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Mot clé - Taxe carbone

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vendredi 4 septembre 2009

Taxe carbone : le Non d'un dirigeant de la CGT

Je partage complètement le point de vue de Jean-Christophe Le Duiguou, dirigeant de la CGT, sur la taxe carbone. Cette interview a été publiée dans l'Humanité le 4 septembre 2009.

ÉVÉNEMENT

Jean-Christophe Le Duigou. Trois bonnes raisons de dire non à la taxe carbone

Contre la « logique punitive » de la taxe, Jean-Christophe Le Duigou, dirigeant de la CGT, prône le développement d’alternatives.

Approuvez-vous le principe d’une « fiscalité écologique » ?

Jean-Christophe Le Duigou. On ne peut pas récuser l’idée qu’il y ait une régulation globale par rapport aux techniques qui génèrent du carbone. Mais on ne peut pas être d’accord avec un impôt supplémentaire qui pèserait sur les ménages, alors que, de l’autre côté, les entreprises ont eu, par exemple, gratuitement des permis d’émissions massives de C02. Donc, pas d’impôt, mais oui à une régulation, car l’atmosphère est un bien public, et le préserver, transmettre aux générations futures une atmosphère moins polluée, sans réchauffement climatique est une nécessité.

Selon la ministre de l’Économie Christine Lagarde, il ne s’agirait pas, avec la taxe carbone, « d’alourdir le fardeau fiscal », mais de « modifier en profondeur notre système fiscal »…

Jean-Christophe Le Duigou. En l’état actuel du projet, il s’agit d’une taxe supplémentaire, à la charge des consommateurs, qui pénaliserait ceux qui ne peuvent pas recourir à des alternatives aux sources d’énergie émettrices de C02, et qui donc serait un facteur d’aggravation des inégalités. S’il s’agit, en outre, d’alléger un impôt payé par les entreprises (taxe professionnelle - NDLR) et de le mettre à la charge des ménages, c’est une deuxième raison pour laquelle ce projet est totalement inacceptable.

Le premier ministre François Fillon a indiqué qu’il envisageait, en guise de compensation, une baisse des cotisations sociales sur les salaires.

Jean-Christophe Le Duigou. S’il s’agit de nous re-servir la « TVA sociale », c’est-à-dire une hausse des taxes pour baisser des cotisations sociales, ce qui va in fine bénéficier aux entreprises, c’est une troisième raison de dire non au projet.

Comment, selon vous, viser autrement les objectifs écologiques officiellement assignés à cette taxe carbone ?

Jean-Christophe Le Duigou. Il y a besoin de rediscuter de la finalité du processus. Car je vois aussi qu’on propose que cette taxe s’applique à l’ensemble des sources d’énergie, y compris, donc, à l’électricité. Ce qui est une absurdité puisque, pour l’essentiel, chez nous l’énergie électrique est produite à partir de l’hydraulique et du nucléaire, et donc non émettrice de C02. Ce serait un paradoxe de mettre une taxe sur l’électricité qui subventionnerait en quelque sorte les autres énergies émettrices de CO2.

Au-delà, cela démontre bien qu’on est plutôt dans une logique punitive, consistant à renchérir la consommation d’énergie alors que le problème n’est pas de faire décroître la consommation d’énergie mais de mieux l’orienter vers des sources non polluantes. Prioritairement, cela doit viser les entreprises émettrices de CO2. Il faut aussi taxer les firmes qui bénéficient de la rente pétrolière et gazière. Troisièmement, la priorité est de développer des alternatives aux consommations carbonées, notamment de favoriser des sources d’économies d’émissions de carbone comme l’isolation des maisons, les transports publics.

Quant à la taxe professionnelle, nous avons fait des propositions pour en faire, partiellement au moins, une taxe environnementale sur les entreprises, plutôt que la supprimer.

Entretien réalisé par Yves Housson

vendredi 7 août 2009

Le commerce équitable résistera-t-il à la menace carbone ?

