Fraternel, le blog de Bruno Cadez

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vendredi 19 juin 2009

L'Europe libérale ne fait toujours pas recette

Cet article a été publié dans le numéro 862 de Liberté-Hebdo (12 juin 2009)

Six Français sur dix, notamment les jeunes et les catégories populaires qui souffrent le plus des conséquences de la crise ont fait la grève des urnes dimanche dernier. Un scrutin marqué par un effondrement du PS au profit des Verts, ainsi qu’une bonne tenue du Front de gauche et du NPA.

C’est finalement la presse engagée à droite et celle des milieux financiers qui a donné le ton, au lendemain des élections européennes du 7 juin dernier. « Conforté, Nicolas Sarkozy veut relancer les réformes » titrait « Les Échos » le 9 juin. Quant au Figaro, par la plume d’Étienne Mougeotte, il lançait, en forme de mot d’ordre : « Feu vert ! ». Nous nous étions attardés, la semaine dernière, la veille du scrutin, sur l’importance de ce scrutin. L’enjeu était simple : refuser ou autoriser l’accélération des politiques libérales sous la pression d’une Union européenne recommandant à la France de poursuivre ses réformes à marche forcée. Le feu vert dont parle E. Mougeotte concerne notamment les privatisations dans les domaines de l’énergie et des transports, le démantèlement des régimes de retraites ou encore de nouvelles mesures visant à flexibiliser les relations de travail (la « flexisécurité »).

À propos de la majorité silencieuse…

S’appuyant sur le score de l’UMP, arrivé dimanche en tête avec 27,9 % des suffrages exprimés, le pouvoir voit dans ces résultats un blanc-seing lui permettant de poursuivre une politique au service exclusif des privilégiés. « C’est la reconnaissance du travail accompli par la présidence française de l’Union européenne (celle qu’a conduite Nicolas Sarkozy au cours de 6 derniers mois de 2008 NDLR) » tentait de persuader François Fillon cette semaine devant l’Assemblée nationale. « Depuis deux ans, nous respectons nos engagements, et nous les respecterons jusqu’au bout » a insisté le Premier ministre, s’adressant aux députés dans la perspective du Conseil européen des 18 et 19 mai prochains.

Faut-il considérer qu’il n’y a pas eu de sanction de la politique menée ces deux dernières années ? Une chose est sûre, les Français ne se sont pas déplacés en masse pour la soutenir. Si 11,5 millions d’électeurs avaient voté Nicolas Sarkozy en avril 2007 pour le premier tour de l’élection présidentielle, ils ne sont plus que 4,7 millions à avoir glissé un bulletin UMP dans l’urne ce 7 juin. Un chiffre à mettre en rapport avec les 3 millions de manifestants du 19 mars dernier. La « majorité silencieuse » dont Nicolas Sarkozy parlait pour tenter de relativiser la portée de cette journée d’action, s’est en réalité exprimée pour une large part… dans l’abstention dimanche dernier. Cette donnée est évacuée du côté du gouvernement (François Fillon n’en a même pas dit un mot dans son discours devant les députés !). Six Français sur dix ont fait la grève des urnes (notamment dans les catégories populaires - avec des pointes à plus de 70 % dans certains quartiers - et chez les moins de 25 ans) pour protester contre l’absence de réponses des partis politiques et du pouvoir face à la crise.

Le vote Verts, objet de toutes les attentions

Dans ce contexte, l’échec du parti socialiste apparaît d’autant plus retentissant. Son discours d’opposition à Nicolas Sarkozy n’est pas apparu comme suffisamment crédible aux yeux des victimes de la crise. Bien au-delà du spectacle de ses divisions, des problèmes de génération, du vocabulaire employé (autant d’explications avancées depuis dimanche soir), sans doute le PS est-il d’abord sanctionné par son électorat pour ne pas avoir clairement choisi son camp, entre la gauche et le centre-droit. Il continue de payer une orientation faisant le choix de tourner la page de la rupture avec le capitalisme, quand ceux qui en souffrent attendent des réponses franchement orientées à gauche.

Lassée, une autre frange de son électorat, qui se recrute en partie dans les zones urbaines et les catégories plus diplômées a été séduite par le discours européen, écologiste et décontracté de Daniel Cohn-Bendit. Les Verts talonnent le PS à 16,3 % et profitent de l’effondrement de celui-ci. Leur score confirme que l’exigence écologiste demeure une donnée politique incontournable. Donnée que le gouvernement tente immédiatement de récupérer, en invoquant notamment l’organisation du Grenelle de l’environnement. Tandis que ce mardi, Nicolas Sarkozy, accompagné comme d’habitude d’un important dispositif médiatique, inaugurait quelques panneaux photovoltaïques ! La ficelle est grosse : il ne faudrait pas que les exigences écologistes soient utilisées pour mettre sous le boisseau celles qui se sont exprimées ces derniers mois dans les défilés d’un mouvement social historique, en ce qui concerne l’emploi, le pouvoir d’achat, les services publics.

