le consommateur ne travaillant que pour consommer ce que produit sa force de travail devenue marchandise ; et le producteur réduisant sa production à l’unique perspective de profits sans limites pour des consommations fantasmées sans limites. L’ensemble ouvre à cette socialisation anti-sociale, dont parlait André Gorz, et où l’économique devient ainsi sa propre finalité et déserte tout le reste.
Alors, quand le « prosaïque » n’ouvre pas aux élévations du « poétique », quand il devient sa propre finalité et se consume ainsi, nous avons tendance à croire que les aspirations de notre vie, et son besoin de sens, peuvent se loger dans ces codes-barres que sont « le pouvoir d’achat » ou « le panier de la ménagère ». Et pire : nous finissons par penser que la gestion vertueuse des misères les plus intolérables relève d’une politique humaine ou progressiste. Il est donc urgent d’escorter les « produits de premières nécessités », d’une autre catégorie de denrées ou de facteurs qui relèveraient résolument d’une « haute nécessité ».
Par cette idée de « haute nécessité », nous appelons à prendre conscience du poétique déjà en œuvre dans un mouvement qui, au-delà du pouvoir d’achat, relève d’une exigence existentielle réelle, d’un appel très profond au plus noble de la vie.
Alors que mettre dans ces « produits » de haute nécessité ? C’est tout ce qui constitue le cœur de notre souffrant désir de faire peuple et nation, d’entrer en dignité sur la grand-scène du monde, et qui ne se trouve pas aujourd’hui au centre des négociations en Martinique et en Guadeloupe, et bientôt sans doute en Guyane et à la Réunion.
D’abord, il ne saurait y avoir d’avancées sociales qui se contenteraient d’elles-mêmes. Toute avancée sociale ne se réalise vraiment que dans une expérience politique qui tirerait les leçons structurantes de ce qui s’est passé. Ce mouvement a mis en exergue le tragique émiettement institutionnel de nos pays, et l’absence de pouvoir qui lui sert d’ossature. Le « déterminant » ou bien le « décisif » s‘obtient par des voyages ou par le téléphone. La compétence n’arrive que par des émissaires. La désinvolture et le mépris rôdent à tous les étages. L’éloignement, l’aveuglement et la déformation président aux analyses. L’imbroglio des pseudos pouvoirs Région-Département-Préfet, tout comme cette chose qu’est l’association des maires, ont montré leur impuissance, même leur effondrement, quand une revendication massive et sérieuse surgit dans une entité culturelle historique identitaire humaine, distincte de celle de la métropole administrante, mais qui ne s’est jamais vue traitée comme telle. Les slogans et les demandes ont tout de suite sauté par-dessus nos « présidents locaux » pour s’en aller mander ailleurs. Hélas, tout victoire sociale qui s’obtiendrait ainsi (dans ce bond par-dessus nous-mêmes), et qui s’arrêterait là, renforcerait notre assimilation, donc conforterait notre inexistence au monde et nos pseudos pouvoirs.
Ce mouvement se doit donc de fleurir en vision politique, laquelle devrait ouvrir à une force politique de renouvellement et de projection apte à nous faire accéder à la responsabilité de nous-mêmes par nous-mêmes et au pouvoir de nous-mêmes sur nous-mêmes. Et même si un tel pouvoir ne résoudrait vraiment aucun de ces problèmes, il nous permettrait à tout le moins de les aborder désormais en saine responsabilité, et donc de les traiter enfin plutôt que d’acquiescer aux sous-traitances. La question békée et des ghettos qui germent ici où là, est une petite question qu’une responsabilité politique endogène peut régler. Celle de la répartition et de la protection de nos terres à tous points de vue aussi. Celle de l’accueil préférentiel de nos jeunes tout autant. Celle d’une autre Justice ou de la lutte contre les fléaux de la drogue en relève largement… Le déficit en responsabilité crée amertume, xénophobie, crainte de l’autre, confiance réduite en soi… La question de la responsabilité est donc de haute nécessité. C’est dans l’irresponsabilité collective que se nichent les blocages persistants dans les négociations actuelles. Et c’est dans la responsabilité que se trouve l’invention, la souplesse, la créativité, la nécessité de trouver des solutions endogènes praticables. C’est dans la responsabilité que l’échec ou l’impuissance devient un lieu d’expérience véritable et de maturation. C’est en responsabilité que l’on tend plus rapidement et plus positivement vers ce qui relève de l’essentiel, tant dans les luttes que dans les aspirations ou dans les analyses.