Lu sur le site d'Artisans du Monde

Par Stéphane Le Borgne, Président de la fédération Artisans du Monde (Tribune publiée dans le quotidien Ouest France le 17 mai 2009)


La préservation de l’environnement est une lame de fond qui balaye le monde de la consommation. Même si le grand chambardement attendu par le Grenelle semble tarder à se mettre réellement en place, la thématique environnementale prend de plus en plus d’importance. A juste titre et bien heureusement

Depuis plus de 35 ans, le commerce équitable a déjà pris en compte cette dimension du développement durable : 50% des produits alimentaires sont issus de l’agriculture biologique (certifiée ou non), les OGM sont bannis, l’agroforesterie est souvent pratiquée, l’artisanat est réalisé à partir de produits recyclés, les teintures sont à l’eau… 35 ans de succès et de respect de l’environnement atteints, notamment, grâce aux efforts des organisations de producteurs au Sud, maillon décisif du commerce équitable.

Mais cette dimension du commerce équitable demeure peu connue. Les produits importés de pays lointains – ce qui est fréquent dans cas du commerce équitable – sont aujourd’hui stigmatisés. Le consommateur, déjà culpabilisé par le bilan carbone de ses actes quotidiens (notamment ses déplacements), pense, de bonne foi, qu’acheter ces produits venus d’Amérique Latine, d’Asie… ne constitue pas un acte « éco citoyen ». Or, il n’en est rien.

Certes, importer du riz, des jus de fruits du Laos (2), par exemple, génère des gaz à effet de serre. En revanche, la relation proposée par le commerce équitable a permis la construction de barrages pour l’irrigation des rizières, la fabrication de compost comme engrais organique, la plantation de légumineuses en alternance avec le riz (apport d’azote et d’humus), la lutte biologique contre les insectes, etc. Ces impacts sont largement positifs et évitent l’émission de gaz à effet de serre liée à la fabrication d’engrais chimiques, par ailleurs extrêmement polluants et utilisés massivement dans l’agriculture productiviste. Sans le commerce équitable, cette organisation, n’aurait pas développé de tels projets.

De même, les produits artisanaux (décoration, bijoux, etc.) sont critiqués car jugés superflus. L'impact positif sur l’environnement est dans ce cas moins évident, mais pourtant bien réel. En effet, la fabrication d’artisanat constitue un complément de revenu permettant le maintien de l’agriculture vivrière. Il réduit ainsi l'exode rural. Ce type d’économie évite à la famille d’aller vivre en bidonville où, ne pouvant plus subvenir elle-même à ses besoins, elle consommera des produits issus de l’agriculture productiviste et venant de l’autre bout de la planète...

Le commerce équitable favorise donc des modes de production respectueux de l’environnement (l’agriculture paysanne notamment) et apporte de réels bénéfices sociaux économiques et culturels. Il est par conséquent trop réducteur de ne considérer que les impacts liés aux transports des produits. D’autant plus que leur acheminement par voie maritime produit très peu de gaz à effet de serre (3).

Cependant, il est indispensable de privilégier les produits issus de circuits courts provenant de nos propres régions et d’ignorer les productions agro-industrielles de basse qualité. Et la solution ultime, défendue par Artisans du Monde, sera de développer un commerce équitable relocalisé au plus près des zones de production afin d’éviter au maximum les exportations. Le Brésil, le Pérou, la Bolivie, l’Inde… développent des réseaux de commerce équitable dans leur propre pays tout comme, en France, le réseau des AMAP (Association pour le Maintien de l'Agriculture Paysanne) propose de recréer du lien, de l'équité et de la solidarité entre producteurs et consommateurs à une échelle locale.

La solution réside bien dans cette relocalisation de l’économie. Mais en attendant que celle-ci ne soit complète, les produits du commerce équitable n’ont pas à rougir devant la menace carbone. Ils relèvent déjà le défi.

 Source : http://www.artisansdumonde.org/actualite/communique090714-commerce-equitable-menace-carbone.php