Fraternel, le blog de Bruno Cadez

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Mot clé - Crise financière

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vendredi 24 octobre 2008

Le Roi rhabillé à crédit

Editorial de Liberté-Hebdo de ce vendredi 24 octobre. l'annonce des nouveaux cadeaux au patronats hier, entre autres la suppression de la taxe professionnelle, confirme que la crise va être utilisée pour aller plus loin dans les logiques libérales.

Andersen, dans un de ses contes avait parlé d'un « roi nu », tellement suffisant qu'il se faisait avoir par des escrocs lui ayant vendu un habit superbe mais invisible. Le capitalisme est apparu dans toute sa nudité ces dernières semaines avec cette crise qui n'en finit pas de rebondir. Le Roi est nu. Qui ne le voit pas aujourd'hui pour ce qu’il est ? Profondément injuste, préférant, pour garnir les fortunes d'une minorité, gaspiller des sommes faramineuses plutôt que de nourrir tous les humains de la planète - pour rappel, il suffirait de 3 milliards de dollars par an pour éradiquer la malnutrition. Le Roi est nu, du coup il n’est pas rassuré. Il fallait entendre la semaine dernière à Paris supplier le représentant du patronat allemand, Jürgen Thumann, invité en urgence avec ses pairs européens par Laurence Parisot, du MEDEF, pour réfléchir aux issues possibles (on notera au passage que, de ce côté-là de la lutte des classes, l’organisation au niveau international et particulièrement européen est plutôt rodée et réactive) : « c’est crucial qu’on ne laisse pas des individus ayant un programme alternatif évoquer la fin du capitalisme, le dépassement de l’économie de marché ».

Le Roi est nu, mais Nicolas Sarkozy s’empresse de le rhabiller à crédit. Après le plan de 360 milliards annoncé la semaine dernière, 10,5 milliards seront mobilisés pour aider à la recapitalisation des banques qui pourront emprunter auprès de l’État. Lequel n’a toutefois pas l’intention de se mêler de la destination de ces fonds. Aucune contrepartie n'est réellement exigée pour aider au crédit des ménages et des entreprises. Dans le même temps, le budget 2009 ne bouge pas d'un iota une politique qui consiste à réduire considérablement la part consacrée aux services publics. La suppression de 30 000 postes de fonctionnaires demeure à l’ordre du jour. Autrement dit, l’argent public qui ne sera pas utilisé pour répondre aux besoins sociaux servira à donner les moyens aux banques de se « refaire » pour continuer à spéculer. On comprend mieux, dans ces conditions, pourquoi les médias maintiennent l’étouffoir sur ces « alternatives » qui effrayent tant Jürgen Thumann, notamment cette proposition de pôle financier public avancée par le Parti communiste et qui interpelle aujourd’hui bien au-delà de ce parti.

Bruno Cadez

vendredi 17 octobre 2008

Face au Dieu Marché, une révolution démocratique

La Bourse, le Marché, l'Économie ne sont pas de dieux sur lesquels nous n'aurions aucune prise. Ce sont bien des individus concrets qui prennent ces décisions injustes.

Elles remontent, puis elles s’effondrent. Les places boursières sont scrutées, afin d’y chercher de l’espoir, ou pour y détecter les signes d’inquiétude et d’angoisse. On nous prépare d’ores et déjà à déguster, à supporter les conséquences d’une crise - pour laquelle le plus grand nombre n’y est pour rien, puisqu’elle est la conséquence d’une logique imprimée par une minorité de privilégiés -, mais dont il paiera les pots cassés.

Qui sont donc ces marchés dont on nous parle comme des dieux, ces dieux mystérieux et guerriers des religions archaïques, et dont il faut redouter l’action, bienfaitrice ou maléfique ?  Qu’est-ce donc que cette crise ? Une malédiction divine ? Tout est fait pour présenter ce qui se passe comme nous étant nécessairement extérieur. Effectivement, ça se passe au-dessus de notre tête. Mais c’est tout simplement parce que nous ne sommes pas associés aux décisions qui concernent notre vie. L’Économie, le Marché, la Bourse ne sont pas des réalités supérieures sur lesquelles nous n’aurions pas de prise. Ce ne sont pas des Dieux. Ce sont des réalités humaines. Ce sont bien des hommes qui prennent aujourd’hui ces décisions calamiteuses pour l’Humanité. Ce sont bien des individus qui font le choix aujourd’hui de mobiliser des milliers de milliards de dollars et d’euros pour venir au secours de ceux qui sont responsables de cette situation, alors qu’il suffirait de trois milliards par an pour éradiquer la malnutrition.

C’est la raison pour laquelle je ne crois pas que le système va s’effondrer de lui-même comme on l’entend parfois. Il va poursuivre sa route, aggraver les inégalités, enrichir une minorité si d’autres logiques ne s’imposent pas. Si l’on ne rompt pas avec celle qui encourage l’accumulation de richesses, pour posséder toujours plus – logique qui est à l’œuvre dans la conception consumériste actuellement dominante dans nos sociétés dites développées – nous n’en sortiront pas. Et je persiste à penser que les révoltes qui mettront en mouvement ceux qui seront privés de la part de gâteau, n’auront pas nécessairement un caractère progressiste. La loi de la jungle du libéralisme installe la déshumanisation de toute forme de relation. Ne l’oublions pas.

Je partage la proposition du PCF de lancer un « Grenelle du développement » avec tous les acteurs sociaux. Il faut tout remettre à plat. Redéfinir les priorités. Que faut-il produire pour satisfaire les besoins essentiels de l’être humain ? Quelle conception du vivre-ensemble devons-nous encourager ? Personnellement, la croissance économique, cela ne m’intéresse pas. Je défends un développement réellement humain et solidaire. Pour cela, il faut que tout le monde soit associé à la définition de ce projet social, et que tout le monde participe, en permanence, à sa mise en œuvre. Arrêtons de vénérer le Dieu Marché et engageons une révolution démocratique !

Bruno CADEZ