Ensuite, il y a la haute nécessité de comprendre que le labyrinthe obscur et indémêlable des prix (marges, sous-marges, commissions occultes et profits indécents) est inscrit dans une logique de système libéral marchand, lequel s’est étendu à l’ensemble de la planète avec la force aveugle d’une religion. Ils sont aussi enchâssés dans une absurdité coloniale qui nous a détournés de notre manger-pays, de notre environnement proche et de nos réalités culturelles, pour nous livrer sans pantalon et sans jardins-bokay aux modes alimentaires européens. C’est comme si la France avait été formatée pour importer toute son alimentation et ses produits de grande nécessité depuis des milliers et des milliers de kilomètres. Négocier dans ce cadre colonial absurde avec l’insondable chaîne des opérateurs et des intermédiaires peut certes améliorer quelque souffrance dans l’immédiat ; mais l’illusoire bienfaisance de ces accords sera vite balayée par le principe du « Marché » et par tous ces mécanismes que créent un nuage de voracités, (donc de profitations nourries par « l’esprit colonial » et régulées par la distance) que les primes, gels, aménagements vertueux, réductions opportunistes, pianotements dérisoires de l’octroi de mer, ne sauraient endiguer.
Il y a donc une haute nécessité à nous vivre caribéens dans nos imports-exports vitaux, à nous penser américain pour la satisfaction de nos nécessités, de notre autosuffisance énergétique et alimentaire. L’autre très haute nécessité est ensuite de s’inscrire dans une contestation radicale du capitalisme contemporain qui n’est pas une perversion mais bien la plénitude hystérique d’un dogme. La haute nécessité est de tenter tout de suite de jeter les bases d’une société non économique, où l’idée de développement à croissance continuelle serait écartée au profit de celle d’épanouissement ; où emploi, salaire, consommation et production serait des lieux de création de soi et de parachèvement de l’humain. Si le capitalisme (dans son principe très pur qui est la forme contemporaine) a créé ce Frankenstein consommateur qui se réduit à son panier de nécessités, il engendre aussi de bien lamentables « producteurs » –– chefs d’entreprises, entrepreneurs, et autres socioprofessionnels ineptes –– incapables de tressaillements en face d’un sursaut de souffrance et de l’impérieuse nécessité d’un autre imaginaire politique, économique, social et culturel. Et là, il n’existe pas de camps différents. Nous sommes tous victimes d’un système flou, globalisé, qu’il nous faut affronter ensemble. Ouvriers et petits patrons, consommateurs et producteurs, portent quelque part en eux, silencieuse mais bien irréductible, cette haute nécessité qu’il nous faut réveiller, à savoir : vivre la vie, et sa propre vie, dans l’élévation constante vers le plus noble et le plus exigeant, et donc vers le plus épanouissant. Ce qui revient à vivre sa vie, et la vie, dans toute l’ampleur du poétique.
On peut mettre la grande distribution à genoux en mangeant sain et autrement.
On peut renvoyer la Sara et les compagnies pétrolières aux oubliettes, en rompant avec le tout automobile.
On peut endiguer les agences de l’eau, leurs prix exorbitants, en considérant la moindre goutte sans attendre comme une denrée précieuse, à protéger partout, à utiliser comme on le ferait des dernières chiquetailles d’un trésor qui appartient à tous.
On ne peut vaincre ni dépasser le prosaïque en demeurant dans la caverne du prosaïque, il faut ouvrir en poétique, en décroissance et en sobriété. Rien de ces institutions si arrogantes et puissantes aujourd’hui (banques, firmes transnationales, grandes surfaces, entrepreneurs de santé, téléphonie mobile…) ne sauraient ni ne pourraient y résister.
Enfin, sur la question des salaires et de l’emploi. Là aussi il nous faut déterminer la haute nécessité. Le capitalisme contemporain réduit la part salariale à mesure qu’il augmente sa production et ses profits. Le chômage est une conséquence directe de la diminution de son besoin de main d’œuvre. Quand il délocalise, ce n’est pas dans la recherche d’une main d’œuvre abondante, mais dans le souci d’un effondrement plus accéléré de la part salariale. Toute déflation salariale dégage des profits qui vont de suite au grand jeu welto de la finance. Réclamer une augmentation de salaire conséquente n’est donc en rien illégitime : c’est le début d’une équité qui doit se faire mondiale.
