Fraternel, le blog de Bruno Cadez

admin contenu menu recherche

vendredi 6 février 2009

Nous refusons le silence imposé aux pauvres

Ce texte est diffusé par l'ACO (Action catholique ouvrière) et me semble particulièrement intéressant.

Nous refusons le silence imposé aux pauvres 

Tous les pays du monde sont atteints par une crise qui frappe en priorité et de plus en plus 

durement les centaines de millions d’hommes, de femmes, d’enfants dont les moyens 

d’existence sont, depuis des dizaines d’années, insuffisants et, pour beaucoup, diminuent 

encore. Au Nord comme au Sud, autour de chacun de nous en France, cette pauvreté 

innombrable et multiforme est un scandale face aux richesses produites, aux fortunes étalées 

et aux moyens scientifiques et techniques qui pourraient permettre un mieux-être mondialisé. 

Les médias s’intéressent moins à ces foules démunies qu’aux banques et aux banquiers. 

Les prises de risque et les malversations des financiers, opérées avec cynisme et conformes le 

plus souvent à des législations complaisantes, sont présentées comme la cause première de la 

crise. Or elles n’ont fait que la précipiter. Il faut au contraire rechercher les racines du 

marasme dans l’amenuisement généralisé et déjà ancien du coût du travail par les 

délocalisations, l’exploitation forcenée des mains-d’œuvre à bon marché et le développement 

d’un chômage de masse ; les rechercher aussi dans l’affaiblissement depuis longtemps 

programmé de la syndicalisation, dans la mise en cause des services publics et des systèmes 

de protection sociale. On cherche ainsi à en assurer la privatisation et on permet la montée en 

force des fonds spéculatifs de placement et de pension. La crise est née et elle se nourrit d’un 

tel système. 

La financiarisation a gangrené l’économie dans le monde entier, exigeant une rentabilité de 

plus en plus rapide à des taux dépassant de très loin ceux que la qualité de la production et la 

santé des producteurs peuvent normalement supporter. Tous les domaines de l’activité 

humaine ont été pervertis. La recherche scientifique et médicale, l’éducation, la santé 

publique, l’information, la création artistique se heurtent aux impératifs financiers comme en 

témoignent, entre autres, les dérives du marché de l’art. Une idéologie de la rentabilité a été 

forgée par les tenants du système et les spécialistes du discours à leur service. Elle a été 

habilement diffusée, opposant l’individualisme et l’égoïsme à la solidarité, aux luttes et 

solutions collectives. Elle est soutenue et mise en pratique par de nombreux politiciens et 

gouvernements comme étant la seule valable. 

À tous les niveaux, les institutions financières ont restreint les crédits à long terme et à taux 

bas nécessaires aux investissements productifs et, plus encore, sociaux, ce qui a gravement 

nui au développement de nombreux pays. Elles ont au contraire développé les crédits à court 

terme et à taux élevé pour des placements financiers et des consommations immédiatement 

rentables. L’endettement massif d’accédants à la propriété aux ressources très insuffisantes 

devait fatalement déboucher sur une catastrophe. Elle a éclaté d’abord aux États-Unis où 

l’excès est allé le plus loin. Les millions de foyers américains qui se retrouvent sans logis 

prouvent dans la douleur que la financiarisation aggrave la pauvreté. L’implication des 

banques du monde entier dans cette perversion du crédit en montre les limites en dépit de ses 

outils mathématiques sophistiqués. Pendant ce temps de grandes firmes constituent des 

empires en contrôlant la production et le commerce des matières premières industrielles et 

agricoles. 

Prétendre moraliser un tel système relève au mieux de l’illusion, au pire de la 

mystification. Les énormes capitaux publics que les gouvernements leur ont distribués n’ont 

pas modifié les pratiques des banques privées. Si leurs échecs conduisent celles-ci à moins 

miser, pour l’instant, sur l’endettement des consommateurs, elles refusent encore plus 

qu’auparavant d’accorder des crédits productifs d’emplois qu’elles continuent à juger 

insuffisamment rentables de leur point de vue strictement financier. Leurs dirigeants et, en 

général, les élites de l’économie et de la politique paraissent incapables de penser selon 

d’autres critères. Sévères envers les travailleurs toujours trop coûteux à leurs yeux, oublieux 

des sans travail, des sans terre, des sans logis, des sans papiers que leurs décisions multiplient, 

à l’affût de la moindre accalmie pour reprendre leurs jeux dangereux, ils se montrent très 

soucieux de leurs faramineux avantages personnels. Peut-on leur faire confiance pour 

modifier l’ordre ou plutôt le désordre actuel ? Les laisser maîtres des décisions majeures qui 

doivent être prises ne peut qu’aggraver la crise mondiale et ses dramatiques conséquences 

pour l’humanité, la paix mondiale et la planète elle-même, dont l’équilibre écologique est de 

plus en plus menacé. 

