Fraternel, le blog de Bruno Cadez

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vendredi 23 janvier 2009

À l'heure d'un nouveau rêve américain ?

"Barack Obama, dans son discours, nous a donné des raisons (les raisons) pour que nous ne nous laissions pas abuser. Le monde peut être meilleur que celui auquel nous paraissions avoir été condamnés. Au fond, ce qu'Obama est venu nous dire, c'est qu'un autre monde est possible. Beaucoup d'entre nous le disions déjà depuis longtemps. Peut-être est-ce l'occasion d'essayer de nous mettre d'accord sur la façon et la manière. Pour commencer", C’est l’écrivain portugais José Saramago, prix Nobel en 1998 et militant communiste qui livre ces mots au monde. Et C’est cet homme de 86 ans qui nous invite à prendre le pouls de l’Histoire, à dépasser les jugements abstraits et figés pour prendre le mouvement en cours. Car l’écrivain poursuit : "Quand je demande d'où sort Obama, je manifeste ma perplexité de voir que ce temps dans lequel nous vivons, cynique, désespérant, sombre, terrible dans mille de ses aspects, a engendré une personne (c'est un homme, mais ce pourrait être une femme) qui lève la voix pour parler de valeurs, de responsabilité personnelle et collective, de respect pour le travail et aussi pour la mémoire de ceux qui nous ont précédés dans la vie". Oui, en faisant de Barack Obama, un métis, fils d’un noir originaire du Kenya et d’une blanche américaine, le 44e président des Etats-Unis, le peuple américain a permis à l’Histoire de prendre un de ces tournants qu’il est important de savoir accompagner. Dans le pays qui, il y a quarante ans, voyait mourir Martin Luther King sous les balles d’un tueur raciste, dans le pays qui a engendré le Ku Klux Klan, dans ce pays un noir était interdit dans certaines universités,  il y a encore si peu, comment ne pas voir la force du symbole en entendant Barack Obama prêter serment sur la bible d’Abraham Lincoln, l’homme de l’abolition de l’esclavage aux Etats-Unis ?

Le désir d’un peuple

Alors, d’où sort Obama, pour reprendre l’interrogation de Saramago ? Avant tout du désir du peuple américain de changer d’époque et de renouer avec l’espoir. Pour tourner la page d’une Amérique dont le socle symbolique reposait sur l’image frileuse d’un pays à dominante blanche, arrogant à l’encontre d’un monde soi-disant partagé entre les pays du Bien et ceux du Mal, violent contre les minorités et impitoyable pour les pauvres, comme avait pu le révéler la gestion désastreuse de l’ouragan Katrina. Autrement dit, tourner la page de l’Amérique de Bush. Obama arrive à la tête d’un pays dont la population subit les conséquences de la crise, certains ayant tout perdu, jusqu’à leur toit dans la crise des subprimes. Les USA sont considérés comme les principaux responsables, après les aventures irakiennes et afghanes et leur soutien inconditionnel à Israël, de l’insécurité qui plane sur le monde. De même que l’obstination à refuser de signer le protocole de Kyoto en vue de réduire les gaz à effets de serre a symbolisé le mépris manifesté par ce grand pays vis-à-vis du reste du monde et des générations futures.

Deux millions d’américains ont participé au rassemblement organisé le jour de l’investiture d’Obama. Du jamais vu dans l’histoire du pays. Le nouveau président américain incarne en réalité l’aspiration d’un peuple à plus de justice sociale, au respect des différences, à la paix, à la protection de la planète (ce qui n’est pas rien dans un pays dont le mode de vie cristallise tous les gâchis du capitalisme). Ses premiers jours à la Maison-Blanche semblent donner quelques échos dans ce sens. Son discours d’investiture a évoqué le respect du droit en s’adressant au monde, et le « respect mutuel » en direction « du monde musulman ». Les procédures contre les personnes détenues emprisonnées à Guantanamo vont être suspendues (même si Amnesty International, tout en notant « un pas dans la bonne direction) aurait souhaité qu’elles soient annulées. Silencieux pendant l’agression israélienne contre Gaza,  Barack Obama a appelé Mahmoud Abbas, le président de l’Autorité palestinienne et lui a fait savoir qu’il était « le premier dirigeant étranger à appeler, tout en lui signifiant qu’il entendait « œuvrer avec lui en tant que partenaire pour instaurer une paix durable dans la région ».

Le mouvement populaire qui est à l’origine de l’élection de B. Obama gardera-t-il la force de s’exprimer afin que l’espoir ne retombe pas, mais se concrétise dans la vie des citoyens ? C’est sans doute la condition indispensable pour que les contradictions marquant le nouvel hôte de la Maison-Blanche ne débouchent pas sur une politique allant à l’encontre des exigences sociales de son électorat. Barack Obama est aussi l’homme qui a reçu le soutien de Wall Street. Son gouvernement est marqué du sceau du pragmatisme composé à la fois de défenseurs des droits de l’Homme et de représentants de l’orthodoxie libérale…

Il serait tout autant aussi de ne laisser aucune chance au nouveau président américain que de l’idolâtrer. Nous préférons nous interroger avec José Saragamo, « d’où sort cet homme ». Et espérer.

Bruno Cadez

Liberté-Hebdo n°842 - Vendredi 23 janvier 2009

vendredi 7 novembre 2008

Le nouveau rêve américain

Cet article, publié dans le numéro 832 de Liberté-Hebdo (vendredi 7 novembre 2008) commente l'élection de Barack Obama à la présidence américaine. Dans cette édition, est également évoquée la mobilisation pour la Poste le 22 novembre, une initiative pour réhabiliter les fusillés de la guerre 14/18, l'action contre la suppression des Rased dans l'Éducation nationale...

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