Quant à l’idée du « plein emploi », elle nous a été clouée dans l’imaginaire par les nécessités du développement industriel et les épurations éthiques qui l’ont accompagnée. Le travail à l’origine était inscrit dans un système symbolique et sacré (d’ordre politique, culturel, personnel) qui en déterminait les ampleurs et le sens. Sous la régie capitaliste, il a perdu son sens créateur et sa vertu épanouissante à mesure qu’il devenait, au détriment de tout le reste, tout à la fois un simple « emploi », et l’unique colonne vertébrale de nos semaines et de nos jours. Le travail a achevé de perdre toute signifiance quand, devenu lui-même une simple marchandise, il s’est mis à n’ouvrir qu’à la consommation.
Nous sommes maintenant au fond du gouffre.
Il nous faut donc réinstaller le travail au sein du poétique. Même acharné, même pénible, qu’il redevienne un lieu d’accomplissement, d’invention sociale et de construction de soi, ou alors qu’il en soit un outil secondaire parmi d’autres. Il y a des myriades de compétences, de talents, de créativités, de folies bienfaisantes, qui se trouvent en ce moment stérilisés dans les couloirs ANPE et les camps sans barbelés du chômage structurel né du capitalisme. Même quand nous nous serons débarrassés du dogme marchand, les avancées technologiques (vouées à la sobriété et à la décroissance sélective) nous aiderons à transformer la valeur-travail en une sorte d’arc-en-ciel, allant du simple outil accessoire jusqu’à l’équation d’une activité à haute incandescence créatrice. Le plein emploi ne sera pas du prosaïque productiviste, mais il s’envisagera dans ce qu’il peut créer en socialisation, en autoproduction, en temps libre, en temps mort, en ce qu’il pourra permettre de solidarités, de partages, de soutiens aux plus démantelés, de revitalisations écologiques de notre environnement…
Il s’envisagera en « tout ce qui fait que la vie vaut la peine d’être vécue ».
Il y aura du travail et des revenus de citoyenneté dans ce qui stimule, qui aide à rêver, qui mène à méditer ou qui ouvre aux délices de l’ennui, qui installe en musique, qui oriente en randonnée dans le pays des livres, des arts, du chant, de la philosophie, de l’étude ou de la consommation de haute nécessité qui ouvre à création –– créaconsommation.
En valeur poétique, il n’existe ni chômage ni plein emploi ni assistanat, mais autorégénération et autoréorganisation, mais du possible à l’infini pour tous les talents, toutes les aspirations. En valeur poétique, le PIB des sociétés économiques révèle sa brutalité.
Voici ce premier panier que nous apportons à toutes les tables de négociations et à leurs prolongements : que le principe de gratuité soit posé pour tout ce qui permet un dégagement des chaînes, une amplification de l’imaginaire, une stimulation des facultés cognitives, une mise en créativité de tous, un déboulé sans manman de l’esprit. Que ce principe balise les chemins vers le livre, les contes, le théâtre, la musique, la danse, les arts visuels, l’artisanat, la culture et l’agriculture… Qu’il soit inscrit au porche des maternelles, des écoles, des lycées et collèges, des universités et de tous les lieux connaissance et de formation… Qu’il ouvre à des usages créateurs des technologies neuves et du cyberespace. Qu’il favorise tout ce qui permet d’entrer en Relation (rencontres, contacts, coopérations, interactions, errances qui orientent) avec les virtualités imprévisibles du Tout-Monde… C’est le gratuit en son principe qui permettra aux politiques sociales et culturelles publiques de déterminer l’ampleur des exceptions. C’est à partir de ce principe que nous devrons imaginer des échelles non marchandes allant du totalement gratuit à la participation réduite ou symbolique, du financement public au financement individuel et volontaire… C’est le gratuit en son principe qui devrait s’installer aux fondements de nos sociétés neuves et de nos solidarités imaginantes…
Projetons nos imaginaires dans ces hautes nécessités jusqu’à ce que la force du Lyannaj ou bien du vivre-ensemble, ne soit plus un « panier de ménagère », mais le souci démultiplié d’une plénitude de l’idée de l’humain.
Imaginons ensemble un cadre politique de responsabilité pleine, dans des sociétés martiniquaise guadeloupéenne guyanaise réunionnaise nouvelles, prenant leur part souveraine aux luttes planétaires contre le capitalisme et pour un monde écologiquement nouveau.
Profitons de cette conscience ouverte, à vif, pour que les négociations se nourrissent, prolongent et s’ouvrent comme une floraison dans une audience totale, sur ces nations qui sont les nôtres.
An gwan lodyans qui ne craint ni ne déserte les grands frissons de l’utopie.
Nous appelons donc à ces utopies où le Politique ne serait pas réduit à la gestion des misères inadmissibles ni à la régulation des sauvageries du « Marché », mais où il retrouverait son essence au service de tout ce qui confère une âme au prosaïque en le dépassant ou en l’instrumentalisant de la manière la plus étroite.