Nous avons en commun le souci de la libération humaine et de la défense des victimes de 

l’intégrisme financier. Nous refusons le silence imposé aux pauvres. C’est pourquoi nous 

lançons, plus qu’un cri d’alarme, un appel à la mobilisation populaire. Comme en d’autres 

heures graves de l’histoire de la France et du monde, ce n’est pas sur la bonne volonté des 

privilégiés qu’il faut compter mais sur l’action du plus grand nombre. Nous ne prétendons pas 

offrir des solutions qui doivent être inventées par les intéressés eux-mêmes. Ce ne sont pas les 

propositions d’économistes, de philosophes, de syndicalistes, de politiques qui manquent le 

plus, mais la volonté et le courage de s’attaquer à la racine du mal financier qui ronge nos 

sociétés afin de remettre la finance à sa place qui doit être seconde. Il faut pour cela mettre en 

commun les bonnes volontés, faire converger les efforts, développer voire restaurer les 

solidarités populaires mises à mal par des politiques destructrices du lien social. Il est aussi 

indispensable de faciliter les prises de conscience, de souligner que la sortie de crise sera 

collective ou qu’elle ne sera pas et qu’elle nécessite une maîtrise citoyenne de l’économie. 

Toute action, toute mobilisation en ce sens, si partielle soit-elle, favorisera le vaste 

mouvement d’émancipation qu’exige la situation en France, en Europe et dans le monde. Si 

celui-ci ne se développe pas, le risque est grand de voir surgir des hommes prétendument 

providentiels, inventeurs de solutions autoritaires. 

Dès lors, l’action politique se révèle décisive. Elle nécessite bien sûr la recherche de 

convergences pour des objectifs particuliers ou généraux, locaux, nationaux, européens ou 

planétaires. Elle nécessite tout autant, sinon plus, une grande détermination. Ce n’est pas en 

abaissant les ambitions et les visées que l’on parvient aux rassemblements les plus larges. Ce 

sont au contraire celles et ceux qui donnent à voir le plus loin et à rêver le plus haut qui les 

aident à naître et à grandir. 

 

Georges Arnold, Jacques Benezit, Antoine Casanova, Jacques Couland, Patrick Coulon, 

Joël Dautheville, Yves Dimicoli, Roland Farré, Dominique Fontaine, Françoise Hurstel, 

Jean George, Jean-Pierre Jouffroy, Jean Magniadas, Jean-Louis Papin, Jean-Claude 

Petit, Patrick Ribau, Albert Rouet, Claude Schockert. 

Ces premiers signataires forment un groupe de réflexions et d’échanges placé sous le 

patronage de Félicité de Lamennais qui, en son temps, dénonçait déjà le silence imposé aux 

pauvres. Ce texte est à la disposition de celles et ceux qui veulent l’approuver, le diffuser, 

l’utiliser à leur gré dans d’autres groupes citoyens. 

Contacts _ Georges Arnold, 65 avenue Gabriel Péri, 93400 Saint-Ouen 

01 40 12 39 93  - georges.arnold@wanadoo.fr 

_ Jean George, 48 rue Caulaincourt 75018 Paris 

01 42 54 52 11 - georgejnj@wanadoo.fr

mardi 2 décembre 2008

Que faire, face à la crise alimentaire ?

Vers un krash alimentaire mondial 

Soirée Théma d’Arte ce soir mardi 2 décembre à 21 heures 

mardi 2 décembre 2008

_______________________

Alors que la mondialisation est censée être synonyme de croissance, le monde se trouve dans une situation qu'il n'a plus connue depuis trente ans : les stocks de céréales n'assurent plus que 37 jours de nourriture à la population mondiale. C'est bien en-deçà du niveau officiel de la sécurité alimentaire, fixé à soixante jours. Le monde risque d'être plongé dans une crise très grave. Les statistiques indiquent que les récoltes de 2008 seront insuffisantes pour nourrir tous les habitants de la planète, pour la septième fois en huit ans. Au moment même où la demande chinoise en céréales s'est brusquement accélérée, les biocarburants ont commencé à redessiner la carte de l'agriculture mondiale. Aux Etats-Unis, la production d'éthanol à base de maïs engloutit le tiers des récoltes du pays.

