On peut penser que ces affaires servent à alimenter les médias en sujets qui oublient l'essentiel de notre quotidien (la crise, le pouvoir d'achat en berne, les délocalisations etc). comme l'affirme Martine Aubry et d'autres. La vieille stratégie qui consiste à suggérer de regarder le doigt du sage quand celui-ci nous montre la lune n'est peut-être pas étrangère aux affaires très médiatisées dans lesquelles un cinéaste réputé et un ministre de la Culture sont en cause. Ce n'est pas pour autant qu'il faudrait faire semblant de ne pas voir les questions qu'elles posent, symboliques qu'elles sont des dominations à l'oeuvre dans une société (les dominations ne se résument en effet pas aux seules conditions de travail et de rémunération !) dans laquelle l'humain devient de plus en plus "objet" et "marchandise".

En attendant d'en dire plus, je relaie l'article publié par l'excellent site "Périphéries" tenu par Mona Chollet et Thomas Lemahieu. Cet extrait renvoie aux liens du site où se trouve l'article complet.

B. C.

POLANSKI, MITTERRAND : LE SOLILOQUE DU DOMINANT
Le carnet de Périphéries
http://peripheries.net/article324.html

L’arrestation de Roman Polanski à Zurich, le 26 septembre, et l’exhumation de l’affaire pour laquelle il reste poursuivi par la justice américaine, auront été l’occasion pour un nombre assez effarant de commentateurs - et de commentatrices - de démontrer une fois de plus à quel point leur vision de l’érotisme se passe aisément de cette broutille que représente, à leurs yeux, la réciprocité du désir féminin (on se contente en général de parler de «consentement», mais plaçons la barre un peu plus haut, pour une fois). En témoigne l’expression «veille affaire de moeurs», utilisée dans les premières dépêches ayant suivi l’arrestation, ainsi que dans la pétition du gratin du cinéma mondial lancée en faveur du réalisateur franco-polonais: de nombreuses voix se sont élevées pour faire remarquer à juste titre que, s’agissant de la pénétration et de la sodomie d’une adolescente de 13 ans préalablement soûlée au champagne et shootée au Quaalude, c’était un peu léger.

Partout, les défenseurs du cinéaste soulignent, comme s’il s’agissait de l’argument définitif en sa faveur, que la justice «s’acharne» alors que la victime elle-même, Samantha Geimer, demande le classement de l’affaire: or, elle le demande parce qu’elle ne supporte plus l’exposition médiatique, et peut-être aussi parce qu’elle a été indemnisée; pas parce que, avec le recul, elle admet que ce n’était pas si grave, ou qu’elle a bien aimé l’expérience, comme on semble le fantasmer...

De ses archives, Paris-Match a ressorti un article publié à l’époque, intitulé «Roman Polanski: une lolita de 13 ans a fait de lui un maudit» (la salope!). «La jeune “victime” pervertie n’était pas si innocente», révèle un intertitre. Et la journaliste de préciser: « Samantha G. est une Lolita en T-shirt, à qui des formes bronzées donnent nettement plus que son âge, d’ailleurs plus près de 14 ans que de 13. Elle a reconnu avoir eu, avant sa rencontre avec le metteur en scène, et au moins à deux reprises, des rapports sexuels avec un boy-friend de 17 ans.» Le fait que les relations sexuelles avec un(e) mineur(e) soient prohibées par la loi dans tous les cas devient ici un prétexte pour occulter la différence qui peut exister entre un rapport consenti et un rapport forcé. En résumé: sa non-virginité, à laquelle s’ajoutent ses «formes bronzées» de «Lolita» - elle n’avait qu’à ne pas être aussi bonne! -, fait d’elle un objet appropriable par qui le souhaite; dire oui à un homme, c’est dire oui à tous les hommes. (...)

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