Nous appelons à une haute politique, à un art politique, qui installe l’individu, sa relation à l’Autre, au centre d’un projet commun où règne ce que la vie a de plus exigeant, de plus intense et de plus éclatant, et donc de plus sensible à la beauté.
Ainsi, chers compatriotes, en nous débarrassant des archaïsmes coloniaux, de la dépendance et de l’assistanat, en nous inscrivant résolument dans l’épanouissement écologique de nos pays et du monde à venir, en contestant la violence économique et le système marchand, nous naîtrons au monde avec une visibilité levée du post-capitalisme et d’un rapport écologique global aux équilibres de la planète….
Alors voici notre vision :
Petits pays, soudain au cœur nouveau du monde, soudain immenses d’être les premiers exemples de sociétés post-capitalistes, capables de mettre en œuvre un épanouissement humain qui s’inscrit dans l’horizontale plénitude du vivant…
Ernest BRELEUR
Patrick CHAMOISEAU
Serge DOMI
Gérard DELVER
Edouard GLISSANT
Guillaume PIGEARD DE GURBERT
Olivier PORTECOP
Olivier PULVAR
Jean-Claude WILLIAM
vendredi 6 février 2009
Nous refusons le silence imposé aux pauvres
Par Bruno CADEZ le vendredi 6 février 2009, 17:03
Ce texte est diffusé par l'ACO (Action catholique ouvrière) et me semble particulièrement intéressant.
Nous refusons le silence imposé aux pauvres
Tous les pays du monde sont atteints par une crise qui frappe en priorité et de plus en plus
durement les centaines de millions d’hommes, de femmes, d’enfants dont les moyens
d’existence sont, depuis des dizaines d’années, insuffisants et, pour beaucoup, diminuent
encore. Au Nord comme au Sud, autour de chacun de nous en France, cette pauvreté
innombrable et multiforme est un scandale face aux richesses produites, aux fortunes étalées
et aux moyens scientifiques et techniques qui pourraient permettre un mieux-être mondialisé.
Les médias s’intéressent moins à ces foules démunies qu’aux banques et aux banquiers.
Les prises de risque et les malversations des financiers, opérées avec cynisme et conformes le
plus souvent à des législations complaisantes, sont présentées comme la cause première de la
crise. Or elles n’ont fait que la précipiter. Il faut au contraire rechercher les racines du
marasme dans l’amenuisement généralisé et déjà ancien du coût du travail par les
délocalisations, l’exploitation forcenée des mains-d’œuvre à bon marché et le développement
d’un chômage de masse ; les rechercher aussi dans l’affaiblissement depuis longtemps
programmé de la syndicalisation, dans la mise en cause des services publics et des systèmes
de protection sociale. On cherche ainsi à en assurer la privatisation et on permet la montée en
force des fonds spéculatifs de placement et de pension. La crise est née et elle se nourrit d’un
tel système.
La financiarisation a gangrené l’économie dans le monde entier, exigeant une rentabilité de
plus en plus rapide à des taux dépassant de très loin ceux que la qualité de la production et la
santé des producteurs peuvent normalement supporter. Tous les domaines de l’activité
humaine ont été pervertis. La recherche scientifique et médicale, l’éducation, la santé
publique, l’information, la création artistique se heurtent aux impératifs financiers comme en
témoignent, entre autres, les dérives du marché de l’art. Une idéologie de la rentabilité a été
forgée par les tenants du système et les spécialistes du discours à leur service. Elle a été
habilement diffusée, opposant l’individualisme et l’égoïsme à la solidarité, aux luttes et
solutions collectives. Elle est soutenue et mise en pratique par de nombreux politiciens et
gouvernements comme étant la seule valable.
À tous les niveaux, les institutions financières ont restreint les crédits à long terme et à taux
bas nécessaires aux investissements productifs et, plus encore, sociaux, ce qui a gravement
nui au développement de nombreux pays. Elles ont au contraire développé les crédits à court
terme et à taux élevé pour des placements financiers et des consommations immédiatement
rentables. L’endettement massif d’accédants à la propriété aux ressources très insuffisantes
devait fatalement déboucher sur une catastrophe. Elle a éclaté d’abord aux États-Unis où
l’excès est allé le plus loin. Les millions de foyers américains qui se retrouvent sans logis
prouvent dans la douleur que la financiarisation aggrave la pauvreté. L’implication des
banques du monde entier dans cette perversion du crédit en montre les limites en dépit de ses
outils mathématiques sophistiqués. Pendant ce temps de grandes firmes constituent des
empires en contrôlant la production et le commerce des matières premières industrielles et
agricoles.