______________________

Cela commence par un documentaire choc de 80 minutes d’Yves Billy, qui présente des images fortes, en particulier d’Afrique, d’Argentine et de Chine, entrecoupées de nombreuses interventions très claires de spécialistes qui donnent des clés pour mieux comprendre, dont Bruno Parmentier, qui intervient régulièrement, un peu comme fil rouge, mais aussi par exemple Lester Brown ou Marc Dufumier.

Ce document coup de poing donne une alerte très précise sur ce qui nous attend si nous ne nous saisissons pas collectivement du problème agricole et alimentaire mondial. Malheureusement il ne donne guère de solutions, mais il fixe très clairement les enjeux.

Ci-dessous une interview que Bruno Parmentier a donné à Arte à cette occasion

« Pour une révolution de la pratique agricole »

Directeur de l’ESA (École Supérieure d’Agriculture), Bruno Parmentier, ingénieur des mines et économiste, est l’auteur d’un ouvrage référence Nourrir l’humanité (Ed. La Découverte, 2007, prix Terra 2008) sur le défi alimentaire. Il en décrypte les enjeux.

Pourquoi n’a-t-on pris conscience de la crise alimentaire qu’en 2007 ?

Alors que huit des dix dernières ont été déficitaires en céréales, les stocks préalablement constitués (environ six mois de consommation depuis des décennies) ont un temps permis de maintenir les cours à bas niveau, jusqu’à ce qu’apparaisse la réalité d’une légère pénurie : nos stocks de céréales sont actuellement au plus bas depuis la 2ème guerre mondiale. Or quel que soit le prix, la demande des 6,5 milliards d’habitants sur la planète, elle, ne fléchit pas. Elle augmente même de 2% par an, entre les 80 millions de « convives supplémentaires », la croissance de la consommation de viande et de lait par une partie de la population, notamment les classes moyennes d’Asie, et la production de biocarburants. En outre, au gâchis à la production dans le Sud – les récoltes pourrissent par insuffisance de transports et de stockage -, s’ajoute celui, effrayant, à la consommation dans le Nord. Ainsi, en 2007, les courbes de croissance structurelle de la demande mondiale et celle de l’offre, très dépendante des conditions climatiques, se sont croisées.

Comment vont évoluer l’offre et la demande alimentaire mondiale dans les prochaines décennies ?

Avec environ 3 milliards d’habitants en plus d’ici 2050, la demande alimentaire variera en fonction des continents. Afin que chacun mange à sa faim, il faudrait doubler la production agricole mondiale, mais en réalité la multiplier par 5 en Afrique, 2, 3 en Asie et 1,9 en Amérique latine. L’offre aura beaucoup de mal à suivre. Pourtant, le XXème siècle a enregistré certains succès en la matière. Ce n’est peut-être pas glorieux, mais alors que la population quadruplait, le chiffre de ceux qui souffraient de la faim est resté stable, à savoir 850 millions. On a donc produit nettement plus, mais avec beaucoup plus de ressources. Désormais, nous allons devoir faire toujours plus, mais avec moins de ressources, ce qui est beaucoup plus difficile.

Moins de terres, mais aussi moins d’eau et d’énergie…

Les terres arables (1,5 milliard d’hectares soit 12% de la planète) ne sont pas extensibles. Bien que les réserves, essentiellement les forêts tropicales, soient mises en culture à un rythme déraisonnable, accélérant le réchauffement climatique, nous perdons plus de terres que nous n’en gagnons, à cause de la pollution et de l’urbanisation massive. La Chine, par exemple, perd 1 million d’hectares par an ! Si en 1960, nous mangions à deux sur un hectare de terre cultivée pour quatre aujourd’hui, nous serons six en 2050. De plus, le réchauffement de la planète augmente les problèmes dus à l’eau et nous aurons à la fois davantage de sécheresse (par exemple depuis cinq ans, il ne peut plus en Australie, qui était un grand pays exportateur de céréales) et davantage d’inondations. Nous exploitons 200 millions d’hectares irrigués sur la planète et ne pourrons augmenter ce chiffre que de 20%, avec d’énormes investissements, tandis que le niveau des nappes phréatiques va baisser de façon très importante dans de nombreuses régions. Enfin, l’agriculture est très « énergétivore » : pour produire une tonne deblé, il faut près de 300 litres de pétrole, pour les engins, mais surtout pour les engrais et les pesticides. Les agriculteurs devront impérativement produire avec moins d’énergie. Dans le même temps, on leur demande de remplir les réservoirs d’essence avec les biocarburants. C’est un défi gigantesque.