Reste à savoir ce qui demeurera, demain, de l’unité entre le libéral D. Cohn-Bendit, partisan du Oui à la Constitution européenne, qui a voté les directives de libéralisation du secteur de l’énergie au Parlement européen, et l’antilibéral José Bové, militant du Non en 2005 ? Pour le moment, le bon résultat des Verts est l’objet de toutes les attentions, surtout de ceux qui aspirent à voir la gauche se « moderniser » et se recentrer encore plus. Certains imaginent-ils Daniel Cohn-Bendit (en remplacement d’un François Bayrou en perte de vitesse) se trouver au cœur d’une vaste coalition anti Sarkozy mêlant aspirations écologistes et préoccupations sociales, sans pour autant rompre avec le libéralisme dominant ? Une telle coalition, on le sait, a été envisagée par Laurent Joffrin, du quotidien « Libération » et reçoit l’agrément d’un nombre non négligeable de responsables politiques. Quant à la « maison commune de la gauche », évoquée au sein du PS, toutes tendances confondues, cette proposition - à laquelle il faut sans doute aussi associer la « refondation du PS » souhaitée par Martine Aubry – ne pourra pas éviter la question du contenu. Or, rien n’indique pour le moment que le Parti socialiste soit prêt à revenir sur des orientations renonçant, de manière générale, à sortir des logiques libérales.

Ah, si le NPA n’était pas parti seul !

Dans ce contexte d’effondrement de l’électorat de gauche, les 6,5 % obtenus par Front de gauche sont très intéressants. Alors que le PCF, ces dernières années, était régulièrement en recul dans des scrutins nationaux et européens, ce rassemblement associant le PCF, le Parti de gauche, la Gauche unitaire ainsi que des militants altermondialistes, des antilibéraux, des membres du MRC, et des représentants du mouvement social, progresse. Il passe de trois à cinq élus, dont Jacky Hénin, réélu dans notre circonscription. Longtemps présenté comme distancé dans les sondages par le NPA, le Front de gauche a fait mentir les sondages. Son résultat envoie un « signe d’espoir » à la gauche, pour reprendre une expression employée par le PCF. De même que le NPA (5 %), s’il ne réalise pas le score envisagé par certains sondages, progresse par rapport à 2004 (les listes communes de la LCR et de Lutte ouvrière avaient obtenues 2,5 %). La lecture de ces résultats confirme bien évidemment les regrets face au choix du NPA de solliciter seul les suffrages des électeurs. Mais elle confirme que les idées de contestation du capitalisme conservent de l’influence à gauche et qu’elles sont même en progression. Ce n’est pas inintéressant à faire remarquer pour les combats sociaux et électoraux à venir.

Bruno CADEZ

vendredi 5 juin 2009

À gauche, la gauche !

Éditorial paru dans Liberté-Hebdo, ce vendredi 5 juin 2008.

À quoi rêve Nicolas Sarkozy ? Sans doute que la France des catégories populaires ainsi que le centaines de milliers de personnes qui se sont mobilisées à quatre reprises depuis le début de l’année (et qui s’apprêtent à recommencer le 13 juin) contre sa politique fassent une pause et s’abstiennent ce dimanche. Car son camp, celui des privilégiés, n’aura aucun scrupule à voter pour l’UMP ce dimanche. Mais que fera le salarié de l’hôpital qui refuse la loi Bachelot et de transformer les soins en retour sur investissement ? Que fera le salarié de l’usine délocalisée ? Que feront les personnels de l’Education nationale ou les étudiants mobilisés de manière remarquable toute cette année ? Se tairont-ils ?

Soyons francs : il y a péril en la demeure. Les dirigeants de l’Union européenne (dont font partie notre gouvernement et notre président, ne l’oublions pas) se préparent à une offensive d’ampleur contre le modèle social français. Ils espèrent avoir les mains libres pour en finir avec notre code du travail et remettre la santé, de la protection sociale, de l’énergie, du transport définitivement entre les mains du privé.

Il faut aussi le dire, le renoncement (et même l’adhésion pour certains) ces dernières années d’une partie de la gauche, socialistes et écologistes notamment, face aux logiques libérales a affaibli la résistance du monde du travail et de la création, ce qui rend peu crédible l’appel de Martine Aubry lancé cette semaine à voter PS pour combattre les dérives libérales.

Mais la résistance n’a pas sombré corps et âmes. Il s’est trouvé au Parlement européen, des députés pour s’opposer au dogme du marché, aux directives de privatisations ou à celle portant la durée de travail hebdomadaire à 65 heures… Le communiste Jacky Hénin est de ceux-là. Il incarne cette gauche qui continue de privilégier l’homme sur les profits. Réunis dans le Front de gauche, ces hommes et ces femmes ont fait le choix de l’unité, quand d’autres jouaient la carte du solo médiatique. Pour refuser la société inhumaine que « là-haut » on nous prépare, mais aussi pour les encourager à maintenir vivace l’espoir qu’ils ont fait naître, c’est pour ces représentants du Front de gauche qu’il faudra voter ce dimanche.

Bruno CADEZ

NB - En illustration, le "point de vue" que le dessinateur Charb fait circuler pour expliquer son soutien au Front de gauche.