Prétendre moraliser un tel système relève au mieux de l’illusion, au pire de la
mystification. Les énormes capitaux publics que les gouvernements leur ont distribués n’ont
pas modifié les pratiques des banques privées. Si leurs échecs conduisent celles-ci à moins
miser, pour l’instant, sur l’endettement des consommateurs, elles refusent encore plus
qu’auparavant d’accorder des crédits productifs d’emplois qu’elles continuent à juger
insuffisamment rentables de leur point de vue strictement financier. Leurs dirigeants et, en
général, les élites de l’économie et de la politique paraissent incapables de penser selon
d’autres critères. Sévères envers les travailleurs toujours trop coûteux à leurs yeux, oublieux
des sans travail, des sans terre, des sans logis, des sans papiers que leurs décisions multiplient,
à l’affût de la moindre accalmie pour reprendre leurs jeux dangereux, ils se montrent très
soucieux de leurs faramineux avantages personnels. Peut-on leur faire confiance pour
modifier l’ordre ou plutôt le désordre actuel ? Les laisser maîtres des décisions majeures qui
doivent être prises ne peut qu’aggraver la crise mondiale et ses dramatiques conséquences
pour l’humanité, la paix mondiale et la planète elle-même, dont l’équilibre écologique est de
plus en plus menacé.
Nous avons en commun le souci de la libération humaine et de la défense des victimes de
l’intégrisme financier. Nous refusons le silence imposé aux pauvres. C’est pourquoi nous
lançons, plus qu’un cri d’alarme, un appel à la mobilisation populaire. Comme en d’autres
heures graves de l’histoire de la France et du monde, ce n’est pas sur la bonne volonté des
privilégiés qu’il faut compter mais sur l’action du plus grand nombre. Nous ne prétendons pas
offrir des solutions qui doivent être inventées par les intéressés eux-mêmes. Ce ne sont pas les
propositions d’économistes, de philosophes, de syndicalistes, de politiques qui manquent le
plus, mais la volonté et le courage de s’attaquer à la racine du mal financier qui ronge nos
sociétés afin de remettre la finance à sa place qui doit être seconde. Il faut pour cela mettre en
commun les bonnes volontés, faire converger les efforts, développer voire restaurer les
solidarités populaires mises à mal par des politiques destructrices du lien social. Il est aussi
indispensable de faciliter les prises de conscience, de souligner que la sortie de crise sera
collective ou qu’elle ne sera pas et qu’elle nécessite une maîtrise citoyenne de l’économie.
Toute action, toute mobilisation en ce sens, si partielle soit-elle, favorisera le vaste
mouvement d’émancipation qu’exige la situation en France, en Europe et dans le monde. Si
celui-ci ne se développe pas, le risque est grand de voir surgir des hommes prétendument
providentiels, inventeurs de solutions autoritaires.
Dès lors, l’action politique se révèle décisive. Elle nécessite bien sûr la recherche de
convergences pour des objectifs particuliers ou généraux, locaux, nationaux, européens ou
planétaires. Elle nécessite tout autant, sinon plus, une grande détermination. Ce n’est pas en
abaissant les ambitions et les visées que l’on parvient aux rassemblements les plus larges. Ce
sont au contraire celles et ceux qui donnent à voir le plus loin et à rêver le plus haut qui les
aident à naître et à grandir.
Georges Arnold, Jacques Benezit, Antoine Casanova, Jacques Couland, Patrick Coulon,
Joël Dautheville, Yves Dimicoli, Roland Farré, Dominique Fontaine, Françoise Hurstel,
Jean George, Jean-Pierre Jouffroy, Jean Magniadas, Jean-Louis Papin, Jean-Claude
Petit, Patrick Ribau, Albert Rouet, Claude Schockert.
Ces premiers signataires forment un groupe de réflexions et d’échanges placé sous le
patronage de Félicité de Lamennais qui, en son temps, dénonçait déjà le silence imposé aux
pauvres. Ce texte est à la disposition de celles et ceux qui veulent l’approuver, le diffuser,
l’utiliser à leur gré dans d’autres groupes citoyens.
Contacts _ Georges Arnold, 65 avenue Gabriel Péri, 93400 Saint-Ouen
01 40 12 39 93 - georges.arnold@wanadoo.fr
_ Jean George, 48 rue Caulaincourt 75018 Paris
01 42 54 52 11 - georgejnj@wanadoo.fr