Quelles solutions préconisez-vous ?

Au XXème siècle, on a artificialisé au maximum l’activité agricole, et notamment par la chimie, à travers les engrais, les fongicides, les insecticides et les herbicides. Une solution coûteuse, tant sur le plan financier qu’en termes d’énergie, de pollution et d’impact sur la santé. L’âge de la chimie pour l’agriculture est maintenant révolu. Le XXIème siècle devra être celui de la biologie, et en particulier de l’agriculture à « haute intensité environnementale ». Il faut trouver des moyens de faire jouer à la nature le rôle des engrais et des pesticides, c’est à dire par exemple avoir recours à des associations de plantes qui se protègent et se nourrissent entre elles et plus généralement faire appel à la biodiversité. Les vers de terre, par exemple, qui sont d’excellents laboureurs, les abeilles pollinisatrices, les bactéries, les champignons, etc. En outre, comme dans les régions tropicales, nous devrons récolter au moins deux fois l’an : une l’hiver pour nourrir la terre avec des plantes fixant le carbone et l’azote et économiser les engrais, et une l’été pour nourrir les hommes. Cette révolution urgente de toute la pratique agricole implique de vastes programmes de recherches. D’autant qu’il va falloir inventer des milliers d’agricultures, une par canton et par micro-climat…

Que pensez-vous du débat sur les OGM ?

Il est faussé, parce que les premiers OGM n’apportent pas de réelle solution aux problèmes de l’humanité et qu’ils ont été fabriqués par une multinationale américaine spécialisée dans les herbicides et les insecticides, Monsanto, dont le gouvernement américain a assuré des conditions favorisant le monopole, la privatisation du vivant et une impunité face aux dérives. Mais les vrai enjeux sont autres, par exemple la mise au point de céréales moins consommatrices d’eau ou de plantes productrices de protéines ou de vitamines, ou résistantes au froid ou à l’altitude, etc. Il peut y avoir des OGM « de vie ». Tandis que l’Europe bloque sur la question, les OGM plantés dans le monde recouvrent déjà cinq fois la surface agricole française. S’il faut d’abord parier sur une agriculture à haute intensité environnementale, nousdevons aussi lancer des recherches, publiques, sur les OGM en garantissant la sécurité pour calmer les peurs qui se sont multipliées. Car si les paysans échouent, la faim, elle, sera également très dangereuse quand elle engendrera émeutes et guerres.

Quelle est la responsabilité de l’OMC dans la crise alimentaire ?

Depuis vingt ans, la pensée unique a imposé l’idée qu’il fallait arrêter de soutenir les agriculteurs et ouvrir les frontières, pour une plus grande émulation. C’est pourquoi on a retiré à la FAO l’organisation de l’agriculture mondiale pour la confier aux commerçants de l’OMC. On a ainsi expliqué aux États africains que s’acharner à faire de la nourriture ne servait à rien, puisque d’autres pays étaient plus efficaces pour produire. Au nom du remboursement de la dette, la Banque mondiale et le FMI ont découragé le soutien à l’agriculture vivrière, au profit de celle génératrice de devises : arachide, coton, café, cacao... Cette politique s’est effondrée en 2007 lorsque les pays exportateurs de céréales ont fermé leurs frontières, affamant les pays qui avaient bradé leurs agricultures. Si dans l’imaginaire français traumatisé par les pénuries de la 2ème guerre mondiale, la faim est un phénomène urbain, ce sont en réalité des paysans qui meurent aujourd’hui de faim dans le monde, en silence. Le problème n’est donc pas de les nourrir, tâche pratiquement impossible, mais plutôt de cesser de les empêcher de se nourrir eux-mêmes ! D’où la nécessité d’une sorte de « planMarshall » pour reconstruire et soutenir l’agriculture vivrière et familiale dans ces pays. La paix mondiale sera à ce prix.

arte.tv

http://www.altermonde-sans-frontiere.com/spip.php?article8907

http://television.telerama.fr/tele/emission.php?id